Nucléaire: La stratégie du Kremlin pour dominer ses concurrents !

Paolo Hamidouche (@Paolino_84)

La Russie de Vladimir Poutine vise à renforcer son secteur nucléaire et à promouvoir
son champion national, Rosatom, sur le marché mondial. Il s’agit d’une décision
stratégique de Moscou, qui, bien qu’important producteur de pétrole et de gaz,
entend faire de la croissance de la demande nucléaire un moteur de développement
global.

Le nouveau front nucléaire russe

Après le renforcement des projets nucléaires russes à l’Est, Poutine a
personnellement envoyé un message fort à ce sujet ces derniers jours. S’exprimant
le 25 septembre 2025 au Forum atomique mondial à Moscou, le président russe a
annoncé que la Russie inaugurerait d’ici 2030 le premier réacteur à cycle fermé au
monde dans la région de Tomsk. Cette technologie utilise l’uranium usé issu
d’anciens cycles afin d’augmenter le taux de recyclage et de réduire la quantité à
stocker sous terre après désintégration.

« Nous réutiliserons à plusieurs reprises la quasi-totalité du combustible usé des
réacteurs, soit 95 %, », a annoncé Poutine, ajoutant que « ce mécanisme nous
permettra à terme de résoudre presque totalement le problème de l’accumulation de
déchets radioactifs et, surtout, de résoudre en grande partie la question de la
disponibilité de l’uranium. » Bien sûr, beaucoup reste à prouver, mais la confiance du
président témoigne incontestablement de la résilience du secteur, grâce auquel
Moscou entend diversifier ses approvisionnements énergétiques et accroître sa
présence sur les marchés internationaux.

Le monde a soif d’énergie nucléaire

Outre les sources de revenus traditionnelles (gaz, pétrole, céréales, armement), les
technologies nucléaires jouent un rôle important dans les exportations industrielles et
économiques russes. Les propos de Poutine visent également à promouvoir la
puissance de Rosatom, l’entreprise publique responsable de ces infrastructures, et
du reste de l’industrie nucléaire du pays. « Poutine a déclaré que la capacité totale
de toutes les centrales nucléaires du monde pourrait être multipliée par plus de 2,5,
pour atteindre près de 1 000 GW d’ici le milieu du XXIe siècle », note Interesting

Engineering, ajoutant que « les pays en développement seront en grande partie les
premiers à s’orienter vers l’énergie nucléaire. »

La course mondiale de Rosatom

Outre les contrats de longue date en Hongrie, Rosatom a annoncé en juin avoir
produit les premiers kilowatts d’énergie nucléaire dans des centrales en Turquie et
au Bangladesh, deux pays dotés d’importantes bases industrielles et dont la
demande énergétique devrait croître au cours des prochaines décennies. Et ce n’est
pas tout. L’accord de 25 milliards de dollars avec l’Iran portant sur huit centrales
nucléaires et 20 gigawatts d’énergie d’ici 2040, évoqué par Claudia Maria Iannello
dans ces colonnes, a une valeur stratégique et économique considérable et s’ajoute
à d’autres projets importants. Moscou a conclu un accord avec l’Éthiopie pour
développer la technologie Rosatom dans la Corne de l’Afrique, cette dernière ayant
également été choisie par le Kazakhstan.

À l’intérieur comme à l’extérieur du pays, l’énergie nucléaire pionnière de la Russie
représente donc un levier important d’influence économique et de projection
géopolitique. Dans un monde avide d’énergie, notamment grâce à la numérisation
croissante et au développement de l’intelligence artificielle, l’énergie nucléaire est
vouée à devenir une technologie de plus en plus exploitée et commercialisable. Pour
Moscou, un accord sur une centrale nucléaire n’est pas seulement un accord
financier, mais aussi une garantie contre toute menace d’isolement. Dans le domaine
de l’énergie, qu’il s’agisse des combustibles fossiles ou du nucléaire, nous devrons
encore longtemps composer avec Moscou.

par Divergence Politique

L’actualité en France est dominée par les grands médias mainstream. En soutenant Divergence Politique, vous contribuez à faire vivre un projet 100 % indépendant, garantissant une totale liberté dans sa ligne éditoriale, son ton et la liberté de pensée de ses animateurs ! Divergence Politique, lancé le 1er septembre 2024, dévoilera sa “v.2” sur une nouvelle plateforme le 1er janvier 2025 !

Laisser un commentaire

En savoir plus sur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture