La bataille géopolitique entre Israël et la Turquie se poursuit ouvertement, et tandis qu’Ankara et Tel-Aviv intensifient leurs échanges verbaux, Recep Tayyip Erdogan et Benjamin Netanyahu déplacent leurs pions respectifs pour consolider leurs positions stratégiques. Dans ce contexte…

Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]
La confrontation géopolitique entre Israël et la Turquie se poursuit ouvertement. Tandis qu’Ankara et Tel-Aviv intensifient leurs échanges verbaux, Recep Tayyip Erdoğan et Benjamin Netanyahou manœuvrent leurs alliés respectifs pour consolider leurs positions stratégiques. Dans le contexte de la réorganisation du Moyen-Orient, l’affrontement entre deux des principales puissances régionales semble inévitable. Bien que l’éventualité d’un conflit ouvert entre Ankara et Tel-Aviv paraisse lointaine et soit compromise par divers facteurs, tels que leurs liens stratégiques communs avec les États-Unis, une lutte d’influence est indéniablement en cours, s’étendant de la Corne de l’Afrique à l’Europe de l’Est.
Ces dernières semaines ont été marquées par une phase critique. Trois éléments clés se sont dégagés ces derniers jours. Premièrement : de nouvelles incursions israéliennes en Syrie, dans la région de Tel Abou Qubaïs, visant à créer une zone de sécurité dans le sud du pays, dirigée par Ahmad al-Sharaa, un proche allié et protégé des Turcs qui a soutenu son accession au pouvoir à Damas lors de la chute de Bachar al-Assad fin 2024. Deuxièmement : le rapprochement d’Erdogan avec le Liban, qu’Ankara a inclus dans son périmètre de sécurité.
Critiquant les frappes israéliennes menées après la signature du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran et contestant les ambitions d’expansion de Tel-Aviv au Liban, Erdoğan a déclaré que la sécurité de la Turquie dépendait de Beyrouth. « Ankara soupçonne Israël d’être à l’origine de l’accord historique de délimitation maritime signé par le Liban avec Chypre en novembre 2025, qui ouvre la voie à une potentielle exploration gazière offshore et à une coopération énergétique en Méditerranée », rapporte RFI. Pour la Turquie, un Liban sous domination israélienne renforcerait son cordon sanitaire régional.
Israël a renforcé sa présence dans les Balkans : Željka Cvijanović, membre serbe de la présidence tripartite de Bosnie-Herzégovine, s’est rendue en Israël et a rencontré Netanyahu et le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar, arborant uniquement le drapeau de la Republika Srpska qu’elle représente lors de ces rencontres. Rhétoriquement, elle ravive le séparatisme serbe de Bosnie, longtemps considéré comme un facteur d’instabilité potentielle dans une zone d’importance stratégique pour la Turquie, où Israël a déjà une alliance solide avec la Grèce, rivale d’Ankara, et courtise l’Albanie, un autre pays souvent proche d’Ankara sur le plan géopolitique.
Milorad Dodik, dirigeant historique des Serbes de Bosnie, a déclaré au Jerusalem Post que la Bosnie-Herzégovine est « l’Israël des Balkans ». Cette déclaration laisse présager un renforcement politique accru des relations bilatérales. La tentation d’Israël d’attiser les velléités séparatistes contre la Turquie n’est pas nouvelle : on l’a déjà constatée au Somaliland, pays qui a récemment ouvert son ambassade à Jérusalem, défiant ouvertement le gouvernement central somalien, soutenu par Ankara, dont l’influence s’étend à travers la mer Rouge et l’océan Indien via Mogadiscio. Tout porte à croire qu’Israël et la Turquie mettent en place un système de contre-pouvoirs capable de s’exercer une pression réciproque et de freiner leurs adversaires en cas de future dégradation du cadre multilatéral. Puissances aux ambitions hégémoniques, dirigées par des leaders sans scrupules et en quête d’alliés et de satellites, Ankara et Tel-Aviv savent qu’une confrontation, sous une forme ou une autre, pourrait survenir. Elles veulent donc tout mettre en œuvre pour construire les réseaux nécessaires à leur protection contre toute menace.

