Spécial Midterms 2026 : Les démocrates prennent le Congrès, un revers et une punition pour Trump !

Paolo Hamidouche

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Le parti démocrate inflige un revers cinglant au parti républicain et les électeurs américains ont clairement sanctionné les choix du président Donald Trump.

Victoire de Cooper, les démocrates ravissent la Caroline du Nord au Sénat, Ossoff réélu !

La soirée électorale américaine a débuté sous de bons auspices pour le Parti démocrate qui, lors des élections de mi-mandat, a ravi au Parti républicain un premier siège au Sénat en Caroline du Nord, grâce à la victoire de Roy Cooper, juste en dessous du…

La soirée électorale américaine a débuté sous des auspices favorables pour le Parti démocrate qui, lors des élections de mi-mandat, a ravi au Parti républicain un premier siège au Sénat en Caroline du Nord, grâce à la victoire de Roy Cooper. Ce dernier a recueilli un peu moins de 59 % des suffrages face au candidat du « Grand Old Party », Michael Whatley, ancien président du Comité national de la formation politique de Donald Trump.

Il s’agit d’un résultat significatif, car il marque le premier gain explicite de sièges au Congrès lors d’élections de mi-mandat où le Parti démocrate cherche à reconquérir les deux chambres — actuellement détenues par la majorité présidentielle — et à reconstruire une coalition politico-stratégique en vue de l’élection présidentielle de 2028. Les démocrates retrouvent une représentation au Sénat pour la Caroline du Nord après plus d’une décennie ; en effet, en 2014, Thom Tillis, membre du Parti républicain (GOP), avait battu de justesse la sénatrice démocrate sortante, Kay Hagan. Tillis, qui s’est souvent distingué par ses critiques internes à l’égard du président Trump sur divers fronts, ne s’est pas représenté, ouvrant ainsi la voie à une bataille pour sa succession, largement remportée par Cooper.

Âgé de 69 ans, Cooper possède une longue expérience de la politique en Caroline du Nord : élu en 1986 à la Chambre des représentants de l’État, il a quitté cette assemblée pour devenir procureur général de l’État en 2001. Seize ans plus tard, en 2017, il a accédé au poste de gouverneur de cet État, qu’il représentera désormais au Capitole. Au Sénat, Jon Ossoff, sénateur de Géorgie, a conservé son siège en battant le républicain Mike Collins. Avec une avance de 59 % contre 41 %, cet élu démocrate en pleine ascension confirme son mandat pour la Géorgie ; il avait remporté ce siège de justesse lors d’un second tour en 2020, ravissant alors un poste jusque-là détenu par le Parti républicain. Autant de signes témoignant de la solide dynamique des démocrates lors de ces élections de mi-mandat, qui les place en bonne position pour conquérir la majorité dans les deux chambres.

Caroline du Sud : Darline Graham battue au Sénat. Les démocrates remportent le siège grâce à Annie Andrews !

De la Caroline du Nord à la Caroline du Sud : Annie Andrews consolide les gains du Parti démocrate au Sénat en remportant un siège dans un État qui, par le passé, était souvent solidement républicain, et où Donald Trump avait pourtant obtenu 58,2 % des voix en 2024…

De la Caroline du Nord à la Caroline du Sud : Annie Andrews consolide les gains du Parti démocrate au Sénat en remportant un siège dans un État qui, par le passé, était souvent solidement républicain — un État où, en 2024, Donald Trump l’avait emporté avec 58,2 % des voix, contre 40 % pour sa rivale Kamala Harris.

Première démocrate à remporter une élection sénatoriale en Caroline du Sud depuis 1998, Annie Andrews est une pédiatre de 46 ans. Formée à Cincinnati (Ohio), elle a rejoint le *Medical University of South Carolina Children’s Hospital* peu avant ses trente ans. Résidente de l’État depuis lors, elle s’est progressivement rapprochée du Parti démocrate ; elle avait notamment échoué à se faire élire à la Chambre des représentants, dans le 1er district de Caroline du Sud, lors des élections de mi-mandat de 2022. En 2026, elle s’est lancée dans la course au Congrès en plaçant la question de la santé au cœur de sa campagne, défiant ainsi le sénateur sortant, Lindsey Graham. Figure vétérane de la politique américaine, ce dernier est surtout connu pour avoir développé une véritable stratégie personnelle en matière de politique étrangère, marquée par l’interventionnisme et le soutien à une posture de puissance américaine sur les principaux théâtres d’opérations mondiaux.

Le décès de Lindsey Graham en juillet a conduit le gouverneur de Caroline du Sud à nommer Darline Graham (voir photo), sœur du défunt sénateur, pour occuper le siège jusqu’à la fin du mandat. Cette fonctionnaire de 62 ans a représenté l’État durant ces quatre mois, avant de se présenter en tant que titulaire par intérim face à Annie Andrews. Le scrutin a toutefois donné la victoire à la candidate démocrate : 50,8 % des voix pour Andrews, contre 41 % pour Graham. Il s’agit d’un nouveau basculement (*flip*) au Sénat en faveur des démocrates, qui ouvrent ainsi la voie à une possible reconquête du Congrès. De son côté, Darline Graham n’est pas parvenue à remporter cette élection décisive qui lui aurait permis de conserver le siège autrefois occupé par son frère. Et pour le Grand Old Party, la dure nuit électorale se poursuit.

Élections de mi-mandat, Sénat : Talarico l’emporte au Texas, les démocrates gagnent au Kansas après près d’un siècle.

Une nuit très sombre pour le Parti républicain


La nuit des élections de mi-mandat s’avère de plus en plus difficile pour le Parti républicain américain et pour le président Donald Trump : l’ampleur de la défaite devient de plus en plus complexe à gérer, alors que de nouvelles données sont tombées…

La soirée des élections de mi-mandat s’avère de plus en plus difficile pour le Parti républicain américain et pour le président Donald Trump. L’ampleur de la défaite devient de plus en plus complexe à gérer, à mesure que tombent des résultats significatifs : dans la course au poste de sénateur de l’État du Texas, James Talarico devance, à 5 heures du matin (heure se Paris), le républicain Ken Paxton d’environ 18 points — une issue déjà considérée comme acquise par certains observateurs. Une dynamique similaire se dessine également au Kansas, où Adam Hamilton mène avec 53 % des voix, contre 44 % pour le républicain Roger Marshall. Ce dernier est un sénateur sortant, en poste depuis 2020, date à laquelle il a succédé au vétéran Pat Roberts pour représenter cet État — dont la capitale est Topeka — où les démocrates n’ont pas remporté de siège au Congrès depuis près d’un siècle.

C’était en 1932 : George McGill battait Benjamin S. Paulen, assurant ainsi aux démocrates le contrôle du siège, lors de cette historique journée du 8 novembre qui, à l’échelle nationale, consacra l’élection de Franklin Delano Roosevelt à la Maison-Blanche. McGill perdit son siège six ans plus tard ; depuis, et pendant plus de trente élections consécutives, les deux sièges du « grenier de l’Amérique » sont restés solidement aux mains des républicains. Cette série pourrait bien avoir pris fin aujourd’hui avec l’élection — désormais confirmée — de Hamilton, un pasteur méthodiste dépourvu de toute expérience politique préalable. Il s’agit d’une rupture marquante dans le camp républicain, qui fait écho à ce qui s’est produit au Texas, où James Talarico est devenu le premier démocrate à remporter un siège de sénateur depuis 1988.

« Turning Texas Blue ! » : ce slogan résonnait depuis longtemps dans les rangs démocrates. Il a été concrétisé par un homme politique, âgé de moins de 40 ans, qui a misé sur une rupture nette avec le conservatisme pur et dur de Paxton, cherchant à mobiliser un électorat qui se sentait marginalisé, au moyen d’un message progressiste d’inspiration chrétienne. Vivement pris à partie par Elon Musk, Talarico s’est retrouvé, ces dernières semaines, engagé dans un bras de fer avec l’homme le plus riche du monde ; après avoir rallié le soutien de nombreuses figures influentes du Parti démocrate, il a finalement été élu au Sénat. Ce changement de dynamique en faveur du parti à l’emblème de l’âne s’est également confirmé lors de l’élection au poste de gouverneur, où Gina Hinojosa a battu le candidat du GOP et gouverneur sortant, Greg Abbott, avec plus de 15 points d’avance.

Make America Dem again. Élections de mi-mandat, coup dur : la vague démocrate submerge le pays !

Le soleil va bientôt se lever sur la France, tandis qu’aux États-Unis, en pleine nuit américaine, le pays bascule dans un cauchemar bleu. Pour Donald Trump, évidemment. Il ne s’agit pas là d’une simple dynamique habituelle des élections de mi-mandat. Le scrutin américain de cette nuit prend les contours d’un…

Le soleil va bientôt se lever sur la France, tandis que les États-Unis, plongés dans la nuit américaine, s’enfoncent dans un cauchemar bleu. Un cauchemar pour Donald Trump, évidemment. Il ne s’agit pas là d’une simple dynamique inhérente aux élections de mi-mandat. Le scrutin américain de cette nuit prend les allures d’un jugement politique bien plus profond sur le second mandat de « The Donald ». La révolte est générale : jeunes, travailleurs, familles, étudiants, minorités — tous se soulèvent.

Faute d’une analyse approfondie des données, il est encore difficile de déterminer à qui l’on doit ce tsunami, mais une chose est sûre : les deux prochaines années s’annoncent très ardues à Washington. La vague démocrate, qui déferle sur les élections législatives comme sur les scrutins pour les postes de gouverneur, ne se limite pas aux bastions traditionnels du parti à l’âne ; elle atteint également certains fiefs républicains, ébranlant ainsi la géographie électorale sur laquelle le magnat avait bâti son retour à la Maison-Blanche.

Cette nuit d’élections de mi-mandat révèle une Amérique bien différente de celle qui, il y a tout juste deux ans, avait offert à Trump un nouveau mandat. Le mécontentement économique, l’inquiétude face au coût de la vie, les tensions liées à la politique étrangère et le jugement porté sur l’action de l’administration semblent avoir suscité une mobilisation capable de ramener les démocrates au cœur du jeu politique national. Et, comme le disait cette chanson, l’histoire nous a enseigné qu’un peuple affamé fait la révolution.

L’ampleur du résultat ressort surtout de la répartition géographique des victoires. Il ne s’agit pas seulement de la reconquête de circonscriptions disputées à la Chambre des représentants, mais aussi de succès inattendus au Sénat : c’est le signe d’une dynamique électorale qui dépasse les clivages traditionnels entre États « bleus » et États « rouges ». La Chambre des représentants constitue désormais le terrain où le vote risque d’avoir les conséquences les plus immédiates pour la Maison-Blanche. Les républicains s’étaient présentés au scrutin avec une majorité extrêmement étroite, vulnérable à la perte, même limitée, de quelques sièges. Les premiers résultats ont confirmé la capacité des démocrates à remporter des sièges auparavant contrôlés par le GOP. Ces succès revêtent une portée politique qui dépasse leur simple poids numérique, car ils témoignent de la difficulté des républicains à défendre des territoires disputés, dans un scrutin dominé par le jugement porté sur l’administration présidentielle.

Le basculement de la Chambre dans le camp de l’opposition ouvrirait une phase radicalement différente de la présidence Trump. Les commissions parlementaires pourraient intensifier leur contrôle sur l’administration, organiser des auditions, exiger la communication de documents et lancer des enquêtes. La Maison-Blanche perdrait, par ailleurs, la possibilité de s’appuyer sur une majorité politiquement alignée pour faire adopter ses initiatives législatives. Mais, surtout, elle perdrait la maîtrise du budget, qui deviendrait une arme entre les mains du Congrès si Trump venait à abuser de son droit de veto et des décrets présidentiels — ce qu’il a d’ailleurs promis de faire.

Si la Chambre des représentants constitue le terrain le plus favorable aux démocrates — celui où une victoire semblait tout à fait envisageable —, c’est au Sénat que l’on observe certains des signaux les plus surprenants sur le plan politique. Il suffit de songer à la victoire de Roy Cooper en Caroline du Nord. L’ancien gouverneur démocrate a battu Michael Whatley, une figure étroitement liée à Trump et ancien président du Comité national républicain. Ce succès est particulièrement significatif, car il survient dans un État qui avait soutenu le président lors des trois dernières élections présidentielles. Plus surprenant encore est le résultat en Caroline du Sud, où Annie Andrews a remporté un siège sénatorial que les démocrates n’avaient pas réussi à conquérir depuis plus de vingt ans. C’est l’un des développements les plus marquants de toute la soirée électorale : un État profondément conservateur, traditionnellement perçu comme un bastion politique républicain, a choisi une candidate démocrate pour le représenter à Washington. Sans oublier le cas de James Talarico au Texas.

Les élections des gouverneurs apportent un éclairage supplémentaire sur ce scrutin, révélant à quel point la confrontation politique américaine repose aussi sur la capacité à faire émerger des leaders locaux. Les deux résultats les plus notables proviennent de Géorgie et du Texas. Dans le premier État, Keisha Lance Bottoms a vaincu le républicain Rick Jackson, permettant aux démocrates de reprendre les rênes de l’État pour la première fois depuis 1998. Sa victoire revêt une portée historique inédite : ancienne maire d’Atlanta et ex-conseillère du président Joe Biden, Bottoms devient la première femme afro-américaine élue gouverneure d’un État américain. Au Texas, le GOP (Parti républicain) a essuyé l’une de ses défaites les plus cuisantes : la démocrate Gina Hinojosa a battu le gouverneur sortant, Greg Abbott. Hinojosa, députée de l’État et ancienne présidente du conseil scolaire d’Austin, deviendra par ailleurs la première femme d’origine latino à diriger cet État.

Restez à l’écoute…

El-Sayed bat l’Aipac et l’emporte dans le Michigan : premier musulman au Sénat américain !

Ce médecin, ancien responsable de la santé publique du comté de Wayne, a battu le républicain Mike Rogers au terme de l’une des batailles les plus coûteuses et les plus disputées des élections de mi-mandat. Le siège demeure aux mains des démocrates, et ce scrutin envoie également un signal quant au poids de l’Aipac.

Parmi les enjeux les plus marquants de la soirée électorale des « midterms », figure celui du Michigan. Abdul El-Sayed, épidémiologiste et ancien responsable de la santé publique du comté de Wayne — proche de l’aile gauche du Parti démocrate, celle de Bernie Sanders et d’Alexandria Ocasio-Cortez, pour bien se comprendre — a battu le républicain Mike Rogers, devenant ainsi le premier sénateur musulman de l’histoire des États-Unis. Il permet par ailleurs aux démocrates de conserver ce siège, en succédant au sénateur sortant Gary Peters, qui ne briguait pas un nouveau mandat. Une victoire doublement importante qui envoie également un signal fort aux démocrates centristes : en effet, Haley Stevens — battue par Abdul El-Sayed lors des primaires démocrates d’août — avait annoncé dimanche son soutien à Rogers, rompant ainsi publiquement avec le candidat de son propre parti.

Abdul El-Sayed CHAMBRANT Trump et JD Vance après avoir remporté la course au Sénat du Michigan

À JD Vance : « Habibi, il y a une délicieuse ironie dans le fait que vous êtes constitutionnellement obligé de me prêter serment, en janvier. »

À Trump : « Je sais que vous avez du mal avec mon nom, alors après que JD m’a prêté serment, vous pouvez simplement m’appeler Sénateur. »

Après sa victoire, El-Sayed n’a pas manqué de lancer une pique à deux figures de l’administration républicaine. Au vice-président JD Vance, qui, en sa qualité de président du Sénat, devra faire prêter serment aux nouveaux élus, il a écrit : « Habibi, il y a une ironie délicieuse dans le fait que tu sois constitutionnellement tenu de m’investir en janvier. » Quant à Donald Trump, qui l’avait attaqué à plusieurs reprises durant la campagne et qui semble avoir du mal avec son nom, il lui a adressé une remarque plus moqueuse : « Je sais que tu as du mal avec mon nom ; alors, une fois que JD m’aura investi, tu pourras tout simplement m’appeler « Sénateur ». »

Des primaires au Sénat

Âgé de quarante-deux ans, médecin et ancien directeur de la santé publique du comté de Wayne, El-Sayed avait battu, en août dernier lors des primaires du parti, la députée modérée Haley Stevens avec une avance d’environ 15 000 voix, au terme d’une très longue nuit de dépouillement. Son programme ? Résolument « socialiste » (à l’américaine, bien entendu) : lutte contre les lobbies et les guerres, et instauration d’un système de santé publique universel, le « Medicare for All ».

Dans sa course vers le Sénat, l’épidémiologiste a dû faire face à une campagne marquée par des attaques islamophobes. Après les primaires, Trump l’a qualifié de « communiste perdant » qui « déteste les Juifs et Israël » — et, selon *The Hill*, même de « terroriste violent ». Des propos que Rogers a évité de reprendre à son compte, tout en dépeignant néanmoins son adversaire comme un extrémiste antisémite.

Un revers pour l’AIPAC

Mais l’enjeu dans le Michigan était également important au regard des relations entre Washington et Tel-Aviv. L’United Democracy Project, un « super PAC » lié à l’AIPAC, a dépensé des dizaines de millions de dollars pour tenter de faire barrage à la candidature d’Abdul El-Sayed au Sénat ; il a d’abord financé des spots publicitaires dirigés contre lui — et en faveur de sa rivale lors des primaires démocrates, Haley Stevens — avant de soutenir le républicain Mike Rogers. Ce dernier, par ailleurs — comme je l’ai déjà souligné sur mon canal VK— comptait parmi les membres de son équipe de campagne Abby Ronson et Jesse Stokes, tous deux enregistrés en tant qu’agents étrangers pour le compte du gouvernement israélien.

El-Sayed, pour sa part, s’est distingué durant la campagne électorale par ses critiques ouvertes à l’égard de l’alliance entre les États-Unis et Israël, ainsi que par son exigence de mettre fin aux ventes d’armes à l’État hébreu. Il ne s’est pas contenté de critiquer Netanyahou : il a accusé le gouvernement israélien de génocide à Gaza et d’apartheid envers les Palestiniens, réclamant l’arrêt de l’aide militaire américaine, qu’elle soit offensive ou défensive.

Les électeurs juifs – qui représentent environ 1,4 % de l’électorat du Michigan – ont, dans une large mesure, soutenu ses positions à contre-courant. Selon un sondage réalisé auprès des électeurs juifs ayant déjà voté par anticipation, publié par le *Forward*, El-Sayed aurait recueilli 60 % des suffrages au sein de ce segment, contre 36 % pour Rogers, tandis que 5 % n’auraient exprimé aucune préférence concernant la course au Sénat.

Élections de mi-mandat aux États-Unis : l’Amérique dit non à la guerre contre l’Iran !

Les citoyens américains se sont rendus aux urnes conscients que la hausse du prix du carburant, des factures et des denrées alimentaires découle de la guerre. Et le message est passé haut et fort. Reste à voir si Trump parviendra à tirer parti de cette opportunité.

Comme prévu, le tsunami des élections de mi-mandat a déferlé, submergeant les républicains. Deux éléments symbolisent cette victoire. Tout d’abord, le succès d’Abdul El-Sayed, premier sénateur musulman des États-Unis, qui l’a emporté bien que le gouvernement israélien et l’AIPAC — le lobby juif américain pro-Israël — aient remué ciel et terre pour le faire battre.

Si le soutien financier de l’AIPAC à son adversaire républicain, Mike Rogers, était manifeste, celui de Tel-Aviv l’était moins, sans pour autant être moins puissant. Il suffit de noter que sa porte-parole, Abigail Ronson, ainsi que Jesse Stokes — auteur des communiqués de presse de Rogers, y compris celui annonçant sa candidature — tous deux figures clés de son équipe, se sont enregistrés en vertu du FARA (*Foreign Agents Registration Act*) en tant qu’agents étrangers (tous deux en 2025 : la première en mai, le second en octobre).

Cet enregistrement est obligatoire pour toute personne travaillant aux États-Unis pour le compte d’entités étrangères (gouvernements, fondations ou particuliers). Les deux intéressés ont dû se conformer à cette obligation en déclarant agir en tant qu’agents étrangers pour le compte d’Israël, étant donné qu’ils travaillaient pour des structures étroitement liées à Tel-Aviv (Dropsite).

Le lobby pro-Israël espérait réitérer le succès obtenu il y a quelques mois, lorsqu’il était parvenu — lors de la campagne électorale la plus coûteuse jamais menée pour un siège à la Chambre (une élection partielle) — à faire tomber le républicain Thomas Massie, opposant irréductible aux guerres sans fin. Cela ne s’est pas passé comme prévu. Il est intéressant de noter que, malgré cette opposition manifeste, de nombreux juifs américains ont voté pour El-Sayed ; voilà qui montre bien combien il est erroné de généraliser.

Le fait que l’élection d’El-Sayed soit emblématique de ce scrutin ne relève pas d’une appréciation personnelle, mais d’autres facteurs. Il suffit de noter que sa victoire a fait la une du *New York Times* et de la quasi-totalité des médias israéliens…

Autre victoire symbolique : celle d’Annie Andrews en Caroline du Sud. Non pas tant en raison du succès d’une démocrate qui n’a pas ménagé ses critiques à l’égard d’Israël — bien que celles-ci soient restées modérées —, mais parce qu’elle a battu Darline Graham, sœur du défunt sénateur Lindsey. Ce dernier fut, durant des années, le porte-étendard des néoconservateurs au Congrès, exerçant une influence non négligeable sur Trump.

Certes, cette dame – choisie personnellement par Trump pour succéder à son frère, une manœuvre imposée – ne brille pas par son intelligence, qu’elle soit politique ou plus générale ; mais cela ne constitue en rien un obstacle à une carrière politique. Au contraire, dans certains cercles, de telles lacunes sont même considérées comme un atout (voir, à ce sujet, la rubrique « leadership européen »).

Ainsi, sa défaite ne s’explique pas tant par ses gaffes cocasses – qui ont pourtant joué un rôle – que par une perte d’influence des cercles qui souhaitaient la propulser au Sénat. Ils comptaient sur elle pour prêter sa voix funèbre, chargée des échos de son frère défunt, à leurs revendications sanguinaires. C’est raté pour eux.

Cela étant dit, malgré ces revers symboliques – auxquels s’ajoute la victoire d’un certain Talarico, lui aussi démocrate, au Texas (un fief républicain historique et un État clé pour l’élection présidentielle) –, il reste à voir si la vague démocrate maintiendra fermement le cap de l’opposition à une guerre contre l’Iran et au génocide des Palestiniens (même la sanguinaire Hillary Clinton a déclaré que les États-Unis devraient adopter une position plus ferme à l’égard d’Israël).

Quant à Trump… « Trump subit une défaite historique », titre le *Washington Post*. C’est vrai, mais cela n’a d’intérêt que dans la mesure où cela dessine ce qui attend le président, son propre parti étant prêt à lui livrer une guerre en coulisses.

En réalité, Trump semble avoir tout fait pour perdre, conscient que son parti ne lui appartenait plus et qu’il était désormais sous l’emprise des néoconservateurs – comme nous l’écrivions hier, en évoquant ce meeting final pour le moins singulier, durant lequel il s’est longuement attardé sur des questions de canalisations et d’algues.

On ne peut s’empêcher de sourire en repensant à toute l’encre qui a coulé pour nous alerter sur le risque qu’il ne conteste, en cas de défaite, les résultats du scrutin en dénonçant de supposées fraudes. Il a même été question d’un risque de coup d’État, avec l’ICE prête à prendre d’assaut les bastions démocrates…

Rien de tout cela, évidemment ; il a même déclaré qu’il était impatient de travailler avec les nouveaux élus. Mais c’est là une affaire d’avenir – qui pourrait d’ailleurs réserver des surprises, si tant est que les Démocrates maintiennent certaines de leurs positions ; pour l’heure, c’est le présent qui nous intéresse.

À l’heure actuelle, tout le Moyen-Orient retient son souffle, dans l’attente de ce que fera Trump après ces élections : attaquera-t-il l’Iran ou non ? (Une question qui devrait également préoccuper l’Europe, compte tenu des conséquences d’une telle décision ; mais, comme à l’accoutumée, ses dirigeants brillent par leur absence). Nul n’ignore que ces élections de mi-mandat, au-delà des considérations idéologiques, ont en réalité pris la forme d’un référendum sur une éventuelle guerre contre l’Iran.

Même les citoyens américains incapables de situer l’Iran sur une carte se sont rendus aux urnes conscients que la hausse du prix du carburant, des factures d’énergie et des produits alimentaires découle de cette guerre. Le message est passé, haut et fort. Reste à savoir si Trump saura tirer parti de ce soutien — qui ne reste pour l’heure qu’une indication, le nouveau Congrès ne prenant ses fonctions qu’en janvier — pour sortir de l’impasse dans laquelle il s’est lui-même enfermé.

De fait, il s’agissait aussi d’un référendum sur Netanyahou — le second, après celui qui a eu lieu en Israël —, lui qui a ardemment voulu cette guerre, véritable obsession de sa vie. Il ne se résigne pas, et ne se résignera pas, à un accord qui y mettrait un terme ; il maintient donc sa pression sur le locataire de la Maison-Blanche, fort de l’appui des néoconservateurs républicains et des interventionnistes libéraux du camp démocrate.

Dans cette optique, ils se joindront — comme le suggère déjà le titre du *Washington Post* mentionné plus haut — au chœur de ceux qui qualifient la défaite du magnat d’« historique » (un constat légitime pour les vainqueurs, et dicté par l’actualité). Cette manœuvre vise à l’affaiblir davantage, afin qu’il recherche le soutien de la « force » que ces acteurs peuvent lui garantir ; elle cherche aussi à flatter son ego, pour éviter qu’il ne paraisse encore plus perdant en concluant un accord avec l’Iran, et pour l’inciter, au contraire, à montrer ses muscles en lançant une attaque. Espérons qu’il résistera. Des jours agités se profilent à l’horizon.

Le bûcheron, le pédiatre, le premier gouverneur noir : l’autre Amérique qui a renversé les élections de mi-mandat !

Des travailleurs aux communautés indigènes, des femmes afro-américaines aux nouveaux protagonistes de la politique : les démocrates regagnent le Congrès.

Pas seulement une vague bleue. Pas seulement le vote de protestation contre Donald Trump, la guerre en Iran ou le coût de la vie. Derrière la reconquête démocratique de la Chambre et du Sénat lors des élections de mi-mandat, on peut entrevoir un phénomène politique et social plus profond : la tentative de réduire la distance entre représentants et représentés, redonnant un visage reconnaissable à une Amérique qui cultive depuis des années la méfiance à l’égard des élites de Washington.

Qui est l’Américain ?

Le pasteur du Kansas, le bûcheron du Maine, le pédiatre de Caroline du Sud, le gouverneur afro-américain de Géorgie et les représentants des nations indigènes racontent des histoires profondément différentes, mais ils convergent vers une question commune : qui a réellement le droit, et surtout la crédibilité, de parler au nom de l’Amérique ?

La victoire démocratique s’est également produite dans des territoires considérés jusqu’à il y a quelques mois comme difficiles à contester. Le Kansas, la Caroline du Sud, le Texas et l’Iowa ont contribué à remodeler la géographie politique américaine, tandis que le mécontentement face aux prix, aux tarifs douaniers et au conflit avec l’Iran a affaibli le Parti républicain. Mais le résultat ne peut pas s’expliquer uniquement par le mécontentement économique. Le choix des candidats et leur capacité à représenter différents mondes sociaux offrent une deuxième clé d’interprétation.

C’est ce que la science politique définit comme représentation miroir : le citoyen reconnaît chez son candidat des caractéristiques biographiques, professionnelles, culturelles ou identitaires qui lui appartiennent. Pas forcément un programme identique à vos attentes, mais une histoire familière. Le représentant n’est plus seulement quelqu’un qui parle au nom des électeurs, mais plutôt quelqu’un qui semble venir du même monde qu’eux.

Métiers « communs » et représentation miroir

Au Kansas, par exemple, les démocrates ont remporté un siège sénatorial pour la première fois depuis 1932 avec Adam Hamilton, un pasteur méthodiste de soixante-deux ans, à la tête de l’une des plus grandes congrégations méthodistes des États-Unis. Un profil éloigné de l’image d’un Parti démocrate exclusivement laïc et métropolitain. Hamilton a construit sa campagne autour de la foi, de la modération, du dialogue et des difficultés économiques des familles, parvenant à vaincre le sénateur républicain sortant Roger Marshall, obstétricien et figure désormais consolidée de l’establishment du Congrès. Dans un État profondément conservateur, où Trump avait prévalu de plus de seize points en 2024, le langage religieux est devenu un outil permettant de franchir les lignes de parti traditionnelles.

Dans le Maine, la victoire de Troy Jackson contre Susan Collins a au contraire redonné une place centrale au monde du travail manuel. Bûcheron de cinquième génération, organisateur syndical et ancien président du Sénat de l’État, il incarnait une forme particulière de populisme économique, enraciné dans les communautés forestières et les revendications salariales. Sa biographie a permis aux démocrates d’opposer la longue expérience institutionnelle de Collins à un personnage capable de rappeler directement les difficultés des familles ouvrières et des zones rurales.

En Caroline du Sud, la pédiatre Annie Andrews a battu Darline Graham, devenant ainsi la première femme élue au Sénat fédéral de l’État. Les soins de santé, la protection de l’enfance et l’accès aux soins étaient des éléments centraux de sa proposition politique. Andrews, qui n’avait jamais exercé de fonctions électives, se trouvait face à un adversaire issu directement de l’appareil institutionnel : Graham avait accédé au siège sénatorial après la mort de son frère Lindsey Graham.

Le contraste entre biographies sociales et carrières politiques traditionnelles apparaît également dans d’autres compétitions, même s’il ne peut se transformer en une division absolue. En Caroline du Nord, l’ancien gouverneur démocrate Roy Cooper, homme politique de longue date, a battu Michael Whatley, ancien président du Comité national républicain. Dans l’Iowa, cependant, le démocrate Josh Turek, champion paralympique et législateur de l’État, a pris le dessus sur la députée républicaine Ashley Hinson. Dans le Michigan, l’ancien chef de la santé publique Abdul El-Sayed a battu Mike Rogers, ancien membre du Congrès et issu du monde du renseignement.

L’heure des femmes, l’heure des minorités
Si l’origine professionnelle constitue une première clé de compréhension, le deuxième élément est représenté par l’extraordinaire succession de dossiers féminins, ethniques et religieux enregistrés le soir des élections. En Géorgie, Keisha Lance Bottoms, ancienne maire d’Atlanta, est devenue la première femme afro-américaine élue gouverneur des États-Unis, battant le milliardaire républicain Rick Jackson. Son succès prend une dimension qui transcende les frontières étatiques. L’élection de Bottoms démontre le poids gagné par les communautés afro-américaines dans les institutions, mais aussi leur capacité à construire des coalitions électorales plus larges.

Au Nouveau-Mexique, Deb Haaland, membre de la tribu Laguna Pueblo et ancienne secrétaire de l’Intérieur de l’administration Biden, est devenue la première femme amérindienne à gouverner un État. Une réalisation particulièrement significative pour les peuples autochtones, dont les relations avec le gouvernement fédéral sont marquées par des siècles de dépossession territoriale, de politiques d’assimilation et de revendications de souveraineté tribale.

Un tournant similaire s’est produit au Minnesota, où Peggy Flanagan, appartenant à la nation Ojibwe de White Earth, a battu la républicaine Michele Tafoya, devenant ainsi la première femme amérindienne élue au Sénat des États-Unis. Son affirmation a également mûri grâce au soutien des zones urbaines, notamment de Minneapolis, où vit une importante communauté indigène. C’est un détail important : l’Amérique amérindienne ne coïncide pas seulement avec des réserves et des territoires géographiquement isolés, mais inclut des populations urbaines qui réclament représentation, services et reconnaissance culturelle.

La représentation latino-américaine a elle aussi marqué un tournant. Au Texas, Gina Hinojosa a battu le gouverneur républicain Greg Abbott, devenant la première femme latino à diriger l’État et mettant fin à une longue période de gouvernance républicaine. En Californie, Xavier Becerra, fils d’immigrés mexicains, est devenu le premier Latino élu gouverneur.

Le nouveau Sénat marquera également une autre première : avec l’élection de Juliana Stratton, originaire de l’Illinois, trois femmes afro-américaines siégeront pour la première fois simultanément à la chambre haute, aux côtés de Lisa Blunt Rochester (Delaware) et d’Angela Alsobrooks (Maryland). Mme Stratton sera la sixième femme noire de l’histoire du Sénat fédéral, une institution créée en 1789. L’Illinois deviendra par ailleurs le premier État à être représenté simultanément par deux femmes de couleur : Juliana Stratton et Tammy Duckworth. L’écart entre l’ancienneté de cette institution et l’obtention récente de ces « premières » illustre la lenteur avec laquelle la représentation politique a suivi l’évolution démographique du pays.

Toutefois, ces avancées ne sont pas l’apanage des seuls démocrates. En Floride, le républicain Byron Donalds est devenu le premier gouverneur afro-américain de l’État, tandis qu’au Tennessee, la sénatrice conservatrice Marsha Blackburn a été élue première femme gouverneure.

par Paolo Hamidouche

Rédacteur en chef sur Divergence Politique et auteur de Tribunes régulièrement avec des articles et sujets divers touchant à la Géopolitique internationale sur Stratpol. Vous pouvez me suivre sur X [@Paolino_84] et VK [https://vk.com/club234015974]

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