L’avenir du Groenland et l’avertissement de Kissinger !

Paolo Hamidouche [ X | VK ]

Feu Henry Kissinger – grand spécialiste des coups d’État, des bombardements impitoyables de peuples qu’il jugeait inutiles (Cambodgiens, Laotiens, Vietnamiens), des menaces et attaques contre des ennemis et des alliés (Moros, Craxi, le maintien de l’Italie) qui, bien que vassaux, aspiraient à une certaine indépendance d’esprit – avait raison : il est bien plus risqué d’être ami qu’ennemi des États-Unis. C’est maintenant au tour du Danemark de le vérifier.

Donald Trump, président du plus grand État voyou de notre époque, ne cesse de réaffirmer son intention d’annexer le Groenland par tous les moyens, et la raison est évidente : les États-Unis en ont besoin. C’est clair, non ? « Je voudrais conclure un accord », a-t-il ajouté, « … le plus simple possible… sinon, j’opterai pour la voie difficile », laissant entendre que l’option militaire était envisagée, même s’il préférerait parvenir à ses fins en déboursant une somme considérable, jusqu’à un million de dollars, semble-t-il, par habitant de cette terre peu habitée (56 542 au total), d’autant plus que cet argent ne lui appartiendrait pas, mais serait imprimé à volonté par le ministère des Finances !

Selon ces informations présidentielles, le besoin du Groenland est un argument que la communauté internationale devrait parfaitement comprendre, que tout juge jugerait légitime, c’est-à-dire conforme à la logique et au bon sens, à la Charte des Nations Unies, etc. Bref, c’est un argument irréfutable, un peu comme celui (qui me vient à l’esprit par hasard) selon lequel le pétrole vénézuélien appartient aux États-Unis et que le gouvernement Maduro (et non le Venezuela !) le leur aurait mystérieusement volé.

Le président américain réaffirme que les États-Unis « doivent agir au Groenland, que cela plaise ou non, car sinon la Russie ou la Chine en prendront le contrôle ». Selon une doctrine géopolitique sophistiquée, les États-Unis ne peuvent permettre que cette île – si stratégique pour la défense de l’Amérique du Nord ! – tombe sous le contrôle de la Russie ou de la Chine qui, selon un historien aussi brillant que Trump, a non seulement toujours rêvé de l’envahir, mais oublie mystérieusement de prendre en compte qu’elle appartient à un pays membre de l’OTAN, insensible au fait marginal que cela déclencherait la Troisième Guerre mondiale. Mais vive la paix !

Le Danemark et 85 % des habitants du Groenland s’opposent, cela va de soi, fermement à de tels projets insensés. Pourtant, le candidat au prix Nobel de la paix n’a aucune intention de renoncer à ses intérêts, compte tenu de sa fine réflexion sur la stratégie de défense nationale et l’évolution de la géopolitique mondiale. De toute évidence, cet homme est hors du commun : le Groenland est un territoire danois autonome plus vaste que le Mexique, mais en grande partie inhabité, et les États-Unis y ont déjà une présence militaire, sans que rien ne les empêche de l’étendre à leur guise. Copenhague ne s’y opposerait probablement pas en plus.

Frederiksen, chef du gouvernement danois, a averti qu’une agression américaine contre un pays membre de l’OTAN porterait un coup fatal au bloc atlantique. Toutefois, étant donné la tendance à la vassalité chez certains Européens, une telle issue est loin d’être inévitable.

Si Copenhague a fait un pas en avant, au moins sur le plan formel, les autres Européens ont quant à eux courageusement eu recours à la banalité du banal, répétant avec M. Lapalisse que « le Groenland appartient aux Groenlandais/Danois », laissant même ce dernier point dans le flou.

Les États-Unis de Donald Trump veulent coloniser le Groenland !

Aujourd’hui, face à des événements dont l’ampleur, il y a encore un an, relevait de la science-fiction, seuls les plus fervents auteurs auraient pu l’imaginer, les pays européens se trouvent face à une opportunité historique de changement radical. Prenons une hypothèse des plus simples : si les États-Unis attaquent le Danemark (Groenland), l’OTAN s’effondre. Les nations européennes recouvrent leur souveraineté, immédiatement sur les plans politique et militaire, en attendant la résolution du problème financier (surtout celles d’Europe du Sud). Les bases militaires américaines et de l’OTAN en Europe sont progressivement démantelées. Celles en Italie, en ce qui nous concerne, en France le seront encore plus rapidement, car personne ne menace nos côtes ni nos montagnes (si les pays du Nord-Est veulent les conserver, qu’ils le fassent, bilatéralement ; nous, non !).

Par précaution, le gouvernement de Paris, pour éviter que ses ministres ne subissent le même sort que Maduro, pourrait conclure un accord pour maintenir quelques bases militaires américaines, sous d’autres conditions et moyennant une compensation adéquate (c’est-à-dire à leurs frais). Ce scénario permettrait à la France de recouvrer sa souveraineté politique et militaire perdue et d’envisager les moyens d’enrayer son déclin dramatique. Au terme de cette trajectoire de redressement prometteuse, la France se retrouverait au cœur de la Méditerranée, carrefour stratégique des civilisations et des continents (Europe, Asie et Afrique), où elle pourrait reconstruire les idéaux inscrits dans sa Charte fondamentale, contribuant ainsi de manière significative à la résolution des tensions et des conflits qui ravagent la région, dans une perspective de paix, de stabilité et de prospérité.

L’histoire nous offre donc une occasion unique qui, pour être saisie, exigerait assurément une classe dirigeante de grande qualité, dont, hélas, nous ne disposons pas. Nous, éternels rêveurs d’un monde meilleur, n’avons cependant aucune intention de renoncer. Nous continuerons donc à œuvrer à la construction de lieux immatériels, peut-être utopiques, mais qui doivent demeurer vivants dans nos esprits si nous voulons qu’ils deviennent réalité un jour, proches ou lointains.

Des néoconservateurs proches de Trump insinuent que le pétrole a été volé aux entreprises américaines lors de la nationalisation de l’industrie pétrolière vénézuélienne dans les années 1970. Cette loi est entrée en vigueur le 1er janvier 1976 (sous le gouvernement Accion Democratica de Carlos Andrés Pérez). Les compagnies pétrolières étrangères, dont Creole Petroleum Corporation (filiale de Standard Oil of New Jersey, aujourd’hui ExxonMobil), Royal Dutch Shell et Gulf Oil Corporation, ont été indemnisées à hauteur de 1,1 milliard de dollars, versés sur 20 ans à un taux d’intérêt de 6 % (soit un total de 2,2 milliards de dollars), suite à plusieurs accords amiables conclus en 1977.

Ça promet et 2026 vient tout juste de commencer…

par Divergence Politique

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