Paolo Hamidouche [ X | VK | Odysee | Substack]
Selon Seymour Hersh, Trump va bientôt lancer une guerre terrestre contre Téhéran. Un informateur israélien le met en garde : « C’est un piège. »
Le président américain Donald Trump va-t-il lancer la phase terrestre du conflit avec l’Iran ? Dans son allocution à la nation hier soir depuis la Maison Blanche, le président américain a affirmé que les États-Unis étaient en bonne voie d’atteindre tous leurs objectifs militaires « très prochainement » et a promis de frapper l’Iran « extrêmement fort », le ramenant « à l’âge de pierre, où il mérite d’être » dans les deux à trois semaines à venir. Selon le journaliste d’investigation Seymour Hersh, lauréat du prix Pulitzer, dans son dernier article publié sur Substack, nous sommes au bord d’une escalade inquiétante.
Pourquoi ? Des milliers de soldats américains, dont des forces spéciales comme les Navy Seals et les Army Rangers, observe Hersh, sont déjà en cours de déploiement ou sur le point de l’être dans la région. L’objectif affiché est de contrôler le détroit d’Ormuz – point de passage crucial pour le transport du pétrole – et de récupérer les stocks d’uranium enrichi entreposés dans des tunnels sous les installations nucléaires déjà frappées par les États-Unis et Israël en juin dernier. « Trump annonce au monde entier que la guerre terrestre a commencé aujourd’hui », écrit Hersh. « Il envoie des milliers de soldats américains au Moyen-Orient pour combattre sur terre et dans les airs les Gardiens de la révolution iraniens. » Hersh rappelle la taille de l’Iran, près de quatre fois supérieure à celle de l’Irak, et met en garde contre les risques d’un nouveau Vietnam.
Un bourbier dont il est impossible de se sortir. En effet, malgré d’importantes frappes aériennes conjointes avec Israël, le régime de Téhéran se maintient au pouvoir, continue de restreindre le passage du pétrole, du gaz et des marchandises par le détroit d’Ormuz, et poursuit ses campagnes de missiles et de drones contre Israël et ses alliés du Golfe.
L’avertissement d’un initié israélien
L’un des passages les plus poignants provient des propos d’un de ses contacts israéliens, décrit comme un « initié et héros de guerre » : « Même la guerre aérienne est l’une des guerres les plus stupides jamais menées par une superpuissance. Elle ne présente aucun avantage. L’Iran n’est pas encore parvenu à fabriquer une bombe, et cette guerre ruine l’Occident sur le plan économique », expliquait l’initié israélien à Hersh, faisant référence au blocus iranien des pétroliers occidentaux dans le détroit d’Ormuz.

Selon une source israélienne, les Gardiens de la révolution et les faucons du régime « souhaiteraient beaucoup avoir des troupes américaines » au sol en Iran. « C’est un piège gigantesque.» Toujours selon cette source, une invasion terrestre correspondrait exactement aux espoirs de Téhéran : transformer le conflit en une guérilla longue et coûteuse pour les États-Unis.
Hegseth limoge deux généraux
Hersh ne cache pas ses critiques à l’égard du président. Après avoir rappelé les leçons des guerres passées au Moyen-Orient et les bombardements qui, historiquement, ont souvent renforcé le soutien populaire à l’ennemi, le journaliste conclut par une déclaration sans équivoque : « Nous sommes dirigés par un président ignorant et incompétent, qui a pourtant été dûment élu. Quand est-ce que quelqu’un au sein de l’administration aura l’intégrité et le courage d’invoquer le vingt-cinquième amendement ?»
Il règne effectivement un certain malaise au sein de l’administration Trump. Ces dernières heures, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a limogé le chef d’état-major de l’armée de terre américaine, Randy George, un acte qui témoigne de l’hostilité croissante entre Hegseth et le haut commandement militaire. George, qui avait sorti l’armée américaine d’une grave crise de recrutement, a été remplacé par le général Christopher LaNeve, ancien aide de camp militaire de Hegseth. Selon le New York Times, ces limogeages ne sont pas dus à des divergences stratégiques, mais à des tensions personnelles, des désaccords sur les nominations et au refus de George et du secrétaire à l’Armée, Driscoll, de retirer quatre officiers (deux Noirs et deux femmes) de la liste des généraux de brigade, malgré les pressions exercées par Hegseth. Ce dernier a également relevé de leurs fonctions deux autres généraux : le général David Hodne, commandant du Commandement de la transformation et de l’entraînement de l’Armée (responsable de la formation et de la modernisation), et William Green Jr., chef du Corps des aumôniers de l’Armée. Cette purge témoigne des divisions et des conflits de plus en plus fréquents entre Hegseth et ses militaires : un signe évident que la situation se dégrade pour les États-Unis, engagés dans une nouvelle aventure militaire incohérente sans queue ni tête.

