Iran : Trump prolonge le cessez-le-feu, les négociations avec le Pakistan sont au point mort, un porte-avions américain est en route pour le Moyen-Orient !

Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]

Une journée chaotique et conflictuelle sur le plan diplomatique s’est conclue par les négociations américano-iraniennes, le président américain Donald Trump annonçant en soirée, chez nous en France, une prolongation indéfinie du cessez-le-feu.

Une journée chaotique et conflictuelle sur le front diplomatique a conclu les négociations américano-iraniennes. Le président américain Donald Trump a annoncé, en soirée (heure de Paris), une prolongation sine die du cessez-le-feu afin de permettre à un gouvernement iranien, qu’il a qualifié de « profondément divisé », de s’asseoir à la table des négociations avec une proposition concrète.

Le Pakistan, qui se préparait à accueillir de nouvelles discussions à Islamabad, a joué un rôle déterminant dans cette prolongation, un cessez-le-feu au sein du cessez-le-feu, peu avant l’échéance, à 2 h du matin (heure de Téhéran). Or, les deux délégations, l’une américaine conduite par le vice-président J.D. Vance et l’autre iranienne par le président du Parlement, Mohammad Ghalibaf, sont toujours à Washington et à Téhéran, tandis que la perspective d’une reprise de la troisième guerre du Golfe demeure. De nombreux facteurs critiques restent par ailleurs en suspens.

Le message de Donald Trump sur son réseau social Truth Social

L’Iran et le nucléaire iranien ?

Téhéran, par la voix de son président Massoud Pezeshkian, a déclaré qu’il ne renoncerait pas à l’enrichissement d’uranium. Ormuz ? Les États-Unis maintiennent le blocus et, malgré le fait que 26 navires auraient réussi à le franchir pour atteindre l’océan Indien, l’impasse persiste entre le contrôle important exercé par l’Iran sur cette voie maritime stratégique et le refus des États-Unis de payer les droits de passage exigés par Téhéran. Dans un premier temps, Trump a imposé le blocus naval pour forcer la réouverture du détroit, sous peine d’interrompre les négociations après celles du 11 mars. Ensuite, il l’a maintenu après que Téhéran a accepté le transit suite au cessez-le-feu au Liban, renforçant ainsi la position de la République islamique.

La prolongation du cessez-le-feu demandée par le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le chef d’état-major Asim Munir permettra d’engager un dialogue politique approfondi. Cependant, comme nous l’avons déjà souligné sur Divergence Politique, le principal obstacle à surmonter est celui de la confiance. En avril et février 2025, « Trump a entamé des pourparlers diplomatiques avec l’Iran avant de lancer des frappes aériennes alors que les négociations n’en étaient qu’à leurs débuts », note le New York Times. Le journal ajoute que, pas plus tard que le 27 février, Washington « a dépêché des émissaires à Genève pour rencontrer des responsables iraniens, la veille même de l’assassinat du Guide suprême iranien lors d’une frappe aérienne qui a déclenché des semaines de bombardements américains et israéliens ». Le New York Times précise que, selon ses reconstitutions, « au moment de cette rencontre, le président Trump s’était déjà engagé à entrer en guerre contre Israël, d’après des responsables américains ».

Donald Trump n’a pas tort lorsqu’il souligne les divisions au sein du pouvoir en République islamique, et notamment le blocus dont est victime le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, de la part de l’aile la plus intransigeante du régime, soucieuse d’éviter toute capitulation. Mais comme le note le politologue Ali Vaez, « au sein du système iranien, tout le monde s’accorde à dire qu’il est inutile de négocier si les États-Unis maintiennent le blocus ».

L’impasse est manifeste. L’Iran a tenu bon durant la guerre, le régime n’a pas chuté, le contrôle du détroit d’Ormuz est assuré et l’objectif de la République islamique est désormais de consolider les fondements de sa survie politique par la négociation. Cependant, l’inflexibilité du régime et l’absence, hormis Ghalibaf, Araghchi et Pezeshkian, de figures clés capables de forger un consensus pourraient compromettre la poursuite de ces objectifs. D’un côté, les États-Unis, désormais à la table des négociations, sont désireux d’obtenir par un cessez-le-feu ce qu’ils n’ont pu réaliser par la guerre : réduire Téhéran et son influence régionale. De l’autre côté, Israël a clairement indiqué que son objectif stratégique est l’effondrement du régime, voire la déconstruction pure et simple de l’Iran en tant qu’État.

Pour l’Iran, à la croisée des chemins, l’annonce de la prolongation unilatérale du cessez-le-feu par Trump pose un dilemme majeur : faut-il accepter la logique de la négociation ou non ? Ghalibaf semble avoir ouvert la voie, mais la menace d’un bluff plane toujours. Au moment où nous écrivons ces lignes, deux porte-avions américains font route à pleine vitesse vers le théâtre d’opérations du Centcom, commandement désigné pour le quadrant Asie du Sud-Ouest. Le porte-avions « George H. W. Bush » navigue au nord de Madagascar et rejoindra bientôt l’« Abraham Lincoln », qui applique le blocus d’Ormuz. L’USS Gerald Ford, qui a passé 300 jours consécutifs en mer, entre la baie de Souda en Crète et Split en Croatie, après plusieurs incidents survenus lors d’opérations dans le golfe Persique et la mer des Caraïbes, a également franchi le canal de Suez et sera bientôt de retour dans la zone. Si le « Bush » le remplace, l’amiral Brad Cooper, chef du Centcom, disposera de deux porte-avions ; sinon, leur nombre passera à trois. De quoi nous inciter à envisager une seconde phase de guerre si la proposition iranienne ne satisfait pas Washington.

Négociations de paix ou troisième cycle de pourparlers en vue d’une offensive militaire ?

Le cessez-le-feu indéfini décrété par Trump ne résout pas le problème. Washington et Tel-Aviv n’ont pas encore remporté la guerre sur le terrain. Ils tentent de rattraper leur retard grâce à une trêve et à des négociations américano-iraniennes. Mais les divergences persistent. Et tous les scénarios semblent possibles dans le cadre des négociations en cours, au sein d’un conflit qui perturbe déjà l’économie et l’ordre mondial.

par Paolo Hamidouche

Rédacteur en chef sur Divergence Politique et auteur de Tribunes régulièrement avec des articles et sujets divers touchant à la Géopolitique internationale sur Stratpol. Vous pouvez me suivre sur X [@Paolino_84] et VK [https://vk.com/club234015974]

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