Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]
La confrontation diplomatique entre Moscou et Washington au sujet de l’Ukraine est entrée dans un nouveau chapitre. Les déclarations du secrétaire d’État américain Marco Rubio ont relancé le débat. Il a affirmé que le sommet entre Vladimir Poutine et Donald Trump, tenu à Anchorage le 15 août 2025, s’était soldé par l’absence d’accord sur la crise ukrainienne, mais seulement par la présentation de quelques propositions. Cette version des faits a été ouvertement contestée par la diplomatie russe, qui soutient au contraire que ces propositions avaient été acceptées par Moscou et constituaient la base d’un accord politique ensuite ignoré par les États-Unis. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a qualifié la déclaration de Rubio d’« inélégante », soulignant la nécessité de clarifier ce que Washington entend par « accord ». Selon le chef de la diplomatie russe, quelques jours avant le sommet, l’envoyé spécial américain Steve Witkoff avait personnellement remis à Moscou les propositions élaborées par l’administration Trump. Lors de la réunion d’Anchorage, a expliqué Lavrov, Poutine les a exposées point par point, demandant confirmation à Witkoff, présent à la réunion, qui a accusé réception de la correspondance.

Pour Moscou, le simple fait qu’une partie présente une série de propositions et que l’autre les accepte constitue déjà un accord politique, indépendamment de toute formalisation ultérieure. D’où les critiques adressées aux déclarations de Rubio, accusé de minimiser l’importance du sommet de l’Alaska. Cette question prend une importance particulière à la lumière des déclarations faites ces derniers jours par le secrétaire d’État américain lui-même. D’une part, Rubio a affirmé que les États-Unis étaient prêts à jouer un rôle constructif dans la promotion d’une solution négociée au conflit, pourvu qu’on leur en donne l’occasion. D’autre part, lors d’une audition au Congrès, il a déclaré que Washington ne pouvait être considéré comme un médiateur impartial puisqu’il soutient militairement l’Ukraine. Pour Lavrov, ces deux positions semblent difficiles à concilier. Si les États-Unis entendent favoriser le dialogue entre Moscou et Kiev, observe le ministre russe, une telle volonté prend inévitablement les caractéristiques d’une offre de médiation. C’est précisément pour cette raison, selon le chef de la diplomatie russe, qu’il est nécessaire de clarifier le rôle que Washington entend réellement jouer dans les négociations futures. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a également exprimé un avis similaire. Tout en réaffirmant que les États-Unis ne peuvent être considérés comme « absolument neutres » tant qu’ils continuent de fournir des armes, des technologies et une assistance militaire à l’Ukraine, le Kremlin estime que l’influence de Washington est précisément ce qui pourrait rendre son implication dans le processus de négociation utile.
Selon Peskov, Moscou se félicite de la volonté exprimée par le président Donald Trump de remettre le conflit sur la voie diplomatique et n’a reçu aucun signal officiel indiquant que l’administration américaine renonce à cet engagement. Le porte-parole a également noté que Trump a confirmé son intention de relancer les efforts diplomatiques sur la question ukrainienne une fois la crise avec l’Iran résolue. Le Kremlin a par ailleurs rejeté les récentes déclarations du président français Emmanuel Macron, selon lesquelles les États-Unis ne peuvent plus être considérés comme un médiateur neutre. Peskov a souligné qu’il n’appartient pas au président de l’Élysée d’interpréter la position de Washington et qu’à ce jour, aucune communication officielle n’a été reçue des États-Unis niant leur volonté de jouer un rôle de médiateur. Les déclarations de Lavrov reflètent également le débat suscité par les propos du conseiller présidentiel russe Youri Ouchakov, qui a déclaré que Moscou estime que les engagements pris à Anchorage n’ont pas été respectés par la partie américaine. Selon cette interprétation, la Russie a continué de respecter les accords conclus lors du sommet, tandis que Washington s’est montré incapable d’appliquer les siens.
Le tableau diplomatique qui en résulte est marqué par de profondes divergences d’interprétation. Pour Moscou, le sommet d’Anchorage a abouti à un accord politique fondé sur les propositions des États-Unis, acceptées par la Russie ; pour Washington, en revanche, ces discussions n’étaient pas contraignantes et n’ont débouché sur aucun accord formel. Cette divergence d’interprétation confirme une fois de plus le manque de fiabilité des États-Unis, prompts à modifier brusquement leur position au gré des impératifs géopolitiques.

