Ce dimanche 6 avril, le Rassemblement national réunissait ses forces place Vauban à Paris afin d’adresser un message de soutien fort à Marine Le Pen, rendue inéligible pour cinq ans la semaine dernière dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national. Si la première cacophonie est venue de la raison même de la manifestation – les militants estimant ne pas être venus manifester contre la justice, alors que les intervenants condamnaient un à un un « jugement politique » -, c’est bel et bien le manque de monde qui était au centre des conversations.
« Vous êtes plus de 10 000 »
Le président Jordan Bardella, s’avançant au micro, annonça la présence de 10 000 soutiens pour cette manifestation, alors que les observateurs avertis s’accordaient sur un chiffre probable de 3 000 personnes, et que la police estimait la foule à seulement 1 500 personnes.
Quoi qu’il en soit, et en prenant même la fourchette haute des fameux 10 000, c’est un échec retentissant. Parce qu’avant tout, il faut rappeler le contexte et l’importance de cette manifestation pour le parti à la flamme. Parce qu’il faut rappeler la communication faite depuis une semaine autour de ce rendez-vous par l’ensemble des élus RN, qui nous annonçaient qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Parce qu’il faut imaginer les milliers d’appels réalisés cette semaine par les sections locales pour fédérer les militants.
Alors, où étaient les bus d’adhérents ? Où étaient ne serait-ce que les électeurs parisiens du RN ?
Enfin, au moment du constat, il faut rappeler qu’en pareille circonstance, François Fillon avait réuni une marée humaine place du Trocadéro, estimée (là aussi de manière sûrement ambitieuse) à 300 000 personnes.
Si le constat est implacable, il reste à en comprendre les causes. Le RN et Marine Le Pen sont-ils si fédérateurs ? Visiblement, bon nombre d’électeurs souverainistes et patriotes s’agacent des renoncements politiques sur les thèmes sociétaux et internationaux. Le profil de son « futur Premier ministre », le très (trop ?) jeune Jordan Bardella, souffre de contestations internes et ne séduit pas comme premier choix sur l’échiquier de droite, nécessaire inéluctablement à toute victoire.
Si cette semaine, sur notre canal, le député européen Thierry Mariani estimait qu’il n’y avait que « un plan A, c’est Marine, et un plan B, c’est Marine aussi » (https://www.youtube.com/watch?v=QBXU9dessRg&t=297s), force est de constater que la candidate à la présidentielle 2027, qui semblait sous-entendre lundi dernier lors de son intervention sur TF1 qu’elle avait déjà gagné l’élection, a dû recevoir le message ce dimanche 5 sur 5 : ce n’est pas gagné d’avance. Et à moins de vouloir finir une fois de plus dans la position du gentil second, il va falloir séduire et sécuriser à nouveau son électorat de base avant d’aller flirter avec celui du centre mou.


