Paolo Hamidouche
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L’Europe cherche des amis. « Personne ne peut nous dire ce que nous devons faire », tel est le message sous-jacent du Premier ministre libéral à l’adresse de la Maison Blanche.

Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a été accueilli en véritable star par le Parlement européen. Plusieurs eurodéputés lui ont serré la main et ont pris des selfies avec lui, le traitant comme le nouveau leader de l’Occident. Le chef du Parti vert, Terry Reintke, a même enfilé le maillot de l’équipe nationale canadienne de hockey en son honneur.
Cet accueil témoignait de l’enthousiasme avec lequel une partie de la classe politique européenne a salué sa venue. Le Premier ministre libéral devait répondre à deux questions. La première portait sur l’acceptation par le Canada de la proposition de partenariat présentée par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Sa réponse fut ferme, notamment parce que M. Carney a souligné que l’opinion publique était de son côté. L’ancien banquier central n’hésite pas à afficher sa proximité avec l’Europe.
Dans son discours, il s’est adressé aux eurodéputés en alternant français et anglais, langues officielles du pays à la feuille d’érable, rendant ainsi hommage au Vieux Continent. Il a rappelé les racines historiques des relations entre les deux rives de l’Atlantique, autant d’éléments symboliques importants.
La deuxième étape que M. Carney devait entreprendre était une confrontation avec Donald Trump. Il n’a jamais mentionné explicitement Trump dans son discours, mais, répondant à la question d’un journaliste en marge de son allocution plénière, il a souligné que « personne ne peut nous dicter notre conduite ». Il faisait référence aux menaces de Trump d’imposer de nouveaux tarifs douaniers face à l’accord conclu avec Bruxelles. Carney a tempéré son orgueil en rappelant combien les amitiés internationales profitent à tous, y compris indirectement aux États-Unis, qui verront le Canada en meilleure position. Ce qui est certain, c’est que Trump percevra le rapprochement entre Ottawa et Bruxelles comme un revers, une nouvelle insulte à son égard.
L’alliance avec l’UE repose sur les valeurs de la démocratie, de l’état de droit et du multilatéralisme, a réaffirmé à maintes reprises le chef libéral. Elle est à l’opposé des projets du mouvement MAGA international. Mais il ne s’agit pas seulement d’une question de valeurs. Le Canada se présente également comme un partenaire économique clé pour l’Europe, soutenant ses politiques. Elle apporte ce dont l’UE a besoin : une réserve de matières premières essentielles à la transition énergétique et climatique, une coopération militaire (n’oublions pas qu’Ottawa est la première capitale à participer au Fonds sûr pour le réarmement européen), et, enfin et surtout, une collaboration dans la région arctique. Ursula von der Leyen avait en effet évoqué un « partenariat stratégique », et le Premier ministre canadien a répliqué en soulignant que l’Europe et le Canada partagent une « affinité élective ».
L’élargissement occidental avec le Canada suit une voie opposée à celle empruntée par l’UE, qui s’est toujours tournée vers l’Est pour des raisons géopolitiques. Le statut de « membre associé » proposé par Ursula von der Leyen a suscité surprise et perplexité. Cette annonce est intervenue sans consultation préalable des chancelleries européennes, et même au Canada, les attentes ont été modérées, l’accent étant mis sur le fait que les détails de la nouvelle formule sont encore en cours de finalisation. Sans s’attarder sur les complexités institutionnelles de Bruxelles, Carney va droit au but : l’important est le fond, à savoir que l’Europe et le Canada seront désormais partenaires.
Au sein des familles politiques européennes, l’arrivée du Canada est bien accueillie par les groupes majoritaires soutenant Ursula von der Leyen. Le chef du PPE, Manfred Weber, a salué l’ouverture d’Ottawa, y voyant une réponse à la nécessité de renforcer la coopération européenne avec ses partenaires démocratiques, tandis que le groupe socialiste y voit une « alliance naturelle » et donc un pas dans la bonne direction. Le gouvernement italien de droite, en revanche, est une fois de plus divisé : FdI dénonce une « révérence embarrassante » à Carney et s’interroge sur les raisons pour lesquelles Londres n’a pas été invitée. De son côté, FI, au sein du groupe PPE, appelle, avec Tajani, à un accord qui serve les intérêts de l’Italie et de l’Europe, et non ceux des États-Unis.
Une telle alliance politique, qui peut être perçue comme une alternative à l’administration américaine, inquiète particulièrement l’extrême droite européenne pro-Trump et pro-Poutine. Le député européen AfD Siegbert Droese l’exprime avec force. C’est lui qui, à l’entrée du Premier ministre canadien dans l’hémicycle de Strasbourg, a crié : « USA ! USA ! ». On trouve également des soutiens ici, mais d’une nature opposée. Afin d’éviter tout malentendu quant à la position des nationalistes par rapport à l’accord stratégique avec Ottawa.

