Gaza effacée en silence, l’indifférence du monde

Paolo Hamidouche (@Paolino_84)

L’invasion à grande échelle de la ville de Gaza a débuté ce 16 septembre 2025, avec des centaines de chars, des bombardements et des engins incendiaires largués sur des civils, dont de nombreux enfants. « Gaza brûle », exulte le ministre de la Défense, Israël Katz, faisant écho à la fin d’Apocalypse Now, lorsque son quasi-homonyme, le colonel Kurtz, répète : « L’horreur… l’horreur. » Une horreur subie comme un destin inévitable pour Kurtz, mais qu’ici Katz inflige comme un destin inévitable à d’autres.

L’attaque avait été précédée par la visite de Marco Rubio, chef du département d’État et conseiller à la sécurité nationale par intérim des États-Unis, dont la mission était de démontrer au monde le soutien de l’administration américaine au génocide en cours à Gaza, et à celui très probablement à venir en Cisjordanie.

Pour transmettre ce message, Donald J. Trump a choisi Rubio et non son fidèle lieutenant Witkoff, qui gérait jusque-là le dossier israélo-palestinien : une manière de marquer une certaine distance avec les actions de Tel-Aviv, tout en cédant une fois encore aux exigences de Netanyahou. L’assassinat de Charlie Kirk a profondément déstabilisé le président américain, le rendant totalement impuissant face à Netanyahou, qui le tyrannise désormais sans gêne ni vergogne.

Trump, qui se présentait durant sa campagne électorale comme l’homme de paix, celui qui n’avait jamais déclenché de guerre et qui rêve encore de décrocher le prix Nobel de la paix (distinction qui a perdu en crédibilité depuis qu’un Barack Obama l’a reçue, NDLR), est de plus en plus critiqué par sa propre base. Le choix de Rubio pour ce voyage en est une preuve assez claire. Bien avant son intégration dans l’administration Trump, Rubio était déjà un fervent partisan de la droite israélienne et avait depuis longtemps chaussé les pantoufles de Netanyahou.

Hier encore, il a renouvelé ses courbettes en accompagnant le Premier ministre israélien à l’inauguration de la « Route du pèlerinage », un tunnel creusé sous des maisons palestiniennes (dont certaines ont été démolies à cet effet), près de la Vieille Ville de Jérusalem, et débouchant sur les fondations du Mur occidental, partie intégrante de la structure de confinement de l’esplanade de la mosquée al-Aqsa.

Comme l’a souligné le mouvement Peace Now, la présence de Rubio à l’inauguration du tunnel n’est « rien de moins que la reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne sur la zone la plus sensible et la plus sacrée de Jérusalem ». L’ouverture [du tunnel] dissimule une volonté de piétiner l’idée que Jérusalem est une ville sacrée pour toutes les confessions et appartenant à tous ses habitants.

En parallèle, environ 250 élus américains – membres du Congrès et représentants des assemblées législatives des États – sont arrivés en Israël, constituant « la plus grande délégation bipartite de parlementaires américains jamais venue en Israël », selon le Jerusalem Post. Ils resteront plusieurs jours, le temps de finaliser un lien quasi irrévocable avec Tel-Aviv.

Dans son discours de bienvenue, Netanyahou a expliqué que l’éloignement croissant de l’Europe vis-à-vis d’Israël était dû à l’immigration islamique, capable de « faire plier » les gouvernements (sic). Mais il a surtout accusé le Qatar et la Chine de mener des campagnes négatives contre son pays.

Sans la nommer explicitement, il a mis en garde contre la prétendue menace chinoise : « Lorsqu’une grande puissance est vaincue [la Russie après la chute du mur de Berlin], d’autres forces émergent. Je m’adresse maintenant au ministre des Affaires étrangères… Je ne citerai pas de noms. Réfléchissons aux dangers. Les dangers ne disparaissent pas, ils changent. »

Netanyahou s’est ainsi positionné à la tête d’une croisade antichinoise que Rubio menait déjà à son époque, s’inscrivant dans l’héritage des libéraux et des néoconservateurs américains. Mais cette croisade inclut aussi les cercles réalistes de la politique étrangère américaine, comme Elbridge Colby, actuel sous-secrétaire à la politique étrangère du Pentagone.

La manœuvre de Netanyahou est habile : ces cercles influents au sein du MAGA prônent l’abandon du Moyen-Orient pour réorienter la puissance américaine vers la confrontation avec Pékin. Netanyahou, lui, offre le soutien israélien à cette guerre, sans renoncer pour autant à la cause du « Grand Israël », qu’il promeut désormais comme une composante essentielle de cette confrontation. Bien au contraire.

Le « Grand Israël » y contribuerait de manière décisive, affirme Netanyahou, qui s’impose comme le chef de file de la croisade contre Pékin. De ce point de vue, la référence à Sparte – ou plutôt à une « super-Sparte » – brandie dans son discours et reprise par tous les médias, ne signifiait pas simplement qu’Israël, par son bellicisme, s’isole du monde, imposant une certaine « autarcie ».

En réalité, Netanyahou semblait évoquer la guerre du Péloponnèse, matrice du « piège de Thucydide », selon lequel la confrontation entre une puissance émergente et une puissance dominante conduit inévitablement à la guerre.

Il avait déjà laissé transparaître cette vision en juin 2024, lorsqu’il s’était présenté devant la Knesset, brandissant L’Apogée et la Décadence d’Athènes, une réédition des écrits de Plutarque édités par Ian Scott-Kilvert, relatant la guerre du Péloponnèse, finalement remportée par Sparte, puissance établie, contre Athènes, puissance ascendante.

L’élan antichinois de Netanyahou s’explique probablement par le renforcement du partenariat économico-militaire entre Pékin et Téhéran, qu’il a à nouveau dénoncé dans son discours.

Dans sa logique implacable mais incendiaire, il a ainsi lié le génocide palestinien – qu’il juge nécessaire à l’édification du Grand Israël – et l’anéantissement de l’Iran – indispensable, selon lui, à l’hégémonie israélienne au Moyen-Orient – à la croisade antichinoise orchestrée par Washington, un golem indispensable à la réalisation de son objectif ultime. Qu’il parvienne ou non à ses fins, il n’en demeure pas moins que, s’il n’est pas arrêté, nous serons témoins d’événements terribles. L’horreur d’aujourd’hui est de mauvais augure.

par Divergence Politique

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