Paolo Hamidouche (@Paolino_84)
Un séisme politique secoue l’Élysée. Sébastien Lecornu, nommé Premier ministre il y
a seulement 27 jours, a présenté sa démission ce matin au président Emmanuel
Macron, qui l’a acceptée sans hésiter. Il s’agit d’un record dans l’histoire de la Ve
République : Lecornu devient le chef de gouvernement ayant le mandat le plus court
de l’histoire, laissant le pays dans un climat de chaos total. Son cabinet, annoncé
hier soir seulement avec une liste de 18 ministres, s’est effondré avant même sa
formation, en proie à des divisions internes.
La nomination de Lecornu, ancien ministre de la Défense et fervent partisan de
Macron, intervient le 9 septembre pour tenter de surmonter la crise déclenchée par la
démission de son prédécesseur, François Bayrou, qui a échoué au vote de confiance
lié au plan d’austérité de 44 milliards d’euros. Mais le nouveau gouvernement n’a
même pas résisté à l’impact parlementaire initial. Prévu pour prononcer mardi un
discours de politique générale à l’Assemblée nationale, Lecornu a choisi de jeter
l’éponge face à la « pluie de critiques » venue de l’opposition et (surtout) de ses alliés,
comme le rapporte Le Figaro.
Le point d’orgue de la tempête : le retour de Le Maire
La nomination de Bruno Le Maire au poste de ministre des Armées a été la goutte
d’eau qui a fait déborder le vase. L’ancien ministre de l’Économie, ancien républicain
et figure emblématique de La République en marche, le parti du président Macron, a
été réintégré au gouvernement à un poste sensible, déclenchant une vague de
protestations de la droite gaulliste. Au premier rang figurait le ministre de l’Intérieur,
Bruno Retailleau, président des Républicains (LR), qui a immédiatement menacé de
démissionner et de claquer la porte, accusant le gouvernement de trahir l’équilibre
laborieusement négocié après les élections législatives de 2024, qui avaient laissé le
Parlement fragmenté et ingouvernable. « On ne peut pas continuer comme ça », a
tonné Retailleau dans une interview accordée au petit matin.
Les Républicains tournent le dos : « Ça suffit, Macron ! »
Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France et figure emblématique des
Républicains (LR), principal parti de centre-droit français, a déclaré sans ambages :
« Oui, Le Maire doit quitter l’équipe gouvernementale.» Interrogé sur la participation
des Républicains au gouvernement Lecornu, Bertrand a ajouté : « Nous ne pouvons
pas participer à ce gouvernement. Pourquoi ? Parce qu’il faut dire au président de la
République : “ça suffit”. On ne peut pas continuer comme ça. Maintenant, vous devez
prendre en compte ce qui s’est passé aux législatives. Vous les avez perdues,
Monsieur Macron, et c’est à vous aujourd’hui de réparer l’erreur de les dissoudre. »
Bardella : « Dissolvez l’Assemblée, allez aux urnes ! »
Quelques minutes après avoir annoncé sa démission, Jordan Bardella, président du
Rassemblement national (RN), a exhorté Macron à dissoudre à nouveau l’Assemblée
nationale et à renvoyer les Français aux urnes. « Assurément, dans les prochaines
semaines, voire les prochains mois, nous retournerons aux urnes, et le
Rassemblement national sera prêt à assumer ses responsabilités », a déclaré
Bardella. La balle est désormais dans le camp de Macron, qui a jusqu’à présent
exclu sa démission personnelle et ambitionne de rester au pouvoir jusqu’en 2027.
À ce stade, la tâche s’annonce ardue. Ce dernier revers – le cinquième du second
mandat de Macron – survient à un moment extrêmement délicat pour l’économie
française, avec une dette publique atteignant 113 % du PIB et un déficit de 5,8 %. La
France est l’homme malade de l’Europe, et la crise politique qui frappe l’Élysée ne
contribue pas à résoudre une situation désastreuse.

