Les États-Unis suspendent le déploiement de 4 000 soldats en Pologne. Mais les retirer d’Italie ou d’Allemagne est bien plus compliqué !

Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]

Les États-Unis ont suspendu le déploiement de 4 000 soldats en Pologne alors que la majeure partie du matériel avait déjà été transférée.

Contre toute attente, les États-Unis ont suspendu le déploiement de 4 000 soldats de la 2e brigade blindée de la 1re division de cavalerie en Pologne. L’information, divulguée mercredi dernier par des sources du Pentagone, a surpris, car la majeure partie du matériel destiné à cette brigade, qui devait être déployée en Pologne et dans d’autres pays du flanc est de l’OTAN, avait déjà été acheminée en Europe. On ignore si cette suspension signifie l’annulation pure et simple du déploiement ou un simple report, et les raisons de cette décision restent floues. Le commandant de la marine américaine Javan Rasnake, porte-parole du Pentagone, a déclaré que le département de la Guerre « n’a rien à annoncer à ce sujet pour le moment ».

On soupçonne toutefois que le Pentagone mette en œuvre la volonté de la Maison Blanche de réduire la présence militaire américaine en Europe, cette décision faisant suite à l’annonce du retrait de 5 000 soldats d’Allemagne. Même cette décision initiale reste vague : le Pentagone a déclaré qu’elle serait finalisée dans un délai de six à douze mois. Des rumeurs circulent selon lesquelles le 2e régiment de cavalerie de l’armée américaine, basé à Vilseck, pourrait être concerné. Certains médias, citant des responsables de la défense anonymes, affirment qu’il s’agirait d’une brigade et d’une unité d’artillerie à longue portée, dont le déploiement en Allemagne est prévu d’ici la fin de l’année. Si cela se confirme, le 2e régiment de cavalerie serait la seule unité de la taille d’une brigade en Allemagne, comme le rapporte Stars and Stripes. Cependant, d’autres solutions pourraient être envisagées selon la manière dont le Pentagone entend atteindre le seuil des 5 000 soldats, comme par exemple une réduction des déploiements par rotation en Europe.

Suite au déclenchement de l’opération militaire  spéciale lancée par la Fédération de Russie sur l’Ukraine en 2022, le nombre de forces américaines en Europe a progressivement augmenté : aujourd’hui, le contingent militaire américain compte environ 85 000 hommes, dont 15 000 à 20 000 sont déployés temporairement, avec des rotations de troupes entre les États-Unis et l’Europe. En octobre, le Pentagone a commencé à réduire certaines rotations, mettant fin à la mission de la 2e brigade de la 101e division aéroportée en Roumanie et dans d’autres zones du flanc est de l’OTAN.

Où sont les troupes américaines en Europe ?

La majorité des troupes américaines en Europe sont stationnées en Allemagne, avec un peu plus de 34 000 hommes, suivie de l’Italie (environ 12 000), du Royaume-Uni (10 000), de l’Espagne (3 800), de la Turquie (1 600), de la Belgique (1 100), et des Pays-Bas, de la Grèce, du Portugal, de la Roumanie et du Danemark (moins de 500 hommes chacun). On compte actuellement 370 soldats américains en Pologne. Si le déploiement prévu de la brigade blindée était définitivement suspendu, de même que les rotations qui en découleraient, le nombre de soldats américains en Europe reviendrait approximativement à son niveau d’avant l’escalade.

La première garnison permanente de l’armée américaine en Pologne a été inaugurée en 2023, suite aux pressions exercées par Varsovie sur Washington pour obtenir une présence américaine permanente sur son territoire. Cette garnison est répartie sur onze installations au sein de trois communautés militaires : Poznań, Powidz et Świętoszów. La Pologne abrite également une importante base de défense antimissile de l’OTAN : Redzikowo, qui accueille le système américain AEGIS Ashore d’interception des missiles balistiques de moyenne et moyenne portée, opérationnel depuis juillet 2024.

L’actuelle présidence américaine a menacé à plusieurs reprises de retirer ses troupes d’Europe, dès son premier mandat, afin d’exercer une pression politique sur l’Allemagne. Cependant, malgré la nécessité de redéployer des forces vers d’autres zones plus importantes pour les intérêts américains – comme le Pacifique occidental –, un retrait total est absolument impensable à court et moyen terme. L’Allemagne et l’Italie sont deux pays clés pour la projection de la puissance militaire américaine, non seulement en Europe de l’Est, mais aussi sur le théâtre d’opérations plus vaste de l’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et même jusqu’en Asie centrale. En Allemagne, par exemple, Ramstein est une base militaire et aérienne stratégique pour la logistique américaine et abrite des infrastructures essentielles aux capacités militaires des États-Unis : on y trouve notamment le plus important hôpital militaire hors des États-Unis. De même, l’Italie, de par sa situation géographique, offre des capacités similaires. Outre le fait d’abriter le quartier général de la Sixième Flotte, l’Italie accueille des installations critiques pour les forces américaines, comme une station MUOS (Mobile User Objective System), un système de communications par satellite militaire destiné à l’US Navy et faisant partie d’un réseau mondial également présent en Australie, à Hawaï et en Virginie (États-Unis).

Le redéploiement des forces américaines, s’il est réellement efficace, réduira la dissuasion conventionnelle en Europe, ce que les pays européens devront compenser d’une manière ou d’une autre.

par Divergence Politique

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