Commission de l’ONU : « Les tirs délibérés d’Israël sur des enfants de Gaza constituent un génocide. »

Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]

La Commission d’enquête de l’ONU accuse Israël de cibler délibérément des enfants palestiniens à Gaza et en Cisjordanie : il s’agit d’un génocide.

Une commission d’enquête internationale du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a publié un rapport accablant, accusant ouvertement Israël de cibler délibérément des enfants palestiniens dans la bande de Gaza. Ce rapport dénonce une fois de plus le « génocide » en cours, mais met également en lumière des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis dans la bande de Gaza, ainsi que des crimes de guerre en Cisjordanie.

Intitulé « L’essence même de l’enfance anéantie : l’attaque délibérée d’Israël contre des enfants palestiniens dans le territoire palestinien occupé à partir du 7 octobre 2023 », ce rapport paraît quelques semaines seulement après un précédent document publié en septembre dernier. Dans ce document, la même commission avait déjà conclu que les autorités et les forces de sécurité israéliennes avaient commis « quatre des cinq actes de génocide » définis par la Convention de 1948, au grand dam de ceux qui persistent – malgré les preuves – à nier la tragique réalité des faits.

La Commission de l’ONU accable Israël

La Commission d’enquête internationale indépendante sur les territoires palestiniens occupés et Israël, créée en 2021 par le Conseil des droits de l’homme, va plus loin : selon les enquêteurs, le ciblage délibéré d’enfants est un élément clé qui prouve l’intention génocidaire des autorités et des forces de sécurité israéliennes de détruire, en tout ou en partie, la communauté palestinienne à Gaza.

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« Les preuves démontrent que des enfants palestiniens ont été délibérément pris pour cible et tués par les forces de sécurité israéliennes », a déclaré Srinivasan Muralidhar, président de la Commission, soulignant que même après le cessez-le-feu d’octobre 2025, des enfants continuent d’être tués et grièvement blessés, témoignant du mépris persistant d’Israël pour le cessez-le-feu et la protection des enfants garantie par le droit international.

Les chiffres du génocide

Les chiffres contenus dans le rapport sont choquants. Au cours des deux premières années de la guerre, au moins 20 179 enfants ont été tués et 44 143 blessés dans la bande de Gaza, soit environ 30 % de toutes les victimes. Parmi eux, au moins 5 031 avaient moins de cinq ans, dont environ 1 029 nourrissons de moins d’un an.

En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, 213 enfants palestiniens ont été tués durant la même période. L’UNICEF ajoute que depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, plus de 260 enfants ont été tués, soit un par jour. Le rapport documente comment les forces israéliennes ont attaqué des enfants avec des armes de précision – tirs de snipers, drones armés – et des armes à fort impact, ciblant des bâtiments résidentiels, des écoles et des camps de réfugiés surpeuplés.

Quelques exemples effroyables de massacres d’enfants

La commission a vérifié de manière indépendante une série de cas qui témoignent de l’horreur de la situation. On peut citer l’histoire d’Hind Rajab, une fillette de 5 ou 6 ans, et de sa famille – sept personnes – tuées à Gaza le 29 janvier 2024, ainsi que deux ambulanciers. Hind est restée en ligne avec les secours pendant des heures, piégée dans une voiture au milieu des corps de ses proches. On peut citer le cas d’un garçon de 15 ans qui, le 24 janvier 2024, lors d’une évacuation à Khan Younis, a reçu une balle dans le pied alors qu’il agitait un tissu blanc, puis deux autres balles dans le dos et la nuque alors qu’il tentait de se relever. De même, le 12 avril 2024, dans le camp de Nuseirat, un bébé de 10 jours a été touché à la tête par un tir de fusil monté sur un drone alors qu’il était allaité dans une tente ; il a survécu, mais souffre de lésions cérébrales et de crises d’épilepsie.

Le rapport cite également le cas de Jadallah « Jad » Jadallah, 14 ans, tué à bout portant à Tubas le 16 novembre 2025 et laissé pour mort pendant environ 45 minutes, tandis qu’une quinzaine de soldats l’entouraient. L’un d’eux lui prit son chapeau et un autre déposa une pierre près de son corps, feignant de s’excuser. Il mentionne aussi Layla al-Khatib, une fillette de 2 ans, tuée d’une balle dans la nuque pendant son dîner à son domicile en Cisjordanie le 25 janvier 2025. Quatre balles ont été tirées à travers la fenêtre du salon. Enfin, il évoque le cas de Walid Ahmad, 17 ans, décédé le 22 mars 2025 à la prison de Megiddo des suites de la famine, d’une fonte musculaire, d’une colite non traitée et de la gale – le premier enfant palestinien à mourir en détention israélienne depuis octobre 2023.

La commission a également examiné les cas de quatre nouveau-nés retrouvés en état de décomposition avancée et toujours reliés à des appareils de maintien en vie à l’hôpital pour enfants Al-Nasr en novembre 2023, après que le personnel ait été contraint de les évacuer sans pouvoir les déplacer, ainsi que celui d’au moins 15 nouveau-nés décédés d’hypothermie entre décembre 2024 et février 2025, dont une petite fille âgée d’un jour. Des cas de violences sexuelles en détention ont également été signalés : des garçons palestiniens auraient été déshabillés et filmés publiquement lors d’arrestations massives, et deux cousins, âgés de 7 et 13 ans, auraient été déshabillés sous la menace d’une arme à feu à Jénine.

Tel Aviv rejette ces accusations, mais la commission demande que les auteurs de ces actes soient poursuivis.

Le rapport souligne que les conséquences vont bien au-delà des victimes directes. Les enfants survivants souffrent de « graves blessures physiques et psychologiques, de traumatismes collectifs, de séparation, de handicaps, de déplacements répétés, de la faim et de l’effondrement des systèmes d’éducation et de santé », ce qui, écrit la Commission, « a détruit leur enfance et continuera de les marquer à vie à Gaza ». Les enquêteurs dénoncent également les attaques de Tel-Aviv contre les services de maternité et de néonatalogie, qui ont entraîné une augmentation des fausses couches et des complications à la naissance, et imputent au blocus imposé à Gaza la famine qui a contribué à la mort d’enfants et à la détérioration de leur santé.

« En ciblant les enfants, Israël sape les fondements de la société palestinienne, affaiblit la vitalité démographique et compromet la capacité du peuple palestinien à préserver et exercer son droit à déterminer son propre avenir », indique le rapport. Ou, comme l’a résumé le président Muralidhar : « En s’attaquant aux enfants, Israël s’attaque à la capacité même du peuple palestinien d’exister et de décider de son propre avenir. »

Israël a fermement rejeté ces conclusions, qualifiant le rapport de « farce diffamatoire » et de « propagande aussi scandaleuse que les précédentes », et accusant la commission d’ignorer les tactiques brutales du Hamas, qui s’en prend sans pitié aux enfants israéliens et utilise les enfants palestiniens comme boucliers humains. La mission israélienne à Genève a également déclaré que la commission ne disposait d’aucun mécanisme de vérification crédible pour étayer ses affirmations.

La commission d’enquête appelle néanmoins Tel-Aviv à mettre fin aux violations et aux crimes. Il a identifié les unités militaires impliquées – notamment la brigade Kfir, la 401e brigade blindée, Shayetet 13, l’unité Duvdevan et l’unité multidimensionnelle – et a formulé des recommandations à Israël et à tous les États membres afin que les auteurs de ces crimes soient traduits en justice. « Même si les bombes et les armes cessent de frapper Gaza et la Cisjordanie, les enfants palestiniens ne se remettront pas du jour au lendemain », a averti Muralidhar. « La destruction de leur santé, de leur éducation et de leur développement est irréversible. »

Jérusalem : Un plan secret pour Al-Aqsa qui pourrait embraser le Moyen-Orient !

Une proposition émanant des milieux américains et israéliens gagne du terrain pour reprendre à la Jordanie la gestion historique de l’esplanade.

Ces derniers mois, alors que l’attention médiatique portée à Gaza s’est estompée, Jérusalem est en proie aux flammes, et plus précisément le site le plus sensible politiquement du Moyen-Orient : le Mont du Temple, que les musulmans appellent Al-Haram al-Sharif et les juifs le Mont du Temple. Cette situation survient alors qu’une proposition, soutenue par des cercles américains et israéliens, gagne du terrain visant à déposséder la Jordanie de sa tutelle historique du Mont du Temple et à le transformer en un complexe multireligieux répondant exclusivement aux besoins d’Israël. Cette information, qui a débuté comme une rumeur relayée par le site web pro-palestinien Middle East Eye (dont la fiabilité est discutable, il faut le préciser) et confirmée par la suite par des analystes après le conflit, constitue une bombe à retardement pour la diplomatie internationale et pourrait déclencher une nouvelle vague de violence très grave dans toute la région.

Mais il nous faut d’abord remonter à 1924, bien avant la fondation de l’État d’Israël. La dynastie hachémite, la famille royale qui règne sur la Jordanie, exerce officiellement la tutelle des lieux saints islamiques et chrétiens de Jérusalem. Ce rôle leur fut confié lorsque la Palestine était sous mandat britannique, après que les Hachémites eurent perdu le contrôle des villes saintes de La Mecque et de Médine au profit de la famille Al Saoud, les actuels dirigeants de l’Arabie saoudite.

La situation a quelque peu évolué après la guerre des Six Jours de 1967, lorsque Israël a occupé Jérusalem-Est, où se situe l’Esplanade. Depuis lors, les autorités israéliennes assurent la sécurité extérieure du site, mais la gestion quotidienne et religieuse de la zone reste officiellement du ressort du Waqf, un organisme religieux financé et contrôlé par le gouvernement jordanien. Cet arrangement fait partie du statu quo de Jérusalem, un équilibre diplomatique délicat également reconnu par le traité de paix de 1994 entre Israël et la Jordanie. Pour la monarchie d’Amman, cette tutelle n’est pas seulement une question de prestige et d’identité, mais aussi un pilier de sa légitimité politique.

Un centre multiconfessionnel pour la prière des groupes juifs

Que prévoit ce nouveau projet ? Selon Daniel Seidemann, avocat israélo-américain considéré comme l’un des plus grands spécialistes de l’histoire et des règles non écrites de Jérusalem, la proposition envisagerait la fin brutale de l’autorité du Waqf jordanien. À sa place, un nouvel organisme serait créé par le gouvernement israélien avec la participation limitée d’un consortium international et interreligieux, comprenant des représentants juifs et de divers pays arabes ou musulmans, avec une supervision éventuellement tournante.

L’objectif officiel serait de faire de l’Esplanade un centre multiconfessionnel, garantissant un accès égal aux fidèles des différentes confessions et autorisant officiellement la prière juive en grand nombre à l’intérieur du périmètre, chose impensable selon la réglementation actuelle. Actuellement, les Juifs ne peuvent y accéder qu’en tant que visiteurs, sans pouvoir prier. C’est le rêve devenu réalité pour des ultranationalistes comme Ariel Sharon et même pour les ministres les plus « extrémistes » du gouvernement Netanyahu, tel le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, sans que l’affaire n’ait suscité suffisamment d’attention internationale. Pourtant, la suppression de la tutelle jordanienne serait perçue comme un affront inacceptable par une grande partie du monde arabe et musulman.

Le deus ex machina de l’opération serait Jared Kushner, gendre de Donald Trump et important homme d’affaires de Cisjordanie : l’administration américaine aurait déjà discuté de la question avec plusieurs pays du Golfe et d’Afrique du Nord, dont Bahreïn, l’Égypte, le Maroc et les Émirats arabes unis, actuellement aux prises avec l’humiliation subie par les États-Unis face à l’Iran. La Maison Blanche a qualifié le rapport de « totalement faux », et le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré n’en avoir jamais entendu parler. Cela suffira-t-il à apaiser les tensions ? Parallèlement, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a rejeté la demande du procureur général de limiter les pouvoirs de Ben-Gvir sur les affaires policières les plus sensibles, notamment celles concernant le Mont du Temple, que Ben-Gvir considère comme le plus beau cadeau qu’il puisse faire à ses partisans d’extrême droite. Sans surprise, ses visites sur le site, qui ont suscité de vives tensions, ont été perçues comme un hommage à cette partie de l’électorat.

Il ne s’agit pas de science-fiction, mais d’une politique qui se met déjà en place à Jérusalem-Est. Daniel Seidemann lui-même, d’ordinaire prudent dans ses propos, a récemment déclaré que la démolition progressive et l’expulsion des habitants palestiniens de certains quartiers historiques et des zones bédouines environnantes dépassent la simple définition d’occupation, s’apparentant désormais à une véritable manipulation démographique et à une expulsion forcée.

Pire encore, le débat européen sur les mesures à prendre face à l’expansionnisme israélien s’enlise. Après que l’Union européenne s’est enlisée dans l’application de sanctions contre Ben Gvir, renonçant à toute mesure corrective, Israël a déclaré la porte-parole diplomatique de l’UE, Kaja Kallas, persona non grata pour avoir affirmé, lors d’une réunion à huis clos, que ce qui se passait en Cisjordanie était de l’« apartheid ». En réponse, son collègue, le commissaire européen pour la Méditerranée, s’est rendu à Tel-Aviv pour échanger des sourires avec le ministre israélien des Affaires étrangères, sans la moindre réprimande. En Italie, Emanuele Fiano, membre du Parti démocrate, continue de s’emporter sur les plateaux de télévision. Son rôle est d’empêcher, de la part de l’opposition de gauche, toute réforme radicale de la diplomatie italienne envers Israël. Car, explique-t-il, si changement il doit y avoir, il viendra des Israéliens. Fort de ces arguments, il lance à l’historienne Paola Caridi : « Dites-moi si les sanctions contre l’Iran ont eu le moindre effet. Ou celles contre la Russie.» En bref, la situation est critique.

Après l’alyah, la yerida : pourquoi Israël risque-t-il une nouvelle diaspora aujourd’hui ?

Entre 2023 et 2025, le solde migratoire a été négatif, avec 144 000 personnes. Qu’est-ce qui les pousse à quitter Israël ?

Environ deux ans après la déclaration d’indépendance, l’État d’Israël a adopté la Loi du retour, reconnaissant à tout Juif du monde le droit d’immigrer en Israël (Aliyah) et d’acquérir automatiquement la citoyenneté, et offrant une série de protections et d’avantages pour favoriser l’intégration. Suite à cette mesure, amendée et complétée (et contestée) à plusieurs reprises, on estime qu’environ trois millions de personnes se sont installées en Israël depuis lors.

Le problème est que, surtout ces trois dernières années, depuis la réforme judiciaire très controversée et les événements du 7 octobre, une sorte de tendance inverse se dessine, avec un flux croissant de citoyens juifs, dont beaucoup possèdent d’autres nationalités, un facteur qui facilite les déplacements. Cette dynamique menace de transformer Israël, d’un refuge pour les Juifs du monde entier, en un pays perçu comme de plus en plus dangereux et antidémocratique pour ses habitants. À tel point que l’on parle de plus en plus de « yerida », un terme signifiant « descente », par opposition à « aliya », « ascension », qui désigne l’immigration juive en Israël. En effet, le néologisme « relocalisation » semble également gagner du terrain, pour souligner un transfert davantage motivé par les circonstances que par la volonté.

Les analyses faisant autorité expliquant les raisons de cette diaspora moderne ne manquent pas. Parmi elles, l’écrivain Riki Cohen évoque la catastrophe, la dérive autoritaire et le dilemme de rester et de lutter, ou de fuir, même à contrecœur, car cela signifie abandonner ses racines et ses projets de vie. Dans son ouvrage « Nous qui sommes restés : un manifeste de deuil », l’auteur Idan Tzivoni décrit une nation en proie aux conflits et aux contradictions, contrainte de vivre dans un « théâtre de mort », et un fort désir de fuir avant qu’il ne soit trop tard, un sentiment qui rappelle fortement les années 1930.

Les chiffres confirment cette tendance. Sur la seule période de deux ans entre 2023 et 2025, le solde migratoire négatif a atteint 144 000 personnes, touchant notamment de nombreux professionnels qualifiés (médecins, ingénieurs et experts en nouvelles technologies, moteur de l’économie israélienne), une tendance qui semble vouée à s’accentuer.

Où se dirigent les migrants ? Principalement vers les États-Unis, mais aussi vers l’Europe (Allemagne, Grèce, Chypre) ou l’Asie (Thaïlande). Certains choisissent également l’Italie, comme en témoigne le cas emblématique de Valsesia, qui contribue à revitaliser des communautés du vieux continent qui semblaient vouées à disparaître.

Les raisons qui poussent à quitter Israël ne sont pas uniquement politiques. Elles incluent la hausse du coût de la vie, mais surtout le stress et la tension d’une existence constamment exposée aux dangers et aux incertitudes de toutes sortes, en raison du climat de haine et des tensions avec les Arabes, sans parler de la crainte de la conscription, notamment pour les plus jeunes. Ce problème s’inscrit dans une dynamique démographique plus large (et critique), analysée par Giacomo Gabellini dans son essai « Scricchiolio : Les fondements fragiles d’Israël », qui risque de compromettre non seulement le projet politique et social de l’État juif, mais aussi, à terme, sa survie même, du moins sous sa forme actuelle.

par Paolo Hamidouche

Rédacteur en chef sur Divergence Politique et auteur de Tribunes régulièrement avec des articles et sujets divers touchant à la Géopolitique internationale sur Stratpol. Vous pouvez me suivre sur X [@Paolino_84] et VK [https://vk.com/club234015974]

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