Paolo Hamidouche ( X : @Paolino_84 )
À la veille de la rencontre du 18 novembre entre Mohammed ben Salmane et Donald Trump, l’Arabie saoudite a réaffirmé à Washington que la normalisation des relations avec Israël ne se ferait pas sans un engagement concret en faveur de la création d’un État palestinien. Riyad maintient cette position depuis des années, mais le contexte a évolué : après la guerre de Gaza, le prince héritier saoudien doit concilier son rôle d’allié stratégique des États-Unis avec son image de gardien des lieux saints de l’islam, dans un monde arabe toujours profondément hostile à Israël.
Diplomatie prudente et stratégique
MBS, conscient de la sensibilité du sujet, cherche à éviter les faux pas diplomatiques qui pourraient l’éloigner du consensus national et régional. Sa priorité, avant toute annonce officielle, est d’aligner les positions de Trump sur celles de Washington et de lui obtenir des garanties plus explicites en faveur de la cause palestinienne. Comme le souligne Jonathan Panikoff, ancien directeur adjoint du renseignement américain pour le Moyen-Orient, le prince entend « user de son influence pour inciter la Maison-Blanche à reconnaître ouvertement la nécessité d’un État palestinien souverain ».
Résistance israélienne et impasse politique !
Israël reste cependant fermement opposé à toute perspective d’un État palestinien. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’entend ni accorder à l’Autorité palestinienne un rôle à Gaza, ni s’engager dans un processus de négociation qui restreigne la liberté d’action israélienne. Dans ces conditions, il est quasiment impossible de satisfaire aux exigences de Riyad. Pour les Saoudiens, sans un retrait clair de Gaza, le déploiement d’une force de protection internationale et le retour de l’Autorité palestinienne, la normalisation des relations resterait une capitulation politique, et non un accord de paix.
Le pacte de défense avec Washington !
Le 18 novembre, outre le dossier israélo-palestinien, figurera sur la table un accord de défense visant à redéfinir la relation stratégique entre les États-Unis et l’Arabie saoudite. Ce pacte, inspiré de l’accord avec le Qatar, renforcera la coopération militaire et technologique et garantira à Riyad une protection américaine. Cependant, il ne s’agira pas du traité contraignant souhaité par le Royaume : plus qu’une garantie définitive, il représente un compromis politique permettant à MBS de consolider ses liens avec Washington et de contenir l’influence iranienne dans le Golfe.
Géopolitique et jeu d’échecs !
Dans un Moyen-Orient où chaque alliance se négocie sur le fil du rasoir, l’Arabie saoudite joue plusieurs cartes : rassurer les États-Unis, mesurer ses distances avec Israël et préserver le consensus au sein du monde islamique. Trump ambitionne de présenter un succès diplomatique, mais Riyad refuse de l’accorder sans contrepartie concrète. La normalisation demeure un objectif stratégique, mais différé : une carte à jouer lorsque les conditions – politiques, régionales et symboliques – seront enfin favorables.

