Avec ses funérailles grandioses, l’Iran commémore Khamenei et fait ses adieux à la République islamique d’hier !

Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]

La République islamique d’hier n’existera plus et, d’une certaine manière, les funérailles de l’ayatollah Khamenei marquent aussi les siennes.

Le juge en chef Gholamhossein Mohseni Ejei, le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, le président, Massoud Pezeshkian, et le commandant militaire Mohsen Rezaee lors d’une cérémonie d’adieu en l’honneur du défunt Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, à Téhéran, en Iran, ce vendredi 3 juillet 2026

Les funérailles nationales du Guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février au début de la troisième guerre du Golfe et de l’agression israélo-américaine contre l’Iran, dont il était la figure politique et théologique de premier plan, se dérouleront du 4 au 9 juillet. Ce sera un voyage humain et symbolique à travers l’histoire de l’islam chiite et l’histoire récente et tumultueuse de la République islamique. Une procession de six jours traversera l’Iran et l’Irak, de la capitale Téhéran aux villes saintes du chiisme situées entre les deux États voisins, notamment Mashhad, Qom, Najaf et Karbala, lieu du martyre de Hussein, second fils d’Ali et petit-fils de Mahomet, qui perdit la vie lors de la bataille de Karbala en 680, ouvrant la voie à près d’un millénaire et demi d’une théologie chiite distincte et autonome.

Pour les chiites, le martyre et le sacrifice sont au cœur de l’histoire et de la théologie. Pour les plus fervents partisans du défunt Guide suprême, à commencer par son fils et successeur Mojtaba, le martyre de Khamenei fut un martyre à tous égards, survenu au plus fort de la lutte contre les ennemis mortels du pays dont il fut président de 1980 à 1988 et Guide suprême de 1989 jusqu’à sa mort. Il incarnait ainsi toute l’histoire du pays après la destitution du Shah en 1979. Les funérailles, qui devraient attirer des dizaines de millions de pèlerins le long du parcours du cercueil et qui seront probablement les plus importantes de l’histoire, seront un voyage à travers de nombreuses époques, entre religion et politique, entre passé, présent et futur.

Depuis la Grande Mosquée de Téhéran, où des dignitaires de divers pays, des chefs religieux iraniens de toutes confessions et de nombreux citoyens ont défilé pour assister aux funérailles officielles et rendre hommage à Rahbar, assassiné, et aux membres de sa famille tués lors du raid, un message important sera envoyé, parlant de l’Iran au monde et à lui-même. Ce sera probablement la fin d’une histoire.

Le changement inévitable


Le 4 juillet, tandis que Donald Trump célébrera le 250e anniversaire de la nation américaine à Washington, l’Iran pourra entamer les funérailles de Khamenei, fort des résultats obtenus dans la sécurisation du cessez-le-feu dans le Golfe et sa victoire face à l’offensive israélo-américaine. La guerre n’a pas été facile et Téhéran a subi de lourds dommages, mais stratégiquement, la victoire a été plus favorable à la République islamique qu’à ses alliés. Le régime reste au pouvoir, le détroit d’Ormuz est désormais contrôlé par les Pasdaran et l’Iran peut négocier son avenir. Mais c’est précisément pour cette raison que la césure de la guerre et la mort de Khamenei représentent un appel à un changement structurel qui, d’une certaine manière, se manifeste déjà.

L’Iran, qui avant la guerre avait subi des manifestations de rue, des soulèvements, des tensions et des pressions stratégiques régionales, a été sommé de changer, et nous le disions depuis longtemps. Dans son dernier discours lors des manifestations de janvier, Khamenei, souvent pragmatique, semblait s’adresser à un pays qui n’existait plus, appelant à l’inflexibilité et à l’ordre. Avec sa mort, le pays est devenu une polyarchie. Ce constat a été confirmé lors des premières célébrations publiques par la présence conjointe du négociateur en chef de l’armistice avec les États-Unis et président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, du ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et du président Massoud Pezeshkian, tous représentant une seule et même structure de pouvoir à plusieurs niveaux.

Les triumvirs du gouvernement public (islamique), que l’on pourrait définir en se référant à l’expérience de la Rome antique, sont des figures qui occupent des positions cruciales de pouvoir entre la gestion de l’activité exécutive ordinaire (le président), les relations mondiales et la présence en tant que visage public du système (Araghchi) et une courroie de transmission, dans le cas de Ghalibaf, entre un système réformiste et les profonds appareils de pouvoir trempés par la guerre, centrés sur le corps des Gardiens de la révolution, qui ont matériellement absorbé la majorité des dommages subis et infligé un pourcentage similaire de ceux infligés de février à avril.

Tout cela se consolide par le transfert du pouvoir de décision au Conseil suprême de sécurité nationale, ce Camelot où l’égalité règne et où le régime se dévoile dans toute sa complexité. C’est comme pour affirmer qu’à l’avenir, aucune attaque surprise ne pourra décapiter l’Iran, car le pouvoir est désormais réparti, et comme pour indiquer que Mojtaba Khamenei sera davantage un garant qu’un maître, à l’instar de son père. Nous le disons depuis un certain temps déjà : la République islamique d’hier n’existera plus, et d’une certaine manière, les funérailles de Khamenei sont aussi les siennes. Il ne reste qu’un régime qui a trouvé un soutien inattendu dans la guerre, qui se sent désormais plus fort et qui doit répondre aux exigences du progrès économique, de la mobilité sociale et de la sécurité de la population pour se légitimer. Pour les États-Unis et Israël, la guerre était censée marquer le début de la fin de la République islamique. Elle marquera en réalité la fin du commencement. Il appartient aux dirigeants de Téhéran de décider si la seconde moitié sera synonyme de stabilité ou de chaos.

par Paolo Hamidouche

Rédacteur en chef sur Divergence Politique et auteur de Tribunes régulièrement avec des articles et sujets divers touchant à la Géopolitique internationale sur Stratpol. Vous pouvez me suivre sur X [@Paolino_84] et VK [https://vk.com/club234015974]

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