Impérialisme américain et Venezuela : un projet de longue date !

Par Olivier Rouot

La crise vénézuélienne ne peut être comprise ni par le prisme moraliste de la « démocratie », ni par celui de la lutte contre le « narcotrafic ».


Ces grilles de lecture, abondamment relayées par la communication officielle américaine et ses relais européens, masquent un enjeu autrement plus déterminant : la remise en cause progressive de l’architecture monétaire internationale dominée par le dollar, et en particulier du système dit du pétrodollar.

À cet égard, le Venezuela n’est ni une anomalie ni un accident, mais un cas d’école, inscrit dans une continuité historique longue de coercition économique et militaire américaine.

Le pétrodollar : un pilier monétaire bâti dans les années 1970

Contrairement à une présentation souvent simplifiée, le pétrodollar ne procède pas d’un accord unique et secret, mais d’un ensemble cohérent de décisions stratégiques prises à partir de 1974, dans le contexte de l’effondrement du système de Bretton Woods et de la fin de la convertibilité du dollar en or.
Sous l’impulsion de figures centrales de la diplomatie américaine, dont Henry Kissinger, Washington obtient de l’Arabie saoudite, puis, par extension, de l’ensemble de l’OPEP,  que les exportations pétrolières soient libellées en dollars, tandis que les excédents financiers sont recyclés dans les bons du Trésor américain.


L’économiste et politiste David Spiro résume ce mécanisme sans ambiguïté :
« The recycling of petrodollars into U.S. Treasury securities became a cornerstone of American financial power after 1974. » (« The Hidden Hand of American Hegemony », Cornell University Press, octobre 1999).
Ce système a conféré au dollar un statut sans équivalent : non plus seulement monnaie nationale, mais infrastructure centrale du commerce mondial de l’énergie, permettant aux États-Unis de financer durablement déficits commerciaux, dépenses sociales et supériorité militaire.

Le Venezuela : puissance énergétique et souveraineté contestataire

Avec environ 300 milliards de barils de réserves prouvées, -données reconnues par les organismes internationaux de l’énergie-, le Venezuela dispose du premier stock pétrolier mondial. Ce fait objectif suffit à expliquer l’attention constante que lui portent les États-Unis depuis plusieurs décennies.
À partir de la fin des années 2010, confronté à un régime de sanctions extraterritoriales et à une exclusion progressive des circuits financiers dominés par le dollar, Caracas engage une diversification monétaire contrainte : acceptation de règlements en euros, en yuans ou en roubles, développement de canaux bilatéraux avec la Chine et la Russie, et rapprochement avec les BRICS. Il ne s’agit pas d’un geste idéologique, mais d’une réponse pragmatique à une asphyxie financière organisée.

Souveraineté monétaire et violence : des précédents éclairants

L’histoire récente montre une constante : les États qui tentent de remettre en cause le centralisme du dollar dans le commerce des hydrocarbures subissent, tôt ou tard, une coercition directe. À titre d’exemple :
– En 2000, l’Irak annonce la vente de son pétrole en euros ; trois ans plus tard, le pays est envahi. Les armes de destruction massive, prétexte officiel complètement fantasmagorique à cette invasion, ne seront évidemment jamais trouvées.

– En 2009-2010, la Libye de Mouammar Kadhafi propose un projet de monnaie panafricaine adossée à l’or. Des courriels déclassifiés d’Hillary Clinton confirment que ce projet constituait une préoccupation stratégique majeure pour Washington : « Qaddafi’s gold was intended to be used to establish a pan-African currency based on the Libyan dinar. » (Archives du Département d’État américain). La Libye sera détruite en 2011.

Le Venezuela s’inscrit dans cette séquence historique cohérente, où l’indépendance monétaire devient une ligne rouge.

La dédollarisation : un processus réel, non un slogan

Contrairement aux discours sensationnalistes, le dollar n’est pas sur le point de disparaître.
Il demeure la première monnaie de réserve mondiale. Toutefois, des signaux structurels de fragilisation sont établis : la Russie vend une part croissante de ses hydrocarbures hors-dollar depuis 2022 ; la Chine a développé le CIPS, alternative partielle à SWIFT ; l’Iran commerce hors-dollar depuis maintenant plusieurs années.


L’économiste Michael Hudson résume cette réalité sans détour :


« The United States has used its control of international financial institutions and its military power to shift the costs of its balance-of-payments deficits onto other countries. «  (« Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire », Pluto Press, janvier 2003).
Dans ce contexte, l’intégration pleine et entière du Venezuela à ces dynamiques représente un accélérateur stratégique, non un détail marginal.

La « destinée manifeste » : une idéologie qui remonte aux origines des États-Unis

Si l’expression Manifest Destiny apparaît en 1845 sous la plume de John L. O’Sullivan, la doctrine qu’elle formalise est nettement antérieure. Dès le XVIIᵉ siècle, les colons puritains développent une théologie politique de l’élection. Le sermon fondateur de John Winthrop (1630) affirme :


« We shall be as a city upon a hill ; the eyes of all people are upon us. »
Cette vision messianique justifie très tôt la conquête, la dépossession et la violence, présentées comme instruments providentiels.
Tous les Présidents américains y ont fait référence, à un titre ou à un autre, de Georges Washington à Trump II.


La « destinée manifeste » moderne n’est que la sécularisation géopolitique de ce noyau religieux, appliquée successivement au continent américain, puis au monde entier.

Hypothèses géostratégiques : qui pourrait suivre ?…

Les États-Unis ont une constante : ils annoncent ce qu’ils vont faire, et font souvent ce qu’ils ont annoncé… Les analystes de la RAND Corporation et du Council on Foreign Relations identifient plusieurs zones à risque : l’Iran, pour son énergie et sa souveraineté monétaire ; l’Algérie, fournisseur clef de l’Europe ; le Nigeria, géant démographique africain ; et même l’Arabie saoudite, désormais sous pression pour ses ouvertures au yuan. Mais le Mexique, Cuba, la Colombie, le Groënland et même le Canada ont été des cibles récemment désignées par Trump ou l’un de ses deux derniers prédécesseurs…
L’équation est d’un équilibre cosmique : (énergie stratégique importante) + (tentation à l’autonomie monétaire) = (cible potentielle pour les USA)…

Macron : l’atlantisme comme renoncement et trahison d’intérêts

Dans ce contexte, le soutien quasi-réflexe et immédiat d’Emmanuel Macron aux positions américaines, -y compris lorsqu’elles violent ouvertement le droit international, lui qui s’y déclare pourtant tellement attaché-, ne relève plus de la simple erreur d’analyse.
Il constitue une renonciation consciente à l’indépendance stratégique française, au profit d’une puissance étrangère. C’est un acte d’assujettissement.

Comme l’expliquait Dominique de Villepin hier, 4 janvier : « Nous nous habituons à un monde où toutes les règles sont effacées, où le droit n’existe plus, le droit international, qui est censé régir les relations entre États, tout cela n’existe plus et on voit bien à travers les réactions internationales et en particulier sur la scène européenne, pour certains cela n’a plus beaucoup d’importance »
Il stigmatisait même une réaction « aveugle, inconsciente des réalités, irresponsable en ce qui concerne l’avenir de notre pays et l’avenir de l’Europe ». « Que fera-t-on demain, quand Donald Trump fera le même raisonnement qu’il a fait […] pour le Venezuela, quand il le fera pour le Groenland ? », a-t-il ajouté.

Au sens strict, il y a trahison lorsque l’action d’un dirigeant porte atteinte aux intérêts permanents de sa nation au bénéfice d’un autre État. L’atlantisme macronien répond désormais à cette définition : il isole la France du Sud global, la coupe des dynamiques émergentes, la contraint à des contrats illogiques, à des ventes destructrices ou à des dépenses pharamineuses, et l’enferme dans une dépendance stratégique que les États-Unis eux-mêmes n’assument plus envers leurs alliés. Surtout européens.

Cette réaction est tellement aberrante, incohérente, en contradiction avec ses discours sur la relation Russie/ Ukraine et si irrationnelle, qu’elle interroge sur une possibilité de trahison sur commande du chef de l’État français.


Ou alors sur une grave dégradation de sa santé mentale, annoncée d’ailleurs en 2017 par un célèbre universitaire italien, psychiatre de son état, qui prévoyait une dérive dangereuse dans le comportement de Macron (Dr Adriano Segatori, médecin psychiatre et psychothérapeute – Vidéo du 3 mai 2017, et vidéo du 27 octobre 2025. – « Si un juge me demandait, comme dans toute expertise psychiatrique, ce que je pense du danger que représentent ces personnes, je répondrais qu’il n’y a aucun doute. Macron, comme tous les psychopathes, est extrêmement dangereux. » ; « Macron est un psychopathe atteint de délires de toute-puissance. »).

Vénézuela : Quelles conséquences pour la Russie ?

Pour la Russie, la crise vénézuélienne agit comme une confirmation stratégique.
Elle valide l’idée que le dollar est une arme politique, et que toute souveraineté monétaire exige une protection géopolitique. Elle accélère la coopération Sud-Sud, renforce les systèmes alternatifs et conforte Moscou dans l’idée que tout compromis monétaire avec Washington est interprété comme une faiblesse.


L’attaque des États-Unis au Vénézuela montre surtout la relativité des reproches plus incertains adressés à la Russie, quand elle travaille à protéger ses frontières et à en éloigner les Ukrainiens manipulés par les Américains…


Comme vient de le déclarer publiquement Dimitri Medvedev (Vice-Président du Conseil de Sécurité de Russie) : « Que dire ? C’est la lex fortissimum, autrement dit la loi du plus fort, ou encore le droit du plus puissant. Dans ce cas, disons-le clairement à nos camarades du radieux Pindostan : désormais, ils n’ont plus rien, même formellement, à reprocher à notre pays. » (le « Pindostan » est le pays des « Pindos »… Mot d’argot et péjoratif russe pour désigner les Américains).
Enfin, notre passion pour la Russie, les Russes et les Russiens, ne doit pas nous rendre naïfs : selon plusieurs analystes ou d’après quelques confidences, un nouveau partage du monde est en cours, qui a fait l’objet de conversations et d’accords secrets ou tacites entre la Russie et les États-Unis.

Invasion du Vénézuela : un marqueur de l’atlantisme macronien

Le Venezuela n’est ni le commencement ni l’exception. Il est le révélateur d’un système monétaire qui ne se maintient plus par l’adhésion, mais par la contrainte.
À mesure que la violence devient nécessaire pour défendre le dollar, celui-ci révèle sa fragilité structurelle.


En s’alignant sans discernement sur cette logique, la France de Macron ne protège ni la stabilité internationale ni ses propres intérêts : elle abdique. Et enterre un peu plus les Français.

par Divergence Politique

L’actualité en France est dominée par les grands médias mainstream. En soutenant Divergence Politique, vous contribuez à faire vivre un projet 100 % indépendant, garantissant une totale liberté dans sa ligne éditoriale, son ton et la liberté de pensée de ses animateurs ! Divergence Politique, lancé le 1er septembre 2024, dévoilera sa “v.2” sur une nouvelle plateforme le 1er janvier 2025 !

Laisser un commentaire

En savoir plus sur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture