Iran. Perspectives d’accord, la fureur du parti des guerres sans fin !

Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]

Il convient de noter la prudence de Netanyahou qui, après avoir surmonté la fureur épique qui a suivi l’annonce, a déclaré que l’accord en cours éliminerait la menace nucléaire iranienne (le casus belli inexistant).

Lorsque Trump a annoncé de manière inattendue un accord imminent avec l’Iran, ce fut la consternation générale, et il ne pouvait en être autrement : l’enjeu était trop important. La réaction furieuse du parti des guerres sans fin, émanant d’Israël, des États-Unis et d’ailleurs, indique que cette annonce présidentielle n’est ni un prétexte ni une manœuvre visant à faciliter une attaque surprise ultérieure (qui reste possible, si les faucons parviennent à la contenir).

De toute évidence, l’accord, qui doit encore être codifié et consolidé, se limitera à un accord-cadre sur certains points de blocage, au premier rang desquels le sort du détroit d’Ormuz, et prolongera le cessez-le-feu afin de permettre des négociations sur les questions en suspens.

La prudence de Netanyahou est remarquable. Après avoir surmonté la vague d’indignation qui a suivi l’annonce, il a déclaré que l’accord en cours éliminerait la menace nucléaire iranienne (le casus belli inexistant).

Cette déclaration est importante car, du moins dans ce cas précis, il n’a mentionné ni la réduction du programme balistique iranien, véritable moyen de dissuasion de Téhéran, ni la rupture de ses alliances régionales, exigences qu’il avait pourtant formulées auparavant (des prétextes destinés à raviver les hostilités, puisqu’ils sont inacceptables pour l’autre partie).

Netanyahou ne s’est pas converti à la paix. Il s’agit simplement d’une tactique, nécessaire pour empêcher que son désaccord avec Trump ne soit exploité par ses adversaires politiques, car une prise de distance publique vis-à-vis du Golem depuis l’étranger serait fatale pour tout Premier ministre israélien. Il va sans dire que les mots sont une chose, la réalité en est une autre : la campagne secrète contre l’accord reste inexistante.

L’ensemble des dirigeants israéliens se joignent au djihad anti-accord, une position qui illustre l’un des plus grands succès de Netanyahu : il est parvenu à insuffler son obsession pour Téhéran, autrefois bien moins perceptible, au cœur de la vie politique et sociale de tout un pays.

Plusieurs sénateurs américains, républicains comme démocrates, ont rejoint ce djihad avec un enthousiasme manifeste (voir la liste et leurs déclarations respectives dans le New York Times), ce à quoi Trump a répondu en les qualifiant de « perdants », une critique qui résonne plus fort que toute autre aux États-Unis.

La perspective d’un accord a suscité une nervosité généralisée, comme en témoigne la fusillade devant la Maison Blanche, un sombre présage pour l’avenir. Cette nervosité se propage à travers le monde en raison de la crise mondiale déclenchée par l’effondrement du détroit d’Ormuz : l’attaque dévastatrice perpétrée hier contre un train pakistanais a fait 14 morts, mais le bilan aurait pu se chiffrer en centaines.

Le Pakistan continue de jouer un rôle clé dans cette crise grâce à la médiation qu’il s’est arrogée et qu’il exerce au nom de la Chine, qui accueille actuellement le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif (des accords d’une valeur de plusieurs milliards de dollars ont été conclus). Par ailleurs, le rôle de la Chine dans cette médiation a été publiquement reconnu par le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, qui a salué son activisme « efficace ».

Il est encore possible de faire échouer les négociations. De nombreux points restent à régler et pourraient compromettre leur échec. Avant tout, l’énergie nucléaire, qui demeure l’enjeu central, tant pour le sort du programme nucléaire iranien que pour celui de l’uranium enrichi encore en possession de Téhéran.

Sur ce point, il serait possible de déléguer le dénouement des questions les plus épineuses à des négociations ultérieures, en incluant dans le mémorandum d’entente intérimaire des garanties qui permettraient à Trump de revendiquer une forme de victoire.

Il sera bien plus difficile de parvenir à un accord, même préliminaire, sur deux questions qui semblent actuellement insurmontables : le Liban et le détroit d’Ormuz.

L’accord intérimaire devra inévitablement comporter une clause exigeant la fin de l’invasion israélienne du Liban, une revendication à laquelle Téhéran est resté inflexible et sur laquelle il ne peut céder, tant par prestige que parce qu’un revirement en faveur du Hezbollah aurait des répercussions sur ses relations avec tous ses partenaires régionaux.

Inévitablement, Tel-Aviv s’opposera à cette clause, comme Netanyahou et ses alliés l’ont déjà affirmé ; et il est véritablement difficile d’imaginer comment Trump pourrait l’emporter sur ce point, étant donné qu’il n’a aucun pouvoir réel sur le théâtre des opérations libanais (menacer de retirer son soutien à Tel-Aviv est hors de question).

Il faut trouver une solution de contournement pour sauver à la fois les chèvres et les choux. La seule option qui semble actuellement envisageable est un consensus sur une clause plutôt vague et prospective, que le Hezbollah pourrait accepter, laissant le sort du Liban se décider sur un champ de bataille.

L’autre véritable problème à résoudre est le détroit d’Ormuz. Trump et la quasi-totalité des responsables politiques et des médias occidentaux ont exprimé le souhait de revenir au statu quo, tandis que les autorités iraniennes sont restées jusqu’à présent inflexibles dans leur détermination à contrôler le transit par le détroit.

Aujourd’hui, Téhéran a fait une annonce plus rassurante, susceptible d’apporter une solution. L’agence de presse Tansim a résumé une déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, qui a affirmé que « l’Iran ne perçoit pas de péage dans le détroit d’Ormuz », soulignant la nécessité de choisir ses mots avec soin.

« L’Iran », poursuit le résumé de Tansim, « n’a pas l’intention d’imposer de péage », mais « il est normal que les services fournis dans le cadre de ce processus, ainsi que les efforts déployés pour protéger l’environnement, engendrent des coûts ». En résumé, la solution envisagée est une taxation similaire à celle qui régit le passage des détroits turcs.

Les États-Unis et l’Iran cherchent à conclure un accord, Bibi le saboteur tend ses pièges.

Benjamin Netanyahou est le « fauteur de troubles » à surveiller alors que les États-Unis et l’Iran s’affrontent sur la question de la fin de la troisième guerre du Golfe.

Benjamin Netanyahou est l’élément perturbateur à surveiller de près dans les négociations entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la troisième guerre du Golfe, qui a débuté le 28 février. Le Premier ministre israélien est de facto tenu à l’écart du dialogue entre Washington et Téhéran, dialogue qui se déroule en triangle avec le Pakistan et plusieurs pays arabes. Le samedi 23 mai, le processus s’est accéléré au point qu’un accord pourrait être envisagé. Pour le Premier ministre israélien, qui prépare les élections anticipées cruciales de l’automne, la perspective de la paix risque d’être déconcertante : en juin 2025 et de février à avril 2026, Israël a infligé de lourdes pertes à l’Iran lors des deux guerres qui les ont opposés, par des frappes aériennes et de missiles, et Netanyahou a placé la barre très haut, désignant chaque membre du régime de Téhéran comme une cible légitime. Pourtant, malgré une série de coups dévastateurs, dont l’assassinat du Guide suprême Ali Khamenei, l’État hébreu n’a atteint aucun objectif stratégique.

Une paix difficile et encore incertaine

Un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran laisserait Israël avec un avantage certain : pas d’effondrement de la République islamique, pas de désintégration territoriale de l’Iran, pas de victoire décisive, pas d’anéantissement militaire des capacités de Téhéran ; un pays certes affaibli, mais pas vaincu. Sur le papier, l’accord prévoit également la paix au Liban et la fin du conflit israélo-hézbollah. Est-ce possible ? Netanyahou étudie différentes options pour comprendre comment Tel-Aviv devra intégrer et gérer le cessez-le-feu.

L’indice remonte au 8 avril : alors que les négociations d’un cessez-le-feu sous l’égide du Pakistan s’achevaient à Islamabad, Israël bombardait le Liban dans le cadre de l’opération « Ténèbres éternelles », un nom aussi évocateur et inquiétant que l’ampleur des frappes menées sur Beyrouth et le sud du pays. Aujourd’hui, Netanyahou exige des garanties pour pouvoir répondre à « toute menace » qui pourrait surgir au Liban après la paix avec l’Iran, tout en réclamant des garanties sur un autre objectif clair : la dénucléarisation de l’Iran.

Donald Trump, qui depuis la Maison-Blanche a mené l’effort américain pour se désengager d’une guerre contre-productive pour les États-Unis, a eu des confrontations tendues avec Netanyahou, mais ne peut ignorer le poids que les préoccupations, les ambitions et les stratégies d’Israël continuent d’exercer sur son administration et, surtout, sur le cercle restreint de ses soutiens et alliés. Par exemple, Trump n’a récemment eu aucun scrupule à utiliser le soutien pro-israélien de l’AIPAC pour faire perdre la primaire du Kentucky au républicain « rebelle » Thomas Massie, figure emblématique du mouvement MAGA désavoué par le commandant en chef. Massie doit désormais faire face aux critiques des proches alliés de Tel-Aviv, qui ont approuvé la guerre en Iran et critiquent maintenant toute perspective de paix. De l’ancien secrétaire d’État Mike Pompeo au sénateur de Caroline du Sud et faucon interventionniste Lindsey Graham, nombre de personnalités semblent privilégier le maintien de l’axe Washington-Tel-Aviv plutôt que les perspectives de stabilité au Moyen-Orient.

La stratégie risquée des accords d’Abraham

Graham cite par exemple la proposition faite samedi par Trump à des dirigeants arabes et musulmans d’inclure une extension des accords d’Abraham, un accord de détente avec Israël, dans les négociations de paix avec l’Iran. Il semble que cette proposition vise principalement l’Arabie saoudite, le Qatar et le Pakistan. Cette hypothèse a été relancée par Axios, une publication bien informée sur les manœuvres au sein de l’État profond américain, et mise en avant par Graham sur X, qui craignait de « graves répercussions sur nos relations futures » pour les pays qui rejetteraient cette perspective.

Les profondes motivations pro-israéliennes de cette proposition apparaissent d’emblée. Les accords d’Abraham ne sont pas seulement un pacte de détente bilatéral entre pays arabes et Israël, mais aussi une stratégie conçue en 2020 par le premier président Trump (et Pompeo) comme mesure explicite d’endiguement de l’Iran. Cette stratégie soulève cependant une question cruciale : la perspective que les signataires reconnaissent Israël tout en réduisant leur engagement sur la question palestinienne.

Paniqués, les faucons américains.

Le cas des Émirats arabes unis est emblématique : leurs critiques virulentes des massacres à Gaza n’ont pas amélioré les relations consolidées avec Israël depuis 2020. Netanyahu cherche en réalité à obtenir l’aval des États-Unis pour des opérations sans restriction au Liban, ce qui préparerait le terrain à une guerre permanente et ouvrirait la voie à une réévaluation des accords d’Abraham. Cette réévaluation saperait le bien-fondé de la détente avec l’Iran et, de surcroît, anéantirait des années de réflexion au sein du monde arabe, notamment en Arabie saoudite, sur ce sujet. Il s’agit d’une forme très sophistiquée de sabotage substantiel impliquant toutes les forces disponibles au sein du camp des « faucons », parmi lesquelles « certaines personnes dont la carrière entière dépend de la poursuite du conflit avec l’Iran ». Ces propos sont-ils ceux d’un partisan radical du régime de Pasdaran ? Non, ils sont écrits dans X par Danny Citrinowicz, analyste en sécurité à l’Institut d’études de sécurité nationale de l’Université de Tel Aviv et commentateur lucide de la situation de guerre impliquant l’Iran.

« Reconnaître l’échec de cette stratégie entraînerait inévitablement une remise en question, non seulement d’une conception politique profondément ancrée, mais aussi d’une incertitude soudaine quant à leur avenir professionnel », ajoute l’analyste. Un point de vue que le politologue Phil Gordon appuie en soulignant que les faucons « sont incapables de défendre les résultats des politiques qu’ils ont longtemps prônées et se contentent donc d’affirmer que la victoire aurait été imminente si seulement Trump avait persévéré dans cette voie. »

Ainsi, les trajectoires de Netanyahou et de ses principaux soutiens américains convergent à nouveau : d’une part, pour défendre des intérêts stratégiques et politiques, du point de vue de Tel-Aviv ; d’autre part, pour défendre des thèses établies, aujourd’hui réfutées de façon désastreuse, du point de vue des interventionnistes les plus radicaux. Trump, comme le démontre l’affaire Massie, a souvent critiqué ceux qui mettaient en garde contre les conséquences néfastes de cette guerre pour les États-Unis. Sera-t-il désormais capable de garder le cap et de diriger un navire qui risque d’être attaqué par ceux qui refusent d’accepter la fin de la guerre sans restriction contre l’Iran ? Une grande partie de la paix au Moyen-Orient dépend de la réponse à cette question.

par Divergence Politique

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