Une marée humaine a déferlé sur Belgrade samedi 15 mars, unissant des dizaines de milliers de citoyens déterminés à dénoncer la corruption et les dérives autoritaires du régime du président Aleksandar Vucic. En première ligne de cette mobilisation pour l’État de droit, les étudiants jouent un rôle central, veillant à préserver le caractère pacifique des manifestations face aux risques de provocations orchestrées par des partisans extérieurs.

Les manifestants ont exprimé leur « insatisfaction après des années de dictature et de corruption », un cri du cœur qui résonne dans un pays marqué par des décennies de troubles politiques. La mobilisation, pacifique dans l’ensemble, a vu quelques incidents sporadiques en fin de journée, mais le ministère de l’Intérieur a confirmé qu’aucun « incident majeur » n’a été signalé. Dans un communiqué, les autorités ont appelé les participants à « préserver la paix et la dignité du pays », tout en respectant les lois.

Un mouvement né de la colère

Ce mouvement de protestation, le plus important depuis les années 1990, a pris naissance après l’accident tragique de la gare de Novi Sad, le 1er novembre, où l’effondrement d’un auvent en béton a coûté la vie à 15 personnes. Cet incident a mis en lumière les dysfonctionnements et la corruption qui gangrènent les institutions et les chantiers publics. Depuis, les manifestations se sont intensifiées, exigeant des comptes de la part des responsables, la libération des manifestants arrêtés et un système moins corrompu.

Unir le pays.

Le slogan « Pumpaj ! Pumpaj ! » (Pompe ! Pompe !) symbolise l’énergie inépuisable des manifestants. Beaucoup arboraient un pin’s représentant une main ensanglantée, emblème du mouvement et rappel poignant que « la corruption tue ».

Si l’ambiance reste festive et déterminée, une ombre plane sur cette mobilisation : la réaction imprévisible d’agents extérieurs. Connu pour son admiration envers des figures comme Vladimir Poutine et Donald Trump, le peuple Serbe craint des incidents provoqués par des agents provocateurs, Ces derniers jours, le président Vucic a durci son ton, accusant les étudiants de fomenter la violence et de préparer une « révolution de couleur », une rhétorique qui alimente les tensions.

Dans le parc des Pionniers, situé face au Parlement, des tentes ont été installées, protégées par des tracteurs aux plaques minéralogiques mystérieusement absentes. Les rares médias indépendants serbes y ont repéré la présence inquiétante de hooligans et d’anciens membres de la JSO, une organisation paramilitaire tristement célèbre pour ses exactions durant les guerres des années 90. Sur les réseaux sociaux, les étudiants alertent sur des sacs de pierre déposés de manière suspecte à plusieurs endroits de la ville, tandis que des canons à eau ont été discrètement positionnés, laissant présager une escalade possible.

Pour assurer la sécurité, des groupes de motards, des vétérans et le service d’ordre des étudiants ont formé un cordon de protection autour du cortège, notamment près des lieux sensibles. Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, les étudiants avaient appelé à manifester « dans le calme et de façon responsable », insistant sur le fait que le mouvement ne devait pas être détourné à des fins violentes.

Réactions internationales et réponse du gouvernement

Les tensions préalables à la manifestation ont poussé l’ONU à réagir, appelant les autorités serbes à « ne pas interférer indûment » et à « respecter les droits à la liberté de réunion pacifique et d’expression ». Le président Aleksandar Vucic, dans une allocution vendredi soir, a affirmé que la Serbie était « un pays extrêmement démocratique » et a promis de tout faire pour garantir la sécurité du rassemblement. Cependant, il a averti : « Je suis le président de ce pays, et je ne laisserai pas la rue dicter les règles. »

Samedi soir, Vucic a exprimé sa « satisfaction » que la manifestation se soit déroulée « sans victime ni blessures graves », tout en réaffirmant sa détermination à maintenir l’ordre.

Une mobilisation qui marque l’histoire

La manifestation s’est dispersée dans le calme à partir de 21 heures, laissant derrière elle une image forte d’un peuple uni dans sa quête de justice et de transparence. Ce mouvement, porté par une jeunesse déterminée et soutenu par toutes les générations, pourrait bien marquer un tournant dans l’histoire récente de la Serbie.

par Divergence Politique

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