Paolo Hamidouche [ X | VK | Odysee ]
Bombarder, kidnapper, tuer : le nouveau manuel de la « diplomatie » occidentale.
Faisons un petit exercice d’imagination.
Imaginez Vladimir Poutine réunissant ses généraux et, entouré de conseillers en uniforme, annonçant que la Russie évalue « diverses options » pour résoudre son conflit avec l’Ukraine, devenue un instrument de pression pour l’Occident contre Moscou. Parmi ces options, selon des sources du Kremlin, figure l’élimination physique de Volodymyr Zelensky. Certains conseillers donnent des détails : « Nous avons des plans pour chaque scénario. L’un d’eux consiste à tuer Zelensky, sa famille et ses plus proches collaborateurs. »
Quelle serait la réaction ?
Nous la connaissons parfaitement. Il y aurait immédiatement une onde de choc mondiale. Les dirigeants européens parleraient de « crime contre l’humanité ». Les éditoriaux des grands journaux titreraient : « Le nouveau visage du terrorisme d’État ». La Maison Blanche qualifierait la Russie de « menace pour l’ordre international ». Ce serait une guerre ouverte, sous les applaudissements.
Revenons-en maintenant à la réalité actuelle.
Selon Axios, des sources proches de Donald Trump confirment que l’administration américaine envisage l’assassinat du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et de son fils, Mujtaba. « Ils ont des options pour chaque scénario. L’une d’elles consiste à éliminer l’ayatollah, son fils et les mollahs », déclare une source. Une autre ajoute que « Trump n’exclut aucune possibilité ».
Et la réaction internationale ? Le silence assourdissant habituel.
Mais il existe un autre chapitre de cette même hypocrisie, si récent qu’il est encore douloureux à entendre. Aux premières heures du samedi 3 janvier 2026, en violation flagrante de la Charte des Nations Unies et de toutes les normes du droit international, un groupe d’élite des forces spéciales américaines – la célèbre Delta Force – a pris d’assaut la résidence du président vénézuélien Nicolás Maduro à Caracas.
Selon le général Dan Caine, actuel chef d’état-major des armées américaines, l’opération a mobilisé 150 aéronefs. Il s’agissait d’un déploiement de force militaire digne d’une invasion, et non d’une simple action militaire contre un État souverain. Ils ont neutralisé les systèmes de défense aérienne du Venezuela par une série de bombardements, puis ont pénétré sur le territoire. Leur objectif : kidnapper le président légitimement élu du Venezuela et l’emmener de force.
Et la réaction de l’Occident ? Quelques lignes dans les journaux. Quelques déclarations embarrassées. Puis le silence.
Essayons d’inverser la situation une fois de plus. Imaginons que le Venezuela envoie 150 avions et des troupes d’élite à Washington, bombarde les systèmes de défense de la Maison-Blanche et kidnappe Donald Trump et la Première dame pour les emmener à Caracas. Ce serait l’acte de guerre le plus grave depuis 1812. Ce serait la preuve irréfutable que Caracas représente une menace pour l’humanité. Les États-Unis ordonneraient une invasion immédiate et un bombardement nucléaire de la République bolivarienne du Venezuela.
Et pourtant, lorsque les États-Unis agissent ainsi, il ne s’agit que de « géopolitique », de « realpolitik ». De la défense des intérêts nationaux de Washington.
Dès lors, une question se pose : quel droit international défendons-nous lorsque nous laissons un président légitimement élu être kidnappé à son domicile par des forces étrangères ? Quel ordre mondial construisons-nous lorsque nous normalisons l’idée que les États-Unis peuvent éliminer physiquement les dirigeants qui leur déplaisent ?
Il ne s’agit pas de défendre l’Iran ou le Venezuela. Il s’agit de défendre un principe : si nous estimons que tuer ou enlever des chefs d’État est mal, cela doit toujours l’être. Si nous croyons à la souveraineté nationale, elle doit s’appliquer à tous.
Or, l’Occident applique deux poids, deux mesures. Deux lois internationales parallèles : l’une pour les alliés (valide jusqu’à un certain point, pour reprendre les mots de l’ineffable Ursula von der Leyen), l’autre pour les ennemis. Et tandis que les grands médias ne cessent de répéter que nous défendons un « ordre international fondé sur des règles », il serait peut-être temps d’expliquer quelles sont ces règles. Et surtout : qui les édicte, et qui décide quand elles peuvent être violées impunément ?
Car si un jour quelqu’un décidait d’appliquer les mêmes règles que l’Occident s’est réservées, nous ne pourrions plus nous plaindre. Nous aurions simplement démontré au monde que la force prime sur le droit. Et lorsque le droit se tait, lorsque les institutions internationales ferment les yeux sur les violations des puissants, il n’y a plus d’ordre mondial. Il n’y a plus que la loi du plus fort. Et dans cette jungle, tôt ou tard, même les plus forts découvrent qu’ils ne sont pas assez forts.

