Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]
L’Iran a lancé sa « menace sous-marine » contre les routes pétrolières du Golfe, en annonçant le déploiement de sous-marins de poche Ghadir dans le détroit d’Ormuz. Ces sous-marins sont capables de mener une guerre asymétrique d’une extrême violence.

L’Iran lance sa « menace sous-marine » contre les routes pétrolières du Golfe en annonçant le déploiement de sous-marins de poche de classe Ghadir dans le détroit d’Ormuz. Cette décision exploite les craintes d’une guerre navale asymétrique qui aggraverait la crise énergétique, déjà exacerbée par le blocus des routes commerciales reliant les puissances du Golfe au reste du monde.
Les principaux acteurs de cette stratégie sont les sous-marins de poche de classe Ghadir, derniers vestiges de la flotte sous-marine iranienne. Ils pourraient cibler les navires marchands dans le Golfe et les eaux entourant le stratégique détroit d’Ormuz, déclenchant ainsi une campagne anti-sous-marine impliquant des avions de patrouille, des hélicoptères de lutte anti-sous-marine et des destroyers de l’US Navy déployés dans la zone de responsabilité du CENTCOM, le commandement central des États-Unis qui supervise les opérations au Moyen-Orient.
De taille comparable aux X-Crafts de la Royal Navy et aux Seehunds de la Kriegsmarine qui ont combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, les unités survivantes de la flotte, initialement composées d’une vingtaine d’exemplaires de la classe Ghadir entrés en service en 2005 dans la marine de la République islamique d’Iran, représentent la nouvelle arme de dissuasion que Téhéran pourrait employer contre les navires, militaires ou civils, qui tenteraient de violer le blocus du détroit d’Ormuz.
Les Dauphins du Golfe et la stratégie de Téhéran
Surnommés les « Dauphins du Golfe Persique », les sous-marins Ghadir seraient actuellement déployés en positions opérationnelles stratégiques afin de renforcer ce qui est considéré comme la stratégie de guerre asymétrique globale de Téhéran dans le Golfe Persique. Cette annonce a des implications stratégiques mondiales, car environ 20 à 21 % des cargaisons mondiales de pétrole transitent par le détroit d’Ormuz. Cela signifie que même des opérations de perturbation limitées pourraient entraîner une volatilité immédiate des marchés de l’énergie, une flambée des primes d’assurance et une mobilisation navale multinationale dans toute la région du Golfe.
Le commandant de la marine iranienne a déclaré que des sous-marins légers de fabrication nationale mènent des opérations de surveillance et de contrôle dans le détroit d’Ormuz et les eaux adjacentes du Golfe Persique. Selon l’agence de presse Fars, le contre-amiral Shahram Irani a affirmé que les sous-marins opèrent en fonction de l’évolution des menaces, des besoins opérationnels et des capacités nationales. Il a ajouté que ces unités sont capables de rester au fond de la mer pendant de longues périodes, où elles sont utilisées pour la surveillance, le repérage et, selon ses dires, l’engagement potentiel de navires hostiles dans cette voie maritime stratégique. Le commandant de la marine a également indiqué que les sous-marins ont fait surface dans le détroit d’Ormuz lors d’une opération baptisée du nom des martyrs du destroyer Dena, avant de procéder à des manœuvres en formation et de regagner les eaux plus profondes pour poursuivre leurs missions.
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Les médias iraniens ont également interprété ce déploiement comme une riposte symbolique et une forme de dissuasion opérationnelle. Les médias d’État ont décrit les sous-marins comme « prêts à l’action », tout en soulignant leur capacité à mener des opérations de surveillance prolongées depuis le fond marin. Cette aptitude leur permet de rester dissimulés dans le golfe Persique tout en surveillant ou en engageant les navires de surface hostiles empruntant des voies de navigation stratégiques. Ce déploiement conforte également la doctrine militaire iranienne de longue date selon laquelle les petits sous-marins côtiers à faible déplacement peuvent imposer des coûts d’exploitation disproportionnés aux forces navales technologiquement supérieures, notamment dans les eaux peu profondes et encombrées acoustiquement, impropres aux opérations conventionnelles de sous-marins de haute mer tels que ceux que les États-Unis pourraient déployer en mer d’Arabie ou dans le golfe d’Oman.
La menace du détroit d’Ormuz et une dissuasion sous-marine
Les communications navales iraniennes concernant la flotte Ghadir semblent soigneusement élaborées pour signaler une présence continue dans le détroit, où les mines navales susmentionnées ont été posées et où rôdent de petits navires armés et équipés de drones, destinés à servir de « bateaux explosifs » à la flotte Mosquito. Cette situation entretient une ambiguïté stratégique tout en compliquant la planification opérationnelle de l’US Navy et des forces anti-sous-marines alliées opérant près du Golfe. Ces forces doivent se préparer à un contexte stratégique où Téhéran s’appuie de plus en plus sur des plateformes navales asymétriques et difficiles à neutraliser, plutôt que sur l’engagement naval conventionnel qui a été largement mis en échec lors des premières semaines de ce qui est considéré comme la troisième guerre du Golfe.
À titre d’exemple, citons le torpillage de la frégate iranienne Iris Dena par le sous-marin d’attaque USS Charlotte, touchée par une torpille Mk-48 le 3 mars après avoir été interceptée au large des côtes du Sri Lanka. Le déploiement des sous-marins Ghadir, considéré comme « destiné à démontrer la capacité de survie et la continuité opérationnelle des forces navales iraniennes » malgré les pertes subies, a également été lié aux « martyrs de Dena ».
Comme le souligne Defense Security Asia, les médias iraniens ont maintes fois mis l’accent sur les capacités de ces sous-marins, capables de mener des opérations de longue durée en restant près d’un fond marin extrêmement difficile à sonder en raison de ses irrégularités géologiques. Ils peuvent demeurer stationnaires pendant de longues périodes et échapper aux sonars, réduisant ainsi leurs risques d’être repérés dans les voies de navigation très fréquentées du Golfe. Leurs missions de patrouille peuvent également durer jusqu’à 50 jours. Les analystes militaires affirment depuis longtemps que la doctrine navale iranienne privilégie la stratégie d’attrition aux engagements de flotte, ce qui confère aux plateformes comme le Ghadir une valeur stratégique inestimable malgré leur déplacement et leur charge utile relativement limités.
Longs d’environ 29 mètres et d’un déplacement maximal de 150 tonnes selon leur configuration opérationnelle, les sous-marins de classe Ghadir embarquent un équipage de sept personnes, officiers et marins compris. Ils ont été conçus spécifiquement pour les combats dans le golfe Persique, où les eaux sont relativement peu profondes (36 mètres en moyenne). Idéaux pour les missions d’interdiction et d’embuscade côtières, ils peuvent être armés de différents types de torpilles, comme la Valfajr, lancée depuis deux tubes de 533 mm situés à l’avant, ou de missiles de croisière antinavires tels que le Jask-2, que l’Iran a déjà testé avec succès depuis un sous-marin de classe Ghadir lors de démonstrations visant à mettre en avant les capacités de frappe sous-marine de la République islamique.
Les sources divergent quant au nombre précis de sous-marins de classe Ghadir construits et mis en service. Les estimations varient de 10 à 23, sans compter les bâtiments détruits lors de raids israéliens et américains, ou immobilisés pour cause de pannes ou autres.
Quoi qu’il en soit, le déploiement des sous-marins Ghadir dans le détroit d’Ormuz et le golfe Persique constitue un signal clair de dissuasion stratégique que Téhéran entend promouvoir. Ce déploiement vise à la fois à renforcer l’idée que cette puissance du Moyen-Orient conserve une « capacité de riposte crédible » malgré les attaques étrangères, et à atteindre des objectifs de politique intérieure. Il s’agit en effet de présenter la marine iranienne comme résiliente, opérationnellement prête et technologiquement autonome après la destruction du destroyer Dena et des principaux bâtiments de surface de la flotte. D’un point de vue purement stratégique, cette annonce constitue un signal de dissuasion face à la nouvelle escalade annoncée par les États-Unis suite à l’échec des négociations.


