Paolo Hamidouche [ X | VK | Odysee ]
La nouvelle de l’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi est tombée soudainement, mais n’était pas totalement inattendue. Après tout, le contexte reste celui d’une Libye toujours très instable et sujette à des bouleversements constants et soudains. Dans une telle situation, porter le nom de Kadhafi n’est certainement pas une garantie d’immunité. De plus, l’ancien dirigeant Mouammar Kadhafi, tué en 2011 après 42 ans de règne ininterrompu, avait un temps désigné Saïf comme son héritier politique. Un héritage que Saïf lui-même a cherché à perpétuer. Du moins jusqu’à hier, lorsque quatre hommes armés ont pris d’assaut son domicile à Zintan, ne lui laissant aucune issue. Sa mort a probablement marqué la fin d’une ère : celle du kadhafiisme. Et, avec elle, celle de plus d’un demi-siècle d’histoire libyenne et moyen-orientale.
Causes possibles de l’embuscade de Zintan
Il est difficile de déterminer qui a tiré sur Saïf. Et qui, en même temps, a armé ses bourreaux. La seule certitude concerne le lieu de l’incident. Comme mentionné précédemment, le deuxième fils de l’ancien « raïs » a été tué à Zintan. C’est dans cette ville, où le désert côtoie les montagnes à environ 200 km au sud de Tripoli, que sont basées certaines des milices les plus importantes de l’ouest de la Libye. Ces groupes armés furent parmi les premiers à se soulever contre Kadhafi en 2011 et, quelques mois après la mort de Mouammar, ils ont traqué Saïf alors qu’il tentait de fuir au Niger. Depuis, Saïf n’a quitté Zintan qu’à de rares occasions. De prisonnier, il est devenu un hôte de marque en 2017 suite à la décision de le libérer et de ne pas exécuter la peine de mort prononcée en 2015.
Zintan servait ainsi de forteresse pour nourrir des ambitions politiques. Le fait que quelqu’un ait fait le déplacement jusqu’ici pour l’assassiner a bouleversé certains équilibres. Des équilibres internationaux, peut-être. La professeure Michela Mercuri a récemment souligné le court laps de temps entre le meurtre et la publication des nouveaux documents concernant Epstein. Ces documents impliquaient également Saïf Kadhafi dans ses intérêts liés aux comptes de milliardaires libyens toujours gelés aux États-Unis et en Europe. Mais il pourrait aussi s’agir de simples enjeux locaux. L’analyste Jalel Harchaoiu a noté que de nombreux groupes à Zintan supportaient mal la présence de cet hôte de marque. Il était depuis longtemps perçu comme un fardeau et une menace pour la sécurité de la région.

Que signifie la mort de Saif ?
L’hypothèse d’un possible retour au pouvoir de Saif en Libye, lié à la crainte d’une telle réaction, ne peut être écartée. Cependant, explorer cette piste soulèverait plus de questions que de certitudes. La première concerne le moment choisi, Saif ayant depuis longtemps affiché ouvertement ses ambitions politiques. Il faudrait donc comprendre pourquoi ses bourreaux étaient armés à ce moment précis. Par ailleurs, la figure du second fils du dictateur était plus symbolique que politique : « Sa figure servait de point de repère, utile dans certaines régions du pays pour signaler la détresse, protester ou attirer l’attention », nous a expliqué Alessandro Scipione d’AgenziaNova, « mais sans pour autant se traduire par un projet organisé ou une autorité capable de rivaliser avec les principaux centres du pouvoir. »
Saif était donc davantage un symbole, à brandir au moment opportun ou à réaffirmer pour exprimer son désaccord avec la situation et sa nostalgie du régime : « Dans ce contexte, » poursuit Scipione, « le camp Kadhafi n’a pas disparu, mais continue de se manifester de manière généralisée et désordonnée.» En somme, la mort de Saif marque aujourd’hui la fin d’une idéologie plus encore que d’un projet politique. Ses conséquences seront plus visibles dans les annales de l’histoire que dans l’actualité politique. Car, de fait, l’élimination du dernier Kadhafi en politique a définitivement mis un terme à une ère de plus de cinquante ans.

