De la mer et des airs : les nouveaux missiles hypersoniques A2/AD de la Chine !

Paolo Hamidouche [ X | VK ]

La République populaire de Chine (RPC) a démontré sa puissance militaire lors du défilé de la Victoire à Pékin, le 3 septembre. Durant ce défilé de véhicules et d’unités, il est apparu clairement que, parmi les blindés, les chars, les missiles balistiques de différentes portées et les drones de divers types (dont les nouveaux XLUUV), la composante missiles de croisière avait été considérablement renforcée, tant en nombre qu’en technologie.

Un élément particulièrement important était la série de missiles de croisière antinavires de différents types (et portées) qui, avec d’autres moyens, constituent ce que l’on appelle militairement les dômes (ou bulles) A2/AD (Anti-Accès/Déni de Zone).

Un dôme A2/AD est un espace défini par la portée maximale des systèmes de missiles et d’armes aériennes opérant dans les trois domaines classiques du champ de bataille (air, terre et mer). Il englobe divers effecteurs – cinétiques et non cinétiques – ainsi que différents systèmes de surveillance et de suivi. Au cours des vingt dernières années, la République populaire de Chine a considérablement renforcé ses capacités A2/AD, non seulement dans son voisinage géographique, mais aussi dans l’espace maritime extraterritorial de la mer de Chine méridionale – revendiquée par Pékin – qui constitue un bastion aérien et naval pour le contrôle du trafic maritime à destination et en provenance de l’est du continent asiatique et offre un parapluie défensif à ses sous-marins lanceurs de missiles balistiques, au même titre que l’utilisation par la Russie des mers arctiques qui lui appartiennent.

La composante missiles, associée aux systèmes de surveillance, est au cœur de tout dôme A2/AD. La République populaire de Chine a démontré sa capacité à développer de nouveaux vecteurs qui intensifient la menace que représentent ses zones d’exclusion aérienne et maritime. Les missiles de croisière antinavires, en particulier, sont au centre de cette stratégie tactique.

Lancement aéroporté et maritime

Parmi les nouveaux missiles antinavires présentés lors du défilé figurait le YJ-15, qui semble combiner vitesse supersonique et portée étendue pour mettre à l’épreuve les défenses navales traditionnelles, telles que les systèmes de défense ponctuelle. Propulsé par un statoréacteur (avec propulseurs d’appoint), il atteint ainsi une vitesse plusieurs fois supérieure à celle du son et possède un fuselage de conception unique minimisant la traînée aérodynamique. Le YJ-15 est vraisemblablement capable d’atteindre des vitesses supérieures à Mach 5 (entrant ainsi dans le domaine hypersonique), avec une portée estimée entre 1 200 et 1 800 km. De plus, ces caractéristiques et particularités structurelles suggèrent qu’il est conçu pour un lancement aéroporté, très probablement depuis des bombardiers stratégiques H-6. La capacité de lancement aéroporté accroît considérablement le rayon d’action d’un porte-avions et, grâce à cette portée, le missile pourrait frapper des navires ennemis bien au-delà de la Première Chaîne d’Îles.

Parmi les autres lanceurs aperçus lors du défilé figure le YJ-17, doté d’un nez allongé et effilé, probablement conçu pour minimiser la traînée aérodynamique et les contraintes thermiques lors de la rentrée atmosphérique et du vol hypersonique soutenu. Ce missile est dépourvu d’entrées d’air et utilise un propulseur à propergol solide pour l’accélération initiale avant d’entamer une phase de vol plané sans propulsion. Il s’agit donc d’un planeur hypersonique (HGV) de type boost-plane, avec un propulseur d’accélération rappelant le premier étage d’un missile balistique. Selon les estimations des experts, ce lanceur pourrait atteindre une vitesse maximale de Mach 8 et être lancé depuis des systèmes de lancement vertical (VLS) installés sur de grands navires de surface tels que les destroyers de la classe Type 055, ou encore depuis des bombardiers H-6. Sur le plan opérationnel, le YJ-17 sera vraisemblablement déployé pour mener des frappes de précision contre des cibles navales de grande valeur telles que de grands navires de surface, des navires d’assaut amphibie et des porte-avions.

La République populaire de Chine a également présenté le lanceur YJ-19, un missile hypersonique à statoréacteur (capable d’atteindre Mach 10), manœuvrable et probablement tirable depuis les tubes lance-torpilles de sous-marins (533 mm de diamètre), compte tenu de son propulseur. Sa conception rappelle fortement celle du missile américain « Waverider », dont il s’inspire vraisemblablement, tout comme il a inspiré le missile russe « Zirkon », lui aussi hypersonique. Sa portée estimée est de 500 km. En combinant la furtivité du lancement sous-marin à la vitesse hypersonique, ce missile réduit le temps de réaction de l’adversaire et complique les opérations d’interception. Cette capacité accroît considérablement l’aptitude de la Chine à perturber les plans de déploiement des flottes de surface adverses, constituant un défi de taille pour les groupes aéronavals et autres forces navales de grande valeur.

Un autre lanceur observé était le YJ-20, également hypersonique (vitesse de croisière d’environ Mach 6, vitesse finale Mach 9) et capable d’être lancé depuis le système de lancement vertical de destroyers comme le YJ-17, mais avec une portée plus importante : environ 2 000 kilomètres. Il s’agit donc d’un lanceur antinavire de théâtre, conçu pour des frappes en haute mer pouvant atteindre la deuxième chaîne d’îles du Pacifique Ouest. Cela signifie également que la RPC a acquis des capacités de connaissance de la situation suffisantes pour mener ce type d’attaques en mer, où, dans le cas de cibles mobiles, la surveillance et le suivi doivent être quasi continus.

Enfin, au vu de l’ensemble des observations, il apparaît clairement que l’empire du milieu a mis en place une architecture multicouche sur ses coupoles A2/AD, avec plusieurs lanceurs antinavires – mais pas seulement – capables d’étendre considérablement la portée de ses capacités d’interdiction, au point d’étendre la menace aux bases américaines du Pacifique, qui ne sont pas seulement situées dans des positions plus avancées.

par Divergence Politique

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