Système Shadow : la guerre électronique à bas coût !

Paolo Hamidouche

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De petites plateformes aériennes capables de mener des missions de guerre électronique dans des environnements contestés : telle est l’idée à l’origine du développement de Shadow EW, la solution de BAE Systems pour combattre dans le spectre électromagnétique grâce à un système à faible coût.

De petites plateformes aériennes capables de mener des missions de guerre électronique dans des environnements contestés : telle est l’idée à l’origine de Shadow EW. Cette solution de BAE Systems permet de combattre dans le spectre électromagnétique grâce à un système économique et peu contraignant en termes de taille, de poids et de puissance, rompant ainsi avec les codes de la guerre électronique jusqu’ici associés aux grandes plateformes pilotées.

L’objectif de BAE Systems est relativement simple : déployer sur le terrain un grand nombre de systèmes de guerre électronique suffisamment abordables pour être installés sur des plateformes qui, il y a encore quelques années, auraient difficilement pu disposer de telles capacités. Shadow a donc été conçu en privilégiant la compacité, la légèreté, une faible consommation d’énergie et, surtout, la possibilité d’une production de masse sans atteindre les coûts généralement associés aux équipements de guerre électronique les plus sophistiqués. Cette philosophie se reflète également dans le choix des composants : plutôt que de s’appuyer exclusivement sur des équipements électroniques coûteux développés spécifiquement pour des applications militaires, Shadow EW intègre aussi des puces disponibles sur le marché commercial. Une solution qui, selon BAE Systems, permet d’obtenir des capacités de calcul élevées tout en simplifiant la chaîne d’approvisionnement et, surtout, en accélérant la production et les livraisons.

Le résultat est un système conçu dès l’origine pour être modulaire. En effet, le matériel configurable et le logiciel évolutif permettent d’adapter Shadow à diverses missions et, du moins selon les intentions du fabricant, de réagir rapidement à l’apparition de nouvelles menaces sans avoir nécessairement à modifier l’ensemble du dispositif. Son architecture ouverte permet également d’intégrer le système sur différentes plateformes, y compris celles déjà existantes. « Le scénario de combat moderne évolue à une vitesse sans précédent et toutes les plateformes, quelle que soit leur taille, ont besoin de capacités de guerre électronique adaptables pour garantir leur survie », a expliqué la directrice de la gamme de produits Shadow EW chez BAE Systems, soulignant que la combinaison de matériel configurable et de mises à jour logicielles continues a été choisie précisément pour permettre au système de faire face à des menaces appelées à évoluer rapidement.

Les missions envisagées ne se limitent pas à la protection de la plateforme transportant Shadow. Cette famille de systèmes peut être utilisée pour améliorer la connaissance de la situation environnante, contribuer à l’acquisition de cibles, mener des opérations de leurrage électronique et accroître la survivabilité des aéronefs, mais aussi participer de manière collaborative à la génération d’effets dans le spectre électromagnétique. C’est précisément cet aspect qui rend particulièrement intéressant le concept à la base de la famille Shadow. Un petit drone équipé de Shadow pourrait ne pas être simplement une plateforme à protéger, mais devenir à son tour un nœud au sein d’un réseau plus vaste. En effet, plusieurs capteurs répartis dans l’espace peuvent observer l’environnement électromagnétique depuis des positions différentes et partager les informations recueillies avec d’autres plateformes pilotées : les véritables « quarterbacks » des nouvelles tactiques axées sur la collaboration entre avions de chasse de pointe et drones compagnons.

La synergie avec le Tempest

Le responsable des solutions de combat électronique (Electronic Combat Solutions) chez BAE Systems a expliqué que ces dispositifs pourraient fonctionner de manière autonome ou bien épauler et renforcer les systèmes de guerre électronique déjà présents sur d’autres aéronefs. Cela signifie, par exemple, pouvoir déployer de petits systèmes sans pilote au plus près des zones les plus menacées, afin de recueillir des informations et de contribuer à dresser un tableau plus complet de l’environnement opérationnel, sans pour autant exposer aux mêmes risques des plateformes pilotées bien plus coûteuses. En somme, c’est le fondement du concept des « Collaborative Combat Aircraft » (avions de combat collaboratifs), tels que les F-47 et F/A-XX développés par les États-Unis, ainsi que des appareils comme le Tempest européen issu du programme GCAP (Global Combat Air Programme).

BAE Systems n’a pas indiqué publiquement quels seraient les premiers appareils destinés à recevoir le système Shadow EW, ni fourni de détails sur les plateformes spécifiques avec lesquelles il a déjà été intégré ; toutefois, on peut imaginer une synergie avec le chasseur de sixième génération Tempest — développé par l’Italie, le Royaume-Uni et le Japon — projet dans lequel BAE Systems joue un rôle prépondérant.

Cette famille de systèmes se décline en plusieurs configurations, le fabricant mettant l’accent sur la possibilité de choisir et d’adapter les capacités en fonction de la mission et de l’architecture de la plateforme hôte. C’est donc le concept même de « Shadow » — bien plus qu’un équipement isolé — qui constitue l’élément central : il s’agit de faire passer la guerre électronique d’une capacité principalement concentrée sur quelques vecteurs spécialisés à une capacité répartie sur un nombre bien plus important de plateformes.

Cette caractéristique répond également à l’importance croissante du spectre électromagnétique dans les conflits contemporains. Détecter une émission, brouiller un capteur ou une communication, leurrer un système adverse et partager rapidement les informations recueillies peuvent s’avérer tout aussi déterminants que l’emploi d’une arme conventionnelle. De plus, le recours à de nombreuses plateformes relativement économiques complique la tâche de l’adversaire, désormais confronté non plus seulement à quelques aéronefs spécialisés précieux, mais à un réseau de systèmes distribués.

Le système « Shadow » de BAE Systems, dédié à la guerre électronique distribuée, s’inscrit dans une tendance désormais manifeste du développement des systèmes militaires : le transfert de capacités autrefois réservées à des plateformes spécialisées — telles que les avions de chasse Growler ou les Gulfstream — vers des systèmes plus petits, plus nombreux et potentiellement sacrifiables, capables d’embarquer des capteurs et des dispositifs de brouillage.

L’introduction de ces nouveaux systèmes ne saurait remplacer les grands aéronefs spécialisés en guerre électronique, dont la puissance, la capacité de traitement et la capacité d’emport en personnel spécialisé sont difficilement reproductibles sur des plateformes de dimensions réduites. Ils pourront toutefois les compléter grâce à une nouvelle catégorie d’outils, capables d’opérer au plus près de la menace et d’être déployés en grand nombre, tout en acceptant le risque de pertes éventuelles. Car, même dans le domaine de la guerre électronique, l’avantage pourrait ne plus dépendre uniquement du degré de sophistication d’un système donné, mais du nombre de systèmes pouvant être déployés simultanément — en en répartissant les capacités — ainsi que de leur rapidité d’adaptation à des menaces en constante évolution.

par Paolo Hamidouche

Rédacteur en chef sur Divergence Politique et auteur de Tribunes régulièrement avec des articles et sujets divers touchant à la Géopolitique internationale sur Stratpol. Vous pouvez me suivre sur X [@Paolino_84] et VK [https://vk.com/club234015974]

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