Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]
Donald Trump en sait beaucoup plus sur les affaires que l’histoire, et en choisissant de signer l’armistice (désormais appelé « mémorandum ») avec l’Iran au château de Versailles, scellé à distance par le dirigeant iranien Massoud Pezeshkian, il l’a pleinement démontré. Versailles 1919 – Versailles…

Donald Trump en sait beaucoup plus sur les affaires que l’histoire, et en choisissant de signer l’armistice (désormais appelé « mémorandum ») avec l’Iran au château de Versailles, scellé à distance par le dirigeant iranien Massoud Pezeshkian, il l’a pleinement démontré.
Versailles 1919 – Versailles 2026
À Versailles, en 1919, l’Allemagne signait le traité de paix d’après-guerre, qui prévoyait également de lourdes réparations pour les puissances de l’Entente. Aujourd’hui, Trump, président américain chez qui le coule coule également du sang allemand, comme le chancelier Friedrich Merz le lui a rappelé lors du G7 en lui offrant un maillot de l’équipe nationale de football, a signé dans l’ancien palais des rois de France un accord qui ouvre la voie, en cas de paix durable, à un fonds de 300 milliards de dollars « pour la reconstruction et le développement économique de la République islamique d’Iran ». La ruse d’Emmanuel Macron, qui a inclus le dîner de gala à Versailles dans le calendrier du G7 à Évian comme ultime manœuvre pour retenir Trump en France, a produit ce résultat, bien mis en lumière sur X par l’analyste et commentateur Arnaud Bertrand.
Nous parlons d’un passage symboliquement important pour certifier un fait : au-delà de la rhétorique, la lecture du texte du mémorandum révèle qui peut être considéré comme le vainqueur sur le plan des points lors de la troisième guerre du Golfe et qui a cherché à s’en retirer.

L’Iran affiche le sourire
Dans cette première phase, l’Iran affiche effectivement un sourire : outre le fonds susmentionné, il présente la réouverture du détroit d’Ormuz comme une concession, sous réserve d’éventuelles missions internationales de déminage. Il obtient, par écrit, la possibilité de gérer conjointement avec Oman « l’administration future et les services maritimes dans le détroit d’Ormuz ». Il tire également profit de la perspective d’une feuille de route pour la levée des sanctions en échange de concessions qui, à y regarder de plus près, apparaissent très similaires à celles que Téhéran était prêt à faire avant même les deux guerres qu’il a menées contre les États-Unis et Israël, en juin 2025 et de février à avril 2026. Ces concessions comprennent un engagement à ne pas développer d’armes nucléaires, l’ouverture à des négociations techniques pour établir des quotas d’enrichissement maximaux et l’élimination d’une partie des matières nucléaires stockées selon les conditions de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Donald Trump devra se justifier face à la perspective d’avoir signé un accord bien pire que celui qu’il a dénoncé en 2018, conclu par Barack Obama en 2015. La guerre déclenchée conjointement par les États-Unis et Israël fut un désastre stratégique où, malgré leur supériorité tactique, Washington et Tel-Aviv n’ont atteint aucun objectif. Le régime iranien demeure intact, le pays ne s’est pas soulevé, les stocks de missiles sont toujours disponibles et la guerre économique mondiale menée par Téhéran a causé de graves dommages. Pour Trump, le résultat militaire insatisfaisant et, surtout, les répercussions politiques et économiques d’une guerre impopulaire, annonciatrice de graves perturbations énergétiques ayant alimenté l’inflation (un épouvantail pour le président), ont motivé ce repli tactique, qui a conduit à un armistice temporaire. L’avenir nous dira si ce sera le prélude à une paix durable.
La crainte des guerres sans fin
La difficulté réside maintenant dans la nécessité d’élaborer des négociations nucléaires stratégiques et de prendre en compte l’impatience d’Israël, véritable perdant de la guerre, ainsi que les franges de l’administration et de l’appareil américains qui s’interrogent sur la pertinence de cet échec. Selon le politologue Trita Parsi, cela soulève une question délicate, sous-entendant qu’« une guerre vouée à l’échec doit se poursuivre jusqu’à ce que la situation sur le champ de bataille s’améliore et qu’un résultat plus favorable puisse être obtenu ». Ceci ouvre la voie au risque d’une « guerre sans fin », qui semble aujourd’hui davantage servir les intérêts du Premier ministre Benjamin Netanyahou que ceux de Donald Trump. Les États-Unis parviendront-ils à intégrer ce qui constitue, de fait, une défaite non reconnue, attestée par l’échec de leurs objectifs ? Comment leurs adversaires percevront-ils la perte de pouvoir de négociation inhérente aux concessions faites sur le détroit d’Ormuz et sur d’autres points où Téhéran obtient des concessions ? Et comment réagiront les alliés du Golfe, marginalisés dans le processus de négociation ?
L’esquive de Trump de ses responsabilités, présentée comme un pragmatisme pacifiste, constitue un expédient tactique à court terme pour Washington et son administration, dans l’attente des élections de mi-mandat de novembre. Cependant, à moyen et long terme, elle pourrait nuire à leur influence sur la scène internationale. En ce sens, on peut déjà affirmer que l’Iran a déjà bouleversé le monde. Quant à savoir si la signature du traité de Versailles ouvrira la voie à une paix durable, c’est une autre question. Les précédents du traité de 1919 sont loin d’être flatteurs, et éviter la tentation d’une « guerre sans fin » représente un défi pour Washington, un défi qui pourrait lui permettre de corriger rapidement ses erreurs.

