Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]
SoftBank lance le plan d’investissement de 75 milliards d’euros de Macron dans l’IA en France, un record européen. Des financements hors UE sont nécessaires.

Emmanuel Macron a accueilli des chefs d’entreprise internationaux au château de Versailles lundi passé. Ils se sont rendus dans l’ancien siège de la monarchie pour le sommet Choose France, dédié à l’attraction des investisseurs internationaux. Ce sommet offre 75 milliards d’euros de raisons de se réjouir : c’est le montant, en euros, de l’investissement que le fonds japonais SoftBank, l’un des leaders mondiaux de l’innovation technologique, s’est engagé à réaliser en France pour la plus grande usine d’intelligence artificielle jamais construite en Europe.
Investissement de SoftBank en France
Dans un premier temps, SoftBank mobilisera 45 milliards d’euros, via des financements directs et des emprunts, pour développer une infrastructure informatique de 3,1 gigawatts dans les Hauts-de-France, plus précisément près de Dunkerque. Cette région, durement touchée par la désindustrialisation, a récemment bénéficié de promesses d’investissement : 1,3 milliard d’euros d’ArcelorMittal pour une nouvelle aciérie à four électrique, et plus de 5 milliards d’euros de la société taïwanaise ProLogium pour la construction de batteries à semi-conducteurs.
SoftBank, fondée et dirigée par le magnat Masayoshi Son, qui a rencontré Emmanuel Macron à Tokyo en avril, promet de décupler ces chiffres impressionnants, comme seul le monde de l’IA peut le faire aujourd’hui. Un investissement supplémentaire de 30 milliards d’euros pourrait porter la puissance de calcul totale à 5 GW.
Comme le souligne le Financial Times, SoftBank ne sera pas le seul acteur de cette initiative : « Selon les estimations du secteur, le coût de chaque GW d’infrastructure d’IA avoisine les 50 milliards de dollars, incluant le terrain, la construction, l’énergie et les équipements informatiques. » Pour atteindre 3 à 5 GW, les dépenses totales devront donc au moins tripler. À cet égard, Emmanuel Macron compte sur SoftBank pour mobiliser son expertise dans la création d’alliances technologiques, industrielles et financières.
Le partenariat avec Schneider Electric
Masayoshi Son a choisi Schneider Electric, un acteur majeur de l’industrie française, comme partenaire pour l’ingénierie et la conception du projet. L’un des sites qui accueillera les centres de données sera une ancienne centrale nucléaire appartenant à EDF, entreprise publique française. SoftBank confirme ainsi sa position d’acteur mondial incontournable des technologies d’IA. Son, financier visionnaire et réputé pour ses investissements audacieux, était à la Maison-Blanche pour Donald Trump le 21 janvier 2025, deuxième jour de l’investiture de ce dernier, afin d’annoncer, aux côtés de Sam Altman, PDG d’OpenAI, et de Larry Ellison, directeur d’Oracle, le projet Stargate, destiné à accroître la puissance de calcul des États-Unis de 500 milliards de dollars. Il préside la société Stargate LLC, basée dans le Delaware, qui devrait concrétiser ce projet d’ici 2029, après avoir signé des accords à l’échelle mondiale.
Stargate à l’échelle mondiale et le rôle de l’Europe
Après avoir inauguré cinq sites en construction aux États-Unis, Stargate, à l’initiative de Son, s’est implanté aux Émirats arabes unis grâce à un partenariat entre l’entreprise locale G42, les trois géants du projet initial et des acteurs majeurs tels que Nvidia et Cisco. En octobre 2025, un projet de centre de calcul OpenAI-Sur Energy a été élaboré en Argentine dans le cadre de ce même projet. L’expansion de l’IA, dont Son est l’un des directeurs, est désormais tricontinentale et recherche un terrain fertile en Europe, visant à exploiter, d’une part, les capacités économiques et financières qui font défaut sur le Vieux Continent et, d’autre part, les opportunités commerciales que peuvent offrir des pays comme la France.
L’Europe accuse un certain retard dans le développement des langages d’IA, même si la France, avec Mistral, constitue une exception notable. Cependant, la France dispose des infrastructures industrielles et économiques nécessaires pour développer l’inférence algorithmique et trouver des marchés pour ceux qui s’appuieront sur la puissance de calcul développée par SoftBank une fois pleinement opérationnelle d’ici 2031. Ce scénario est assurément intéressant, et la France peut sans conteste revendiquer sa place de pays le plus attractif d’Europe pour des investissements de cette envergure, tout en reconnaissant qu’il serait difficile pour un acteur de l’Union européenne de prendre des engagements aussi similaires. L’échelle, le capital et les capacités d’intégration restent entre les mains des puissances financières et technologiques associées au système américain, dont SoftBank, bien que portant techniquement la bannière japonaise, est un acteur majeur. Le sommet « Choose France » s’ouvrira donc sur un succès significatif pour la France, qui ne doit toutefois pas occulter la position plus modeste de l’Europe dans la course mondiale à l’IA. C’est précisément ce que souligne l’ampleur des investissements annoncés.

