La semaine dernière, Trump a déclaré avoir parlé avec l’Iran, après avoir affirmé la veille son intention de le faire et qu’il serait « merveilleux » de ne pas recourir à la force. Le dialogue auquel il faisait référence était probablement indirect, compte tenu du rôle de nombreux médiateurs, dont le Times of Israel, qui désigne l’Arabie saoudite comme intermédiaire. Hier, c’était au tour de la Turquie de proposer officiellement ses services.

Une proposition sérieuse, formulée lors de la visite du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, à Ankara, qui a coïncidé avec un appel téléphonique entre le président turc Recep Tayyip Erdoğan et son homologue iranien Massoud Pezeshkian : un échange de vues pour renforcer les relations entre les deux pays et trouver des moyens de désamorcer les tensions.
Il convient de rappeler par ailleurs que, lors du récent changement de régime en Iran, la Turquie a bloqué l’afflux de milices kurdes qui, depuis son territoire, infiltraient l’Iran pour soutenir, armes à la main, les manifestants dits pacifiques.
Les États-Unis doivent d’une manière ou d’une autre tenir compte des souhaits de la Turquie, comme ils l’ont fait en Syrie, où ils ont soutenu son plan visant à mettre fin à l’autonomie des milices kurdes, qui devraient s’intégrer à l’armée régulière, contrecarrant ainsi, pour l’instant, le plan d’Israël de désintégrer le pays.
Malgré la médiation en cours, Trump a adouci son discours envers Téhéran, un fait qu’il convient de noter avec un soulagement prudent.
Cette ouverture a été immédiatement saluée par Téhéran qui, par la voix d’Araghchi, a réaffirmé avec encore plus de force, lors de la conférence de presse suivant sa rencontre avec son homologue turc, que son pays était prêt à négocier.
Dans le même temps, les médias internationaux continuent d’attiser les tensions, comme c’est souvent le cas avant les conflits américains, nombre d’entre eux étant attachés à la doctrine des guerres sans fin. Ainsi, les informations se succèdent sur les plans d’attaque, les forces déployées et l’insuffisance des défenses iraniennes (qui ont révélé aujourd’hui un vaste réseau de tunnels souterrains abritant des milliers de missiles prêts à frapper les navires américains et à bloquer le détroit d’Ormuz).
Dans l’attente de nouveaux développements, la révélation faite par le président de l’Association des journalistes iraniens, Masha’Allah Shams al-Wa’izin, à al Mayadeen est significative. Selon lui, les Américains, par l’intermédiaire de tiers, ont proposé à l’Iran une attaque limitée contre certaines de ses installations, à laquelle Téhéran devrait répondre en évitant une « riposte sévère ».

La rumeur se fonde sur le fait que cela s’est déjà produit en juin dernier lors de l’attaque contre des sites nucléaires qui a mis fin à la guerre des Douze Jours (et, de plus, en réponse à l’assassinat perfide du général Qassem Soleimani en 2020, Téhéran avait également convenu avec Washington d’une riposte purement symbolique).
Mais cette fois-ci, il semble que les autorités de Téhéran refusent de signer des accords secrets ; du moins, c’est ce qu’elles ont déclaré officiellement, affirmant que toute attaque sur leur territoire entraînerait une riposte sévère.
Comme à l’accoutumée, un bras de fer se joue au sein de l’Iran entre les néoconservateurs, renforcés par la pression israélienne, et Trump. Les premiers prônent l’anéantissement du pays, tandis que le président tente, avec son habituelle ambiguïté, de se soustraire à la pression en recherchant un soutien tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Le ton moins incendiaire de Trump s’explique peut-être aussi par son appel téléphonique de mercredi dernier avec Poutine, au cours duquel Trump a demandé à ce dernier de suspendre les bombardements en Ukraine pendant une semaine, proposition que Poutine a acceptée. On ignore si le moratoire ne concerne que les centrales énergétiques, les versions étant contradictoires, mais il n’en demeure pas moins important.
Bien sûr, cette désescalade vise essentiellement à faciliter les négociations menées sous l’égide des États-Unis entre Moscou et Kiev, actuellement en cours à Abou Dhabi. Mais il semble évident que les deux présidents ont également évoqué l’Iran, étant donné les interventions répétées du tsar dans la crise actuelle, se proposant comme médiateur.
Au lieu de cela, les dirigeants européens ont une fois de plus fait preuve d’imprudence en envisageant de qualifier de terroristes les membres des Gardiens de la révolution iraniens. Une initiative absurde, mais loin d’être fortuite, alors que les tensions s’intensifient dans le but de déclencher une guerre.
Au-delà de la différence de traitement flagrante entre les Gardiens de la révolution et les forces ayant perpétré le génocide à Gaza, l’époque où la France critiquait les États-Unis pour leur intervention illégale en Irak semble bien loin. Les dirigeants européens se sont désormais fermement alignés sur les souhaits des néoconservateurs, soutenant depuis des années toutes leurs aventures désastreuses.
Cela reste vrai même lorsque ces aventures nuisent à l’UE elle-même. Ce sera le cas si une véritable guerre éclate, avec la fermeture du détroit d’Ormuz. Une impulsion suicidaire qui serait incompréhensible si cette détermination, comme les précédentes, ne visait pas à maintenir leur pouvoir, car ils comptent sur l’influence considérable des partisans des guerres sans fin pour se maintenir au pouvoir.
Enfin, une remarque en marge. Nous avons évoqué comment les manifestations de masse qui ont secoué l’Iran, immédiatement infiltrées par les agents sanguinaires du changement de régime, avaient été déclenchées par une manœuvre extérieure qui, en provoquant la crise précédente, avait entraîné l’effondrement du système économique et financier du pays.

Notre intuition est simple, confirmée par nul autre que le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, ancien protégé de Soros, lors d’une interview en marge du Forum de Davos : « Le président Trump a ordonné au Trésor et à notre division, l’OFAC (Office of Foreign Assets Control), d’exercer une pression maximale sur l’Iran. Et cela a fonctionné, car en décembre, leur économie s’est effondrée. Nous avons assisté à la faillite d’une grande banque ; la banque centrale a commencé à imprimer de la monnaie. Il y a une pénurie de dollars. Ils ne peuvent plus importer, et c’est pourquoi la population est descendue dans la rue. »

Araghchi en Turquie : Ankara tente une ultime médiation entre les États-Unis et l’Iran.
Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran, est arrivé à Ankara il y’a quelques jours pour rencontrer son homologue turc, Hakan Fidan, stratège en charge de l’influence régionale du gouvernement de la présidence Turque. Ils ont mené une ultime médiation afin de tenter d’éviter un affrontement entre Téhéran et les États-Unis.
Le défi d’Araghchi
Ce diplomate de 63 ans, figure clé de la diplomatie iranienne, est engagé dans sa dernière grande bataille diplomatique et recherche le soutien de Fidan. Ce dernier, lors des manifestations qui ont secoué Téhéran et d’autres grandes villes du pays, avait mis en garde contre le risque de plonger la République islamique dans le chaos.
En Iran, le dialogue avec la Turquie représente, selon le sentiment général, la voie la plus concrète pour entamer des pourparlers pragmatiques avec les États-Unis et éviter une offensive que Washington prépare en renforçant sa présence militaire dans la région.
Pourquoi la Turquie est un médiateur crédible ?
Ankara est membre de l’OTAN, partage une frontière directe avec l’Iran, craint qu’un affrontement avec l’Occident ne plonge le pays dans le chaos, voire la guerre civile, redoute l’effondrement de son puissant voisin et est convaincue que, même en déployant toute sa puissance, les États-Unis ne pourraient pas renverser la République islamique d’un seul coup. Face à l’exclusion des pays européens de toute médiation, due à leur position de plus en plus dure envers l’Iran et aux sanctions imposées à de nombreux dirigeants du régime et aux Pasdaran, la Turquie demeure une voie de négociation valable.
Araghchi comparaît devant Fidan afin de donner corps à l’invitation initiale d’Erdogan, qui proposait même de réunir virtuellement le président américain Donald Trump et son homologue iranien Massoud Pezeshkian autour d’une même table, par le biais d’un appel direct à trois, pour entamer de nouvelles négociations nucléaires.
Le blocus américain contre l’Iran
Le ministre des Affaires étrangères, à la demande du président, était le médiateur clé avant l’attaque israélienne de juin et, au cours des deux mois précédents, avait cherché, avec l’envoyé américain Steve Witkoff, la voie d’un nouvel accord nucléaire.
Aujourd’hui, la pression américaine est plus intense qu’au printemps dernier : les États-Unis exigent une dénucléarisation complète, l’arrêt du programme de missiles et la fin du soutien aux alliés régionaux de l’Iran. Il s’agit donc, en substance, d’une capitulation sans condition de la République islamique et d’une occasion de mettre à nu toutes les vulnérabilités du pays. Araghchi, qui en septembre avait tenté de négocier un nouvel accord avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sous l’égide de l’Égypte, se tourne désormais vers la Turquie pour obtenir son soutien afin d’entamer de nouvelles négociations dans un esprit plus pragmatique.
Turquie-Iran : La médiation au dernier moment
« Si Ankara ne prétend pas pouvoir résoudre tous les différends entre les États-Unis et l’Iran, elle estime qu’un engagement diplomatique, même limité, peut apaiser les tensions et prévenir une escalade », note le Caspian Post, ajoutant qu’Ankara « estime que la question nucléaire iranienne demeure le point de départ le plus concret pour la reprise des pourparlers » et que « les responsables turcs ont maintes fois affirmé que des progrès sur ce front pourraient contribuer à apaiser les tensions plus générales et à réduire le risque de conflit ».
Ces derniers jours, Araghchi a rencontré les chefs de la diplomatie saoudienne et qatarie. Sa visite en Turquie doit être considérée comme parallèle au voyage simultané de responsables saoudiens et israéliens à Washington pour échanger des informations sur d’éventuelles attaques contre la République islamique, qui semblent de plus en plus imminentes. La Turquie est sans doute l’opposant le plus farouche aux frappes contre l’Iran, soutenue sur ce point par de nombreux pays arabes et du Golfe. Israël, son rival stratégique par excellence, semble quant à lui moins confiant après son attaque de juin.
Des négociations de dernière minute
À la mi-janvier, Araghchi, rencontrant Witkoff puis s’adressant directement aux Américains sur Fox News, est parvenu à négocier un moratoire sur les frappes américaines et à présenter la pacification interne de l’Iran, obtenue au prix d’une répression féroce, comme un fait accompli, éliminant ainsi les causes profondes de ces frappes. Par la suite, Trump a persisté, cherchant la confrontation. Le sentiment général est qu’une guerre, à ce stade, ne sert les intérêts de personne et que Trump porte une lourde responsabilité. Fidan écoutera Araghchi pour voir si Erdogan, un dirigeant jouissant d’une crédibilité considérable aux yeux du président américain, pourrait intervenir au dernier moment pour éviter la guerre. Ceci confirme l’importance stratégique de la Turquie, qui joue un rôle de plus en plus central au Moyen-Orient.

Une attaque contre l’Iran se profilerait donc. Après les menaces de Trump, celles de Marco Rubio ont été mises à exécution. Lors d’une audition au Sénat, il a déclaré que le renforcement de la présence militaire au Moyen-Orient était nécessaire pour protéger les forces déjà stationnées dans la région d’une éventuelle attaque iranienne, qui n’a jamais été une préoccupation, et pour lancer une frappe préventive, si nécessaire, si les États-Unis disposaient d’informations en ce sens.
Néoconservateur de seconde zone — chose totalement différente du luciférien Bolton, porte-parole de ces cercles sous la précédente administration Trump —, le chef du département d’État n’a même pas réussi à concocter une propagande vaguement plausible pour justifier ses préparatifs de guerre. En effet.
Il subsiste quelques lueurs d’espoir. Si vous souhaitez tenter d’en préserver une, aussi infime soit-elle, vous pouvez vous pencher sur la publication de Trump sur Truth Social qui, outre l’accord proposé (voir note précédente), semblait contenir des indices allant dans ce sens.
Premièrement, comme l’a également rapporté le New York Times, Trump a axé sa demande de négociations uniquement sur l’arrêt de l’enrichissement d’uranium, sans faire mention de la répression antérieure des manifestations et des tentatives de changement de régime, malgré ses déclarations précédentes sur le sujet.
Criminaliser Téhéran aurait empêché tout dialogue, qui demeure donc possible. Par ailleurs, la publication de Trump ne fait aucune mention du désarmement de Téhéran concernant son système de missiles ni de la rupture de ses liens avec ses alliés régionaux, demandes formulées il y a quelques jours par son envoyé spécial, Steve Witkoff.
Ces exigences sont inacceptables pour Téhéran, d’une part parce que ces alliances transcendent la géopolitique, puisant leurs racines dans un héritage politique, historique et religieux qui rend ces liens indissociables et existentiels ; d’autre part parce que demander à Téhéran d’éliminer son système de missiles revient à appeler à sa désintégration, car il deviendrait une proie facile pour Israël et les manœuvres de déstabilisation qui visent depuis longtemps à fragmenter le pays selon des lignes de fracture ethniques.
Ainsi, le message de Trump, dans sa folie agressive, laisse la porte ouverte à de nombreuses interprétations. De plus, une référence assez particulière dans ce message, que nous avons soulignée dans la note susmentionnée sans toutefois la mentionner explicitement, semble intéressante. En effet, Trump a qualifié les forces américaines massées dans la région d’« armada », un terme qui évoque immanquablement l’invincible Armada espagnole, coulée lors de sa tentative de conquête de l’Angleterre.
Nous pensons que Trump n’a pas choisi ce terme par manque de pertinence historique, mais que celui qui l’a choisi pour lui – certainement intentionnellement – a dû lui en expliquer la signification et obtenir son approbation. Il convient donc de le considérer comme une de ses propres œuvres.
Il est possible que ce choix relève d’une négligence tragi-comique, mais il pourrait aussi s’agir d’un signal adressé à l’Iran pour qu’il ne prenne pas les menaces trop au sérieux, renforçant ainsi l’appel au dialogue (par le passé, Trump a utilisé des codes étranges dans ses messages).
Espérant la seconde option, le choix absurde demeure, faisant écho à une défaite historique qui marqua le déclin irréversible de l’Empire espagnol, dont les routes maritimes furent fermées après le naufrage de l’Armada. Un terme évocateur, assurément.
Non pas que l’Iran ait la capacité de gagner cette guerre, si guerre il y a. Cependant, il reste à voir si une agression d’une telle ampleur – car l’Iran n’est pas l’Irak – n’est pas trop risquée pour l’empire américain déclinant et pour un Israël qui, après tant de guerres, montre des signes d’usure (masqués pour l’instant par des triomphes sanglants, une exaltation idéologique et messianique, et une puissance technologique incontestable, qui lui donnent l’impression d’habiter une réalité virtuelle ; mais la réalité finit toujours par rattraper son retard).
Ce ne sont pas seulement les capacités balistiques de l’Iran qui constituent un enjeu crucial dans cette aventure sanglante, mais aussi la fermeture du détroit d’Ormuz, qui aurait des répercussions sur le commerce mondial et la déstabilisation régionale qui en résulterait, une situation qu’Israël pourrait avoir du mal à maîtriser (et qui, de surcroît, aurait des répercussions mondiales). Pour reprendre les mots du président du Parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf : « M. Trump peut peut-être déclencher une guerre, mais il n’en aurait pas le contrôle.»
C’est cette lueur d’espoir que nous continuons d’entretenir malgré les informations défavorables. Une lueur que nous nous autorisons également en nous appuyant sur les déclarations de M. Qalibaf lors d’une interview accordée à CNN, où il a maintenu la porte ouverte au dialogue. Et sur un article publié sur X par le vice-ministre iranien des Affaires étrangères chargé des Affaires juridiques et internationales, Kazem Gharibabadi, qui a indiqué que son pays et les États-Unis échangeaient des messages par l’intermédiaire de l’agence Tansim.
Jeudi passé, le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, s’est rendu en Russie pour rencontrer Vladimir Poutine. Au Moyen-Orient, personne, hormis Netanyahu et ses alliés, ne souhaite cette guerre. Les dirigeants régionaux sont conscients des conséquences catastrophiques qu’elle pourrait engendrer. La visite de Ben Zayed à Moscou a des allures de plaidoyer désespéré. Le tsar, quant à lui, ne cesse de réaffirmer sa volonté de médiation.
Mais Trump, après s’être tant plié aux diktats de Netanyahu et des néoconservateurs et les avoir contraints à agir de la sorte, peut-il se retirer sans combattre ? De plus, il semble improbable que le scénario de juin se répète, lorsque l’attaque symbolique a été suivie d’une riposte tout aussi symbolique. Le temps presse.
La Turquie optimiste veut éviter le pire !
Prêts pour les négociations comme évoqué plus haut dans notre sujet, mais aussi pour la guerre. Abbas Araghchi, à Ankara, ne cache pas la position de l’Iran dans la confrontation au Moyen-Orient avec Washington. Le ministre iranien des Affaires étrangères, en Turquie, a rencontré son homologue Hakan Fidan et le président Recep Tayyip Erdogan, figures de proue de la médiation la plus récente, et peut-être la plus ambitieuse, visant à mettre fin à la menace de guerre entre Washington et Téhéran, six mois après l’offensive israélienne contre la République islamique lors de la guerre des Douze Jours.
On sent qu’un week-end crucial pour l’avenir des relations américano-iraniennes est sur le point de commencer. Et que la possibilité de nouvelles négociations, que même le président américain Donald Trump a soutenue, n’est pas écartée, mais que beaucoup reste à faire.
« Nous sommes prêts, aussi bien pour la guerre que pour les négociations », a déclaré Araghchi après sa rencontre avec Fidan, ajoutant toutefois : « L’Iran n’acceptera pas de diktats. Nous sommes prêts au dialogue. Nous accepterons les négociations, mais les États-Unis doivent comprendre que les négociations ne peuvent pas commencer par des menaces. » Un message à peine voilé indiquant que Téhéran apprécie davantage les efforts de l’envoyé spécial Steve Witkoff que ceux de Trump, qui visent à renforcer la pression militaire et politique maximale après la répression des manifestations du début d’année.
Araghchi a obtenu le soutien de Fidan : « Les négociations nucléaires entre les États-Unis et l’Iran doivent être relancées », a déclaré le diplomate turc, soulignant que « ces efforts seront fructueux pour toutes les parties concernées ». Il a ajouté qu’à son avis, les sanctions contre l’Iran devraient être levées. Il a relancé son idée d’un mécanisme d’intégration turco-arabo-iranien similaire à l’Union européenne au Moyen-Orient et a critiqué Israël pour avoir « tenté de convaincre les États-Unis d’intervenir en Iran ».
Dans ce contexte, il convient de souligner comment Ankara tente de maintenir une médiation de la dernière chance, alors que l’Union européenne aurait pu intervenir diplomatiquement, après s’être exclue de toute possibilité de dialogue suite à sa décision d’exercer une pression maximale sur l’Iran. La Turquie ne souhaite pas voir son environnement extérieur immédiat s’embraser, et la perspective d’une guerre américano-iranienne risque de concrétiser cette menace. L’influence turque, si souvent manifeste durant le second mandat de Trump, permettra-t-elle d’initier des négociations ? La position intransigeante de Washington et de Téhéran s’atténuera-t-elle ? Autant de questions qui restent sans réponse, tandis que le Moyen-Orient retient son souffle. Et l’ombre de la guerre plane toujours.

L’Iran pour faire oublier le dossier Epstein ?!
Le département de la Justice américain a rendu public le plus important lot de documents jamais publié concernant Jeffrey Epstein, le délinquant sexuel présumé décédé en prison, apparemment par suicide, au Metropolitan Correctional Center de New York le 10 août 2019. Epstein entretenait des liens étroits avec l’élite financière et politique mondiale, ainsi qu’avec les services de renseignement et de sécurité israéliens.
Ce lot comprend plus de trois millions de pages, 2 000 vidéos et 180 000 images, portant le volume total des documents divulgués à environ 3,5 millions de pages. Selon le procureur général adjoint Todd Blanche, il s’agit probablement de la dernière publication majeure de documents concernant Epstein, une affaire qui continue de susciter la suspicion et la controverse malgré la mort du magnat en 2019. La publication de ces documents avait été ordonnée par le Congrès en novembre dernier.
Comme le rapporte le New York Times, ces documents offrent un aperçu détaillé des relations d’Epstein avec des personnalités influentes du monde de la finance, de la politique et du divertissement, confirmant ainsi les liens étroits du magnat avec l’élite mondiale. Parallèlement, d’autres détails, moins connus et rarement abordés par les grands médias, émergent concernant ses liens avec les services de renseignement israéliens, notamment le Mossad.
Gates, Trump, Musk : Les figures influentes du « réseau » d’Epstein ?!
La plupart des documents déclassifiés portent sur les interactions d’Epstein avec des personnalités influentes, notamment des courriels, des SMS, des articles de presse et des rapports d’enquête détaillant ses relations avec des milliardaires et des dirigeants politiques. On découvre par exemple des échanges de courriels avec Bill Gates en 2013, dans lesquels Epstein suggérait une implication dans des relations extraconjugales et la fourniture de drogue pour « gérer les conséquences de ses relations sexuelles avec des jeunes filles russes ». La Fondation Gates a qualifié ces allégations d’« absolument absurdes et complètement fausses ».
D’autres révélations concernent Howard Lutnick, alors secrétaire au Commerce, qui avait prévu de se rendre sur l’île privée d’Epstein en 2012, malgré ses affirmations selon lesquelles il avait rompu tout contact avec lui vers 2005. Lutnick a déclaré ne pouvoir faire de commentaires sans avoir consulté les documents.
Des échanges de messages entre Epstein et Elon Musk entre 2012 et 2014 montrent des tentatives d’organiser des rencontres en Floride ou dans les Caraïbes, Epstein invitant Musk à se rendre sur son île. Musk a nié avoir accepté, déclarant sur les réseaux sociaux avoir décliné l’invitation.
Les documents mentionnent également Donald Trump dans au moins 4 500 pièces, dont un résumé du FBI portant sur plus d’une douzaine de signalements non vérifiés du public, incluant des allégations d’agressions sexuelles. Le ministère de la Justice a précisé que nombre de ces documents pourraient être falsifiés ou contenir des images manipulées, et Trump a nié toute malversation.
Par ailleurs, des courriels échangés entre Epstein et le milliardaire britannique Richard Branson ont été découverts, suggérant une relation familiale fondée sur des intérêts communs, notamment avec les femmes.
Ces éléments présentent Epstein comme un facilitateur de puissants réseaux sociaux, souvent liés à des soirées et à des rencontres controversées avec de jeunes femmes. Le ministère a expurgé les images de toutes les femmes impliquées, à l’exception de Ghislaine Maxwell, la partenaire d’Epstein condamnée pour trafic sexuel, afin de protéger les victimes.
Cependant, certaines survivantes d’abus ont critiqué la publication de ces nouveaux documents, estimant qu’elle ne suffit pas à traduire les complices en justice et qu’elle divulgue des informations personnelles sur les victimes tout en protégeant leurs agresseurs.
« Somaliland » et liens avec les services de renseignement
Alors que les médias traditionnels se sont concentrés sur les liens d’Epstein avec des célébrités et des personnalités politiques, un aspect moins abordé ressort des documents et rapports connexes : les liens d’Epstein avec les services de renseignement israéliens. Cette hypothèse, que nous avons largement traitée sur Divergence Politique dans plusieurs articles, semble être confirmée par les nouveaux documents.
Un rapport du FBI (FD-1023), basé sur une source humaine confidentielle (CHS), indique qu’Epstein était lié à des réseaux d’influence israéliens. Alan Dershowitz, son avocat et professeur à Harvard, y est décrit comme ayant été coopté par le Mossad. Dershowitz aurait déclaré au procureur Alex Acosta qu’Epstein « appartenait aux services de renseignement américains et alliés » et qu’il entretenait des contacts très étroits avec les services de renseignement israéliens par l’intermédiaire d’Ehud Barak, ancien Premier ministre et homme fort de l’appareil sécuritaire de Tel-Aviv.
Le rapport suggère qu’Epstein a utilisé ses activités pour recueillir des informations compromettantes sur des membres de l’élite mondiale, une tactique bien connue des services de renseignement.
Le document affirme que Donald Trump est « compromis par Israël », et que Jared Kushner, son gendre, est présenté comme le véritable cerveau de la présidence, impliqué dans des opérations parallèles à celles du Département d’État. « Le mouvement Chabad fait tout son possible pour s’emparer de la présidence Trump », peut-on lire.
Le document fait référence à Chabad-Loubavitch, l’un des mouvements les plus importants et les plus répandus du judaïsme orthodoxe contemporain, notamment au sein de la branche hassidique. Les liens de Jared Kushner et d’Ivanka Trump avec Chabad sont notoires : la famille Kushner a fait d’importants dons à des institutions Chabad et fréquente une synagogue Chabad à Washington, D.C.
D’autres documents publiés ces dernières heures montrent également qu’Epstein discutait des opportunités stratégiques au Somaliland – ressources en eau, concessions pétrolières et centres médiatiques – anticipant ce qui s’est récemment produit avec l’indépendance de cet État sécessionniste vis-à-vis de la Somalie, reconnue par Israël, et avec Tel Aviv qui s’efforce de réaliser son projet de base militaire dans la Corne de l’Afrique.
Est-ce la fin de l’histoire ?
La publication des documents ne suffit pas à apaiser la soif de vérité du public, comme l’a admis le procureur général adjoint Todd Blanche : « Il y a une soif d’information que ces documents ne permettront pas de satisfaire.» Parallèlement, des démocrates et des républicains, dont les représentants Thomas Massie et Ro Khanna, ont réclamé un accès complet aux documents.
En réalité, le ministère a retenu environ 200 000 pages au motif qu’elles étaient protégées par le secret professionnel ou contenaient des informations sensibles. Si l’aspect voyeuriste fait les gros titres, les liens avec les services de renseignement laissent penser que l’affaire Epstein dépasse largement le cadre du scandale sexuel déjà grave, et affecte profondément les réseaux de pouvoir mondiaux.
Des investigations complémentaires pourraient permettre de déterminer si Epstein n’était qu’un prédateur sexuel ou s’il faisait partie d’un réseau bien plus vaste. Pour l’heure, ces documents offrent un aperçu troublant de la vie controversée de ce financier, décédé en 2019 d’un suicide apparent et « étrange ».
Tous ces sujets semblent différents et pourtant tellement liés… Difficile en tout cas dr prévoir si l’Iran sera à nouveau touché ou que les Américains se contenteront juste de menaces.

L’Iran, République islamique : perspectives à la croisée des chemins entre paix et guerre !
Ce sont du reste des jours cruciaux pour la République islamique d’Iran, appelée à déterminer si la perspective d’une intervention militaire américaine sur son sol est plausible. Elle cherche également à relancer le dialogue avec Washington, dialogue dans lequel la Turquie, sous la direction de Recep Tayyip Erdogan et Hakan Fidan, s’est imposée comme évoqué dans l’article comme le principal facilitateur. Ils ont reçu le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, à Ankara.
Ankara craint un scénario chaotique dans un pays déjà secoué par des semaines de manifestations antigouvernementales, à l’instar d’autres États de la région. Elle ne souhaite laisser aucune place à son rival israélien sur la scène moyen-orientale, consciente qu’une crise ou un effondrement de l’Iran dirigé par l’ayatollah Ali Khamenei créerait un vide immense au cœur de l’arc de crises qui s’étend de la mer Rouge au Pamir et à l’Hindou Kouch, et du Liban au Yémen. Parallèlement, les pays arabes de la région dissuadent les États-Unis d’intervenir.
La voie étroite de Trump vers une frappe contre l’Iran
De plus, pour Donald Trump et l’administration américaine, la marge de manœuvre pour exercer une pression sur l’Iran est fortement asymétrique par rapport à la phase initiale des manifestations. Parallèlement, la volonté de conclure un accord nucléaire et de préserver l’avenir de l’Iran, clairement préjudiciable à Téhéran, a primé sur toute prise de position rhétorique concernant un possible changement de régime ou la lutte pour la démocratie en Iran.
Reza Cyrus Pahlavi, souvent présenté comme un homme d’opposition, a complètement disparu de la scène politique, et le débat ne porte plus sur la répression des manifestations ni sur le nombre de morts (dont les chiffres sont désormais si incohérents qu’ils incitent à la prudence), mais plutôt sur la possibilité d’une reprise de la pression militaire américaine là où elle s’était arrêtée en juin 2025. L’effondrement de l’accord nucléaire, l’offensive israélienne, le raid américain contre les sites nucléaires iraniens (opération « Midnight Hammer ») et le cessez-le-feu après douze jours de combats indécis ont instauré un climat de tension et de rivalité.
Le régime iranien ne s’effondre pas
Malgré de lourdes pertes et la décapitation de son haut commandement militaire par des frappes israéliennes, l’État iranien n’a pas cédé. Le pari américain de précipiter sa chute en cas d’attaque apparaît désormais tout aussi risqué.
Comme l’a souligné l’ambassadeur Marco Carnelos dans Middle East Eye, « l’effondrement de l’État iranien, dont rêvent certains faucons américains et israéliens dans leurs fantasmes les plus fous, est une perspective bien plus terrifiante pour la stabilité de la région que l’ordre actuel sous le joug de la République islamique. » De plus, une attaque extérieure consoliderait le pouvoir à Téhéran au lieu de le fragmenter.
Historiquement, les Iraniens ont toujours été réfractaires à toute influence ou hégémonie étrangère. Une tentative de changement de régime pourrait facilement se retourner contre ses partisans. Une fois de plus, il est bon de se souvenir des dures leçons de l’Irak.
Des incertitudes planent sur l’Iran de demain
Comme nous l’avons souligné à maintes reprises, l’Iran est plongé dans une grande incertitude. Nous ignorons l’ampleur des manifestations encore en cours et leur répression sanglante ; nous n’avons aucune idée précise du nombre de victimes et nous ne savons pas si la répression, déjà brutale, menée par les Pasdaran et les Bassidj, a été aggravée par les morts causées par les affrontements armés et d’éventuelles insurrections internes. Il convient d’évaluer la nouvelle composition du pouvoir en Iran après ces semaines de manifestations.
Il convient également d’évaluer dans quelle mesure le président Massoud Pezeshkian et les appareils auxquels Araghchi fait référence maintiennent le cap, et dans quelle mesure la nouvelle phase de répression a renforcé le pouvoir du Corps des gardiens de la révolution islamique, dirigé par Mohammad Pakpour, après l’assassinat d’Hossein Salami pendant la guerre des Douze Jours. De plus, il faut déterminer si, face aux protestations, Pezeshkian est finalement parvenu, avec ses promesses de réformes économiques, ses efforts pour accorder des subventions aux classes les plus défavorisées et son engagement à lutter contre l’inflation, à cibler un groupe au sein duquel il pouvait gérer le mécontentement de manière pragmatique.
Une attaque renforcerait le régime.
Parallèlement, il est essentiel de comprendre à quel point il est clair, au sein de l’appareil de la République islamique, que, indépendamment de la perspective d’un affrontement avec les États-Unis, le système de pouvoir iranien actuel est désormais un système instable et qu’il nécessite une restructuration profonde, tant sur le plan économique que social. La République islamique a une date d’expiration qui coïncide avec la fin de la période où Ali Khamenei, symbole de l’institution fondée par Rouhollah Khomeiny et au pouvoir pendant près de 46 ans (président de 1980 à 1989, Guide suprême depuis 1989), ne sera plus en mesure d’exercer le leadership et la coordination.
Il est essentiel de se préparer à cette transition, de comprendre si le système poursuivra sur sa lancée ou si des changements stratégiques se concrétiseront, allant d’une possible évolution militaire centrée sur les Pasdaran à une transition collégiale du pouvoir théocratique. Cependant, les revendications de plus en plus pressantes exprimées par la rue et la société ne sauraient être considérées comme le seul produit d’influences extérieures et démontrent la nécessité d’une évolution structurelle.
Paradoxalement, une attaque américano-israélienne donnerait à un système contradictoire et en difficulté le temps et le répit nécessaires pour se réorganiser. Carnelos remarque qu’« il semble difficile de trouver, au sein des structures de pouvoir et de sécurité iraniennes, des personnes prêtes à trahir l’ayatollah Ali Khamenei, comme l’ont fait les conseillers les plus fidèles du président vénézuélien Nicolas Maduro à Caracas au début du mois ». Et il sera encore plus difficile de les trouver si Washington choisit la voie de la guerre, ce qui poussera inévitablement le pays à se rallier derrière le drapeau.
* Photo de couverture de l’article générée par l’intelligence artificielle

