Paolo Hamidouche (@Paolino_84)
Les médias étasuniens ont révélé l’affrontement entre Trump et Zelensky à la Maison Blanche, au cours duquel des cris auraient été échangés et les cartes que le président ukrainien avait apportées pour marquer les cibles des Tomahawks qu’il avait exigées de son interlocuteur ont été dévoilées.
Le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, était présent à la réunion, portant une cravate rouge, blanche et bleue éclatante qui a irrité certains journalistes, qui ont supposé qu’il s’agissait des couleurs du drapeau russe. Lorsque le Huffington Post a demandé des explications au Pentagone, le porte-parole a répondu sèchement : « Ta mère la lui a achetée, et c’est une cravate patriotique américaine, espèce d’idiot. »
La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a répondu de manière similaire à une autre question de HP, concernant cette fois le lieu de la rencontre entre Poutine et Trump, Budapest étant considérée comme trop pro-russe.
Interrogée sur le choix du lieu, Leavitt a répondu : « Votre mère.». Depuis nous avons appris ce lundi qu’elle a été annulée sans qu’aucune des deux parties ne donne de véritables explications.
Cet échange témoigne du débat houleux suscité par la position de Trump sur le conflit ukrainien et de l’irritation de l’administration américaine face à l’obstructionnisme dont elle fait l’objet.
Ces manœuvres passent souvent inaperçues, mais elles n’en sont pas moins dangereuses pour la réussite de l’entreprise. Il suffit de constater la couverture médiatique retentissante du report par CNN du sommet entre le directeur du département d’État Marco Rubio et le ministre russe des Affaires étrangères Dmitri Lavrov, censé précéder la rencontre Trump-Poutine.
Comme si cet échec, à supposer que l’information soit vraie (Moscou l’a démentie), posait des défis insurmontables au sommet entre les deux présidents. Il n’en demeure pas moins que Rubio et Lavrov ont eu un entretien téléphonique hier sur la suite à donner à l’accord conclu la semaine dernière entre Poutine et Trump.
Le sabotage européen est plus évident : Zelensky a annoncé qu’avant le sommet de Budapest, il se rendrait à Londres pour rencontrer la « coalition des volontaires », qui milite pour la poursuite du conflit. De plus, lors d’une interview, il a déclaré que Trump ne pouvait pas traiter le conflit ukrainien comme celui de Gaza ; autrement dit, il ne pouvait pas imposer un cessez-le-feu.
Oui, Gaza ; là aussi, des efforts sont déployés pour rompre la trêve laborieusement imposée par Netanyahou, qui a tenté dimanche de la faire exploser en imputant au Hamas la mort de deux soldats de Tsahal.
Cette tentative a échoué grâce à l’intervention de Trump, qui a nié la responsabilité du Hamas, l’attribuant à des groupes rebelles. Selon le journaliste de Dropsite, Ryan Grimm, qui a rapporté une fuite, la Maison Blanche et le Pentagone « savaient que l’incident avait été causé par un bulldozer de colons israéliens heurtant des munitions non explosées ».
Mais savoir est une chose, le dire en est une autre. De nombreux incidents passés sont révélateurs, comme l’incident du Tonkin qui a déclenché l’intervention au Vietnam : bien que les États-Unis aient su qu’il n’y avait pas eu d’attaque préméditée contre le navire américain, ils ont utilisé ce prétexte pour attiser les flammes.
Dans ce cas précis, Trump a décidé de contredire Netanyahou, mais a choisi de ne pas révéler ce qui s’est réellement passé afin d’éviter une rupture radicale qui aurait suscité des réactions, même en interne.
Chaim Lavinson écrit dans Haaretz sur le bras de fer actuel entre Trump et Netanyahou, le premier étant déterminé à maintenir le cessez-le-feu (malgré de nombreuses menaces contre le Hamas). Selon Lavinson, cette confrontation à distance est relatée dans l’interview accordée à CBS dimanche dernier par Steve Witkoff et Jared Kushner, envoyés américains pour le Moyen-Orient.
Le message de l’interview était clair : [Witkoff et Kushner] gèrent la situation avec prudence et ne laisseront pas le cessez-le-feu s’effondrer. Les incidents à Gaza qui ont suivi l’interview l’ont démontré. Après une attaque à Rafah qui a tué deux soldats israéliens [la munition non explosée, ndlr], le ministre d’extrême droite Bezalel Smotrich a tweeté : « La guerre. » Mais Witkoff avait déjà donné instruction à Netanyahou de dire à l’armée israélienne que toute réponse devait être limitée, que l’aide humanitaire devait continuer à arriver et que les points de passage devaient rester ouverts. Le feu est donc éteint, pour l’instant.
L’interview comprenait également un passage significatif sur la détermination des deux envoyés de Trump à parvenir à un accord avec le Hamas et sur les pièges qui guettent les profondeurs du pouvoir impérial.
En effet, évoquant les négociations avec le Hamas qui ont conduit au cessez-le-feu, les deux hommes ont révélé comment, lors de leurs entretiens réguliers avec la CIA (dont le directeur, John Ratcliffe, a des liens avec Israël), les services de renseignement leur ont indiqué que le Hamas ne souhaitait pas l’accord, tandis que les médiateurs arabes leur ont affirmé exactement le contraire. Ils ont écouté ces derniers, avec des résultats positifs.
Lundi, J.D. Vance, chargé de tenir Netanyahou à distance, était en Israël. Et avant-hier, Trump a évoqué le désarmement du Hamas, un autre sujet qu’Israël utilise pour sortir de l’impasse : le président américain a déclaré que le calendrier de désarmement ne serait pas « rigide », évitant ainsi, pour l’instant, un autre prétexte.
Les États-Unis traversent une période tendue, aggravée par plusieurs incidents. Samedi, un incident s’est produit lors des tirs d’artillerie qui ont accueilli le convoi escortant Vance à un défilé du Corps des Marines, et un obus a explosé juste au-dessus, projetant des éclats d’obus sur une voiture d’escorte. Le lendemain, les services de renseignement ont découvert un « nid de snipers » avec une « ligne de mire directe » vers la zone de l’aéroport de Palm Beach, où Trump débarque lorsqu’il s’envole pour la Floride à bord d’Air Force One.

