Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]
Une analyse réalisée par The Intercept montre que les médias traditionnels ont couvert de manière unilatérale le génocide à Gaza.

Nul n’ignore que les grands médias ont fait preuve de partialité dans leur couverture du génocide de Gaza. Trop indulgents envers Israël, ils se sont montrés trop réticents à imputer la responsabilité à Tel-Aviv. L’escorte médiatique. Comment la grande presse a accompagné le massacre. Et pourquoi certains ont su rester à l’écart » . Nous en avons parlé à plusieurs reprises sur Divergence Politique, face au silence général de la plupart des médias.
Adam Johnson, journaliste d’investigation pour The Intercept, apporte un éclairage supplémentaire, chiffres à l’appui, sur ce que beaucoup appellent un « système de complicité médiatique ». Dans son nouvel ouvrage, « Comment vendre un génocide : la complicité des médias dans la destruction de Gaza », il a analysé plus de 12 000 articles du New York Times, du Washington Post, de CNN, de Politico, d’Axios, de USA Today et de l’Associated Press, ainsi que 5 000 reportages télévisés de CNN et de MSNBC. Le verdict est sans appel : la couverture américaine de la guerre à Gaza a été « partiale, raciste, déshumanisante et souvent à la limite de l’incitation à la haine ».
Voici sept statistiques qui, selon l’enquête, démontrent le parti pris pro-israélien des grands médias.
Le « droit à la légitime défense » – 94 fois plus souvent invoqué pour Israël que pour les Palestiniens.
La formule magique utilisée par les médias pour légitimer le meurtre de civils est bien connue : « le droit à la légitime défense ». D’après l’analyse de Johnson, sur CNN et MSNBC, les invités, présentateurs et journalistes ont invoqué le droit à la légitime défense pour Israël 94 fois plus souvent que pour les Palestiniens. Dans la presse écrite, l’écart dépasse les 100 fois. Ce chiffre à lui seul illustre le discours qui a façonné le débat public américain.
« Boucliers humains » : un terme utilisé uniquement contre les Palestiniens
L’accusation d’utiliser des « boucliers humains » – un terme rejeté par les organisations de défense des droits humains lorsqu’il est employé de manière générique – a été martelée sans relâche contre le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens. Les médias l’ont répétée des centaines de fois, contribuant ainsi à justifier la mort de civils. En revanche, l’analyse des reportages télévisés n’a révélé aucune mention de l’utilisation de boucliers humains par Israël, malgré des cas documentés où les tactiques de l’armée israélienne correspondent à la définition juridique.
Des mots qui tuent : « Massacre », « Barbare », « Sauvage »
Durant les 100 premiers jours de la guerre, alors qu’environ 24 000 Palestiniens ont été tués à Gaza, l’emploi de termes à forte charge émotionnelle comme « massacre », « barbare », « sauvage » et « massacre » était totalement biaisé en faveur d’Israël. Johnson a exclu les citations directes de responsables ou de commentateurs, ne prenant en compte que la voix éditoriale des médias. Résultat : les mots évoquant l’horreur et la condamnation morale étaient réservés presque exclusivement aux victimes israéliennes du 7 octobre, tandis que les massacres à Gaza étaient décrits dans un vocabulaire stérile, technique et déshumanisant.
« Géré par le Hamas » : L’étiquette qui dévalorise les victimes
Après le bombardement de l’hôpital arabe al-Ahli le 17 octobre 2023, les médias ont massivement adopté les termes péjoratifs « géré par le Hamas » ou « contrôlé par le Hamas » pour décrire les chiffres relatifs aux victimes palestiniennes. Avant cette date, ni CNN ni MSNBC n’utilisaient ce terme. Son utilisation a alors explosé, devenant même la politique officielle de CNN. Pourtant, le département d’État américain, l’Organisation mondiale de la santé et Human Rights Watch utilisent depuis des années les données du ministère de la Santé de Gaza sans ces conditions.
Deux guerres, deux fardeaux : la confrontation avec l’Ukraine
Les victimes « sympathiques » – enfants, journalistes, travailleurs humanitaires – bénéficient traditionnellement d’une plus grande couverture médiatique. Mais pas à Gaza. Durant les cent premiers jours de l’offensive israélienne, la couverture médiatique des enfants palestiniens assassinés a été nettement inférieure à celle des enfants ukrainiens durant les cent premiers jours de l’invasion russe. Il en va de même pour les journalistes tombés au combat : les journalistes ukrainiens ont bénéficié d’une couverture médiatique des dizaines de fois supérieure à celle des journalistes palestiniens. Une disparité qui, selon Johnson, révèle un jugement implicite sur la valeur de la vie humaine fondé sur la nationalité.
Antisémitisme : oui ; islamophobie : non surtout pas !
Malgré la montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie dans les mois qui ont suivi le 7 octobre, la couverture médiatique s’est concentrée presque exclusivement sur le premier, ignorant largement les préjugés anti-musulmans et les répercussions du massacre de Gaza sur les Palestiniens aux États-Unis. Dans les universités, les étudiants qui protestaient contre la guerre étaient systématiquement dépeints comme antisémites, tandis que la discrimination dont étaient victimes les étudiants musulmans, arabes et palestiniens recevait une attention négligeable.
Claudine Gay et Hind Rajab : Le paradoxe de l’humanité
L’exemple le plus frappant de cette hiérarchie implicite du deuil réside peut-être dans la comparaison de deux histoires parallèles. D’un côté, la couverture médiatique obsessionnelle de la controverse entourant la présidente de Harvard, Claudine Gay, accusée d’antisémitisme et contrainte par la suite à la démission suite à des allégations de plagiat. Le New York Times lui consacrait des articles toutes les deux semaines. De l’autre, Hind Rajab, une fillette palestinienne de cinq ans tuée avec sa famille par l’armée israélienne alors qu’elle tentait de fuir. Son corps fut retrouvé quelques jours plus tard, à côté de ceux des sauveteurs tués en essayant de la secourir. Durant le mois qui suivit sa mort, le New York Times ne lui consacra aucun article en première page.

