Paolo Hamidouche (@Paolino_84)
Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises ces dernières semaines avoir « mis fin à huit conflits » depuis son retour à la Maison Blanche, soit presque « une par mois ». Il l’a également répété pour affirmer qu’il méritait le prix Nobel de la paix, finalement décerné à un proche allié, le Venezuela. Mais nombre des guerres qu’il cite ne sont pas techniquement terminées et, dans certains cas, ne sont même pas des guerres résolues par les États-Unis. Divergence Politique va tenter humblement de vous éclairer sur la véracité des faits en analysant avec soin chaque conflit.
Trump entre guerre et paix
Le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo, où l’armée congolaise, le groupe rebelle M23 soutenu par le Rwanda et de nombreuses autres milices locales et étrangères s’affrontent depuis des années, en est une parfait illustration. En juin, les ministres des Affaires étrangères du Congo et du Rwanda ont signé un accord à la Maison Blanche, facilité par les États-Unis, et Trump l’a présenté comme la fin de « l’une des pires guerres jamais vues ». Or, le M23, principal acteur armé sur le terrain et accusé par le Congo de massacres et de nettoyage ethnique, n’était pas partie prenante de l’accord et ne le reconnaît même pas.
Depuis juillet, après le prétendu cessez-le-feu, le M23 et d’autres groupes armés ont continué à combattre et à tuer systématiquement des civils dans l’est du Congo, faisant des centaines de morts selon le gouvernement congolais. La guerre continue donc.
Annonces de paix
Ce schéma (une annonce politique de paix, suivie d’une réalité bien plus complexe) se retrouve dans les autres cas cités par Trump.
Arménie et Azerbaïdjan : En août 2025, les dirigeants des deux pays ont annoncé un accord de paix à la Maison Blanche après des décennies d’hostilité au sujet du Haut-Karabakh. C’est probablement l’exemple le plus probant en faveur de Trump : les affrontements armés entre les deux pays ont effectivement cessé, et l’Arménie et l’Azerbaïdjan l’ont publiquement remercié et proposé pour le prix Nobel. Mais plusieurs analystes soulignent que ce résultat est également dû au déclin de l’influence russe dans le Caucase et que des points de friction subsistent : la question n’est pas nécessairement définitivement close.
Thaïlande et Cambodge : En juillet, une escalade militaire a eu lieu le long des 500 kilomètres de frontière, faisant des dizaines de morts. Trump affirme avoir menacé de représailles commerciales et avoir « arrêté la guerre » en convainquant les deux gouvernements de signer une trêve. La trêve existe, mais les experts soulignent qu’obtenir un cessez-le-feu d’urgence est une chose, mais résoudre des conflits territoriaux vieux de plusieurs décennies en est une autre. Le risque est que l’accord ait gelé la crise au lieu de s’attaquer à ses causes.
Israël et Iran : En juin, un conflit très bref mais très grave a éclaté, au cours duquel Trump et Netanyahou ont frappé des sites nucléaires et militaires en Iran. Washington affirme avoir imposé un cessez-le-feu « en 24 heures » et mis fin à la « guerre de 12 jours ». En réalité, aucun traité n’a été signé entre l’Iran et Israël, et la rivalité stratégique entre les deux pays (nucléaire, militaire et régionale) demeure intacte. Les analystes parlent plutôt d’une pause forcée, certains même d’une guerre imminente.
Israël et Hamas/Gaza : c’est le dossier politique qui préoccupe le plus Trump. Après deux ans de génocide à Gaza, avec plus de 67 000 Palestiniens tués selon les autorités sanitaires locales et plus de 1 200 Israéliens tués lors de l’attaque du 7 octobre 2023, la Maison Blanche a mis en place un « plan de paix en 20 points » : un cessez-le-feu immédiat, la libération des otages israéliens survivants en échange de celle des prisonniers palestiniens, un retrait progressif de certaines forces israéliennes de Gaza, un cadre international de sécurité et de gouvernance pour le territoire, et le désarmement du Hamas par phases successives. Début octobre 2025, le Hamas a accepté la première phase, le dernier otage israélien encore en vie a été libéré et Trump a annoncé à la Knesset (Parlement israélien) que « la guerre est terminée ».
Mais ce plan laisse des questions majeures en suspens : qui gouvernera Gaza ? Comment le désarmement du Hamas sera-t-il appliqué (et vérifié) ? Et dans quelle mesure et comment Israël renoncera-t-il à son contrôle militaire direct sur le territoire ?
Là encore, les combats ont cessé que partiellement , la question politique n’est pas résolue. Ce mardi, Netanyahou a même ordonné des frappes immédiates et puissantes contre les positions du Hamas dans la bande de Gaza, a annoncé le bureau du Premier ministre israélien. Tsahal a mené une série de frappes sur la ville de Gaza, comme le rapporte Al-Jazeera.
Inde et Pakistan : Après une flambée de violence au Cachemire en mai, l’Inde et le Pakistan ont annoncé le rétablissement d’un cessez-le-feu. Trump affirme que la médiation américaine a duré « toute la nuit ». Islamabad l’a même nominé pour le prix Nobel. New Delhi, cependant, a nié tout rôle direct des États-Unis et réaffirmé que la question du Cachemire demeure une affaire bilatérale. Et personne ne croit vraiment que le différend sur le Cachemire, qui dure depuis 1947, soit « résolu ».
Égypte et Éthiopie : Trump cite également parmi ses succès le très sensible différend concernant le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne, le grand barrage éthiopien sur le Nil, dont l’Égypte craint qu’il ne réduise les ressources en eau disponibles en aval. Cependant, aucun accord final n’a été conclu. Addis-Abeba affirme que le barrage a été construit sans aide étrangère, démentant également l’affirmation de Trump selon laquelle les États-Unis « l’ont financé ». La crise n’est pas terminée.
Serbie et Kosovo : Trump mentionne également avoir stoppé une potentielle escalade entre la Serbie et le Kosovo en menaçant de retirer les avantages commerciaux aux parties concernées. Il est vrai qu’il existe un canal américain fort dans cette crise, et que l’administration Trump avait déjà facilité un accord de normalisation économique en 2020. Mais la question du statut du Kosovo n’a pas été résolue, et il n’y a pas eu de traité de paix reconnu par les deux parties.
Le récit de la Maison-Blanche
Le récit de la Maison-Blanche est donc le suivant : Trump conclut des accords, d’autres cessent les tirs, donc les guerres prennent fin, donc il mérite le prix Nobel. C’est aussi un message national : Trump est un « président de la paix », par opposition à l’idée d’un président interventionniste.
Hors de la Maison-Blanche, l’analyse est différente. Plusieurs spécialistes des relations internationales affirment que Trump confond souvent un cessez-le-feu, parfois fragile, localisé et temporaire, avec la fin d’une guerre. Dans certains cas (Congo-Rwanda, Israël-Iran), la violence est simplement passée d’un pic ouvert à une phase de « sommeil » armé, prête à reprendre. Dans d’autres (Gaza), le cessez-le-feu est plus ou moins réel, mais il laisse en suspens la cause de la guerre : pratiquement tout le reste.

