Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]
Macron tente de renforcer l’influence française en Afrique grâce à des investissements de 23 milliards d’euros afin de contrer la concurrence chinoise.

Un pouce levé, un sourire à peine esquissé et l’assurance habituelle devant les caméras, de quoi donner l’impression de maîtriser la situation. La participation d’Emmanuel Macron au sommet Africa Forward à Nairobi, capitale du Kenya, s’est avérée bien plus complexe que prévu. Non seulement parce que sa tentative de relancer la présence française sur le continent africain intervenait à un rythme soutenu et se heurtait à l’influence croissante de la Chine, mais aussi parce que le président de l’Élysée a commis une gaffe qui a suscité de vives critiques.
Lors de cet événement, organisé à l’Université de Nairobi, Macron était assis au premier rang et écoutait la présentation de jeunes entrepreneurs. À un moment donné, agacé par le brouhaha de l’assistance, il s’est levé, est monté sur scène, a demandé le micro et a dénoncé le « manque de respect total » des personnes présentes. Certains l’ont applaudi, d’autres l’ont critiqué. Même dans son pays d’origine, où Danièle Obono, députée du parti d’extrême gauche France Insoumise, a par exemple écrit sur X qu’il est « plus fort que lui : dès qu’il met le pied sur le continent africain, il ne peut s’empêcher de se comporter comme un colonisateur ».
Une telle mascarade risque d’éclipser les efforts de Paris pour forger un nouveau modèle de partenariat avec les nations africaines. Macron a expliqué que la France a alloué 23 milliards d’euros au secteur privé africain afin de contrer la domination chinoise et de reconstruire son influence dans la région.
Macron défie la Chine en Afrique
Le dirigeant français a présenté cet investissement comme un « électrochoc » destiné à revitaliser les relations entre la France et l’Afrique, positionnant l’Europe comme un partenaire pour l’« autonomie stratégique » du continent et lançant un défi clair à la Chine.
Après avoir perdu du terrain au Sahel, où les coups d’État et le sentiment anti-français ont conduit le Burkina Faso, le Mali et le Niger à rompre leurs relations avec Paris, Macron entend bien gagner les faveurs des pays anglophones comme le Kenya. En organisant le sommet à Nairobi, il a également contourné le poids historique de la « Françafrique » en critiquant ce qu’il a qualifié de « logique prédatrice » du gouvernement chinois.
Le point de vue français se heurte pourtant à une réalité incontestable. Cette réalité coïncide avec l’ancrage profond de la Chine dans de nombreux secteurs africains – à commencer par les infrastructures – et avec l’attention que le géant asiatique porte aux besoins de développement de divers pays du continent. Macron, cependant, s’efforce de réfuter ce discours, affirmant que Pékin extrait des matières premières uniquement pour les transformer au-delà de la Grande Muraille, créant ainsi une dépendance vis-à-vis du reste du monde au lieu de favoriser la croissance industrielle locale.
Le président français lui-même a déclaré que l’Europe souhaite éviter toute dépendance vis-à-vis de Pékin ou de Washington : « Nous devons veiller à ne pas devenir dépendants des deux puissances qui menacent d’éclipser toutes les autres.» Afin de convaincre l’Afrique des bonnes intentions de Paris, le plan de soutien financier français comprend 14 milliards d’euros pour les entreprises françaises sur le continent et 9 milliards d’euros pour les entreprises africaines, le tout au nom d’une prétendue souveraineté partagée.

Une course contre la montre
L’implication croissante de la Chine en Afrique, notamment dans les domaines des infrastructures, du commerce, de la finance, des technologies, de l’énergie et de la sécurité, comme l’a justement souligné le South China Morning Post, a radicalement modifié l’équilibre des pouvoirs sur le continent, réduisant le monopole que les anciennes puissances coloniales – en particulier la France – exerçaient historiquement dans la région.
Pékin vient d’autoriser l’entrée en franchise de droits de douane de tous les produits africains sur son territoire. Il s’agit d’une initiative judicieuse visant à renforcer les liens avec une région du monde qui recèle des ressources stratégiques pour la transition écologique et l’économie numérique, dans un jeu à somme nulle avec l’Europe. De son côté, Paris (et non l’Union européenne) cible les pôles économiques de l’Afrique de l’Est.
À Nairobi, la France et le Kenya ont signé 11 accords économiques d’une valeur de plus de 1,1 milliard d’euros, ainsi qu’un pacte de défense de cinq ans. L’accord militaire porte sur les exercices conjoints, le partage de renseignements, la lutte contre le terrorisme et la sécurité maritime, tout en offrant à l’Élysée une base stratégique en Afrique de l’Est.
Cependant, la Chine est redevenue un acteur majeur, à tel point que les entreprises françaises peinent souvent à rivaliser avec les financements d’État chinois. L’échec du projet autoroutier du col de Mau au Kenya, annulé en 2024 par l’administration du président William Ruto en raison de son coût exorbitant, en est un exemple flagrant. Le consortium en charge du projet, mené par l’entreprise de construction française Vinci, a été remplacé par la China Road and Bridge Corporation.


