Jeudi soir s’est achevée la campagne de réadhésion permettant aux militants de Les Républicains (LR) de participer aux élections internes du 17 mai prochain, qui désigneront un nouveau président – et de fait, le candidat de la droite et du centre pour 2027.
100 000 inscrits : un rebond inattendu
Les chiffres officiels du nombre d’adhérents LR habilités à voter ne seront pas rendus publics avant une semaine, le temps que les candidats puissent formuler d’éventuels recours devant la Haute Autorité, qui procédera, si nécessaire, à des vérifications. Mais quelques heures avant la clôture, des estimations circulaient déjà dans les deux camps. Premier enseignement : le parti devrait compter environ 105 000 adhérents, contre à peine 43 859 le 13 février dernier. Soit une hausse de près de 60 000 membres en deux mois.
Deux réflexions s’imposent.
D’abord, ce chiffre de 105 000 paraît presque inespéré au vu des échecs électoraux accumulés depuis dix ans. Force est de constater que le parti, que l’on croyait « mort » après l’épisode Ciotti, a tenu le choc. Bien plus, il en sort vainqueur : le Niçois, infiniment minoritaire et isolé au sein du RN, s’est auto-exclu des premières loges de l’échiquier politique national.
Ensuite, se pose la question de la fidélité de ces nouveaux adhérents. S’ils se sont mobilisés pour cette élection interne, la ligne « gaullienne » du parti, marquée par sa proximité idéologique avec Emmanuel Macron et Renaissance, suscite des interrogations. Le partage du pouvoir avec pas moins de sept membres du gouvernement issus de LR expose le parti à l’hostilité grandissante des Français envers le « jeune monarque » et son « système impérial », d’autant que l’absence de résultats tangibles nourrit la défiance.
Dès lors, comment s’appuyer sur ces nouveaux militants ? Peut-on les conserver dans le camp LR quand les échéances nationales imposeront de choisir entre les macron-compatibles (soutiens d’Édouard Philippe ou de Darmanin) et ceux tentés, le jour venu, de renverser le système avec Marine Le Pen ?
Bertrand, Larcher, Lisnard, Pécresse, Retailleau, Wauquiez : qui séduira les sympathisants LR ?
Là encore, pas de surprise. Depuis dix ans, aucun outsider n’a émergé. Faire du neuf avec du vieux, miser sur des candidats qui n’ont jamais convaincu sur la grande scène nationale, est un pari risqué – voire insensé. L’épisode Barnier en reste l’exemple le plus cuisant.
L’humiliation de 2022 a naturellement (et légitimement) discrédité Valérie Pécresse et Xavier Bertrand. Ce dernier, par son attitude envers le parti et l’inutilité de sa candidature face aux figures LR passées par le gouvernement Macron (Philippe, Darmanin), est hors jeu en dehors de sa région.
Gérard Larcher, président emblématique du Sénat, manque de charisme et de notoriété pour séduire le grand public. Sa ligne politique est indéfinissable, et son accommodement avec les turbulences macroniennes l’enferme dans un système rejeté par les Français.
Contrairement au RN et à Renaissance, LR ne joue pas la carte de la jeunesse ou du renouveau. L’ascension de Jordan Bardella (potentiel candidat en 2027) et l’ADN « jeune » des marcheurs plaisent aujourd’hui aux électeurs.
Seul le maire de Cannes, David Lisnard, semble réunir trois atouts : jeunesse, expérience, et sympathie de l’opinion. Mais le duel annoncé opposant Bruno Retailleau à Laurent Wauquiez le contraint à une stratégie risquée :
- Prendre de force un parti qui ne lui est pas acquis, au risque d’en devenir le pestiféré en cas d’échec (cf. Sarkozy post-Balladur).
- Attendre 2032, avec le danger de ne plus incarner la fraîcheur politique et de laisser passer un train qui ne repasse pas.
Un duel Wauquiez-Retailleau, mais des surprises possibles
Le ministre de l’Intérieur (Darmanin) et l’ancien président de région (Wauquiez) ont réussi à éliminer toute opposition interne. Les alliances de circonstance et les bras de fer vont donc se multiplier.
Si les 17 et 18 mai désigneront le candidat « naturel » de LR pour 2027, une surprise venue de la droite (un outsider, une candidature dissidente) pourrait encore tout bouleverser.
Une certitude : LR joue gros en 2027. Sa survie ? Peut-être. Mais surtout son maintien comme parti d’ampleur nationale – ce qui, vu sa proximité avec les idées macroniennes, n’a rien d’évident.

