Paolo Hamidouche (@Paolino_84)
La semaine passée, Donald J. Trump a reçu Viktor Orbán à la Maison Blanche. Cet événement était capital, d’autant plus qu’une rencontre avec Vladimir Poutine à Budapest était envisagée à la mi-octobre, le Premier ministre hongrois étant prêt à accueillir le sommet. Pourtant, la visite a été peu relayée par les grands médias, car la détente américano-russe et le règlement du conflit ukrainien sont farouchement opposés au parti néoconservateur belliciste.
Néanmoins, cette rencontre indique que cette option reste d’actualité, comme l’a également laissé entendre le président américain lorsqu’il a déclaré à un journaliste après sa rencontre avec Orbán : « C’est toujours possible. J’aimerais que cela se tienne en Hongrie, à Budapest.» Une allusion anodine, certes, mais il est assez clair que le sommet avec le Premier ministre hongrois était axé sur cette éventualité.
La reprise de la course aux armements nucléaires – avec Trump ordonnant la reprise des essais et la riposte immédiate de la Russie par une mesure similaire – rapproche cette éventualité au lieu de l’éloigner. La menace d’une guerre nucléaire est brandie précisément pour rendre plus acceptable auprès du public un sommet visant à dissiper la crainte d’une guerre thermonucléaire.
En marge de cette rencontre, Orbán a également profité, recherché et obtenu le soutien américain pour résister aux pressions de l’UE. Cette dernière, irritée par sa position vis-à-vis de la Russie et de la guerre en Ukraine, lui cause de sérieux problèmes.
Lors de son voyage à l’étranger, il a obtenu de Trump une exemption annuelle des sanctions pour l’achat de gaz russe, le magnat le couvrant d’éloges : une autre manière de polémiquer avec l’UE, avec laquelle le président américain se livre à un véritable duel sournois, provoquant parfois des escalades soudaines.
De plus, le leadership de l’UE est désormais subordonné aux néoconservateurs et aux libéraux américains qui, en agissant de concert avec la Grande-Bretagne (qui nourrit le rêve d’un retour aux gloires de l’anglosphère), précipitent le Vieux Continent dans l’effondrement. Et Trump trouve ses adversaires les plus acharnés chez les néoconservateurs/libéraux, alors même qu’il a été contraint de leur céder une grande partie du pouvoir (en réalité, ils ont simplement repris les méthodes qu’ils utilisaient du 11 septembre à la présidence Biden, mais de manière plus ouverte et brutale).
La possibilité d’une détente avec Moscou est compromise non seulement par l’hystérie anti-russe qui s’est emparée de l’UE, alimentée par les milieux susmentionnés, mais aussi par la démonstration de force des États-Unis envers le Venezuela.
Concernant cette crise, il convient de noter qu’il y a quelques jours, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que la Russie était en contact permanent avec Caracas et s’était proposée comme médiateur entre Caracas et Washington, afin de sortir de l’impasse actuelle. On ignore si Orbán a formulé une proposition de solution à la crise, mais cela reste plausible.
Jeudi soir dernier, Trump est revenu sur le sujet de l’Iran, non seulement en évoquant la Russie, mais aussi, d’une manière non conflictuelle. Abordant les relations avec Téhéran, il a ressorti sa rhétorique agressive habituelle, ajoutant toutefois que l’Iran avait demandé la levée des sanctions : « Je suis disposé à examiner cette demande ; nous verrons bien, mais je serais ravi d’y accéder. »
Il a accompagné cette ouverture d’une vantardise revendiquant la « responsabilité » de l’attaque israélienne contre Téhéran en juin dernier, contredisant ainsi ses propos de l’époque, selon lesquels Israël avait agi de son plein gré.
Cette vantardise, qui a manifestement provoqué la fureur de Téhéran, visait probablement à dissimuler l’ouverture susmentionnée, laquelle contenait une part de vérité et révélait un dialogue officieux entre les deux pays.
Il semble en effet que ce ne soit pas un hasard si, vendredi, Israël a dénoncé une tentative d’assassinat iranienne contre son ambassadeur au Mexique. La république islamique d’Iran a démenti, et l’intérêt d’une telle démarche reste obscur, voire contre-productif dans le contexte de la confrontation entre Téhéran et Tel-Aviv.
Toutefois, elle contribue à stigmatiser une fois de plus l’Iran, empêchant ainsi la timide ouverture de Trump de se transformer en simple vain mot.
Jusqu’à présent, les tentatives de Trump pour s’affranchir de l’emprise néoconservatrice (qui restreint considérablement sa marge de manœuvre, mais dont l’influence s’est également trouvée renforcée par ses erreurs tragiques) n’ont abouti que dans un seul domaine : le génocide de Gaza, auquel il a largement contribué, mais dont il est resté un témoin passif.
Hier, on apprenait que l’aide humanitaire destinée à Gaza avait été détournée du contrôle israélien et transférée au Centre international de coordination civilo-militaire (ICCC), créé par Washington pour surveiller le cessez-le-feu. Cette mesure pourrait soulager les souffrances des Palestiniens, qui continuent de recevoir une aide au compte-gouttes malgré les accords.
Cependant, un grand doute plane sur cette possibilité : il suffit de se souvenir des atrocités commises par la Fondation humanitaire pour Gaza lorsqu’elle a été envoyée distribuer de l’aide dans la bande de Gaza pour le compte des États-Unis. De plus, les performances actuelles de l’ICCC en question ne contribuent guère à inspirer confiance, étant donné qu’Israël continue de violer le cessez-le-feu quotidiennement par des attaques constantes en toute impunité.
Par ailleurs, l’autre grande interrogation concernant le rôle de maintien de la paix des États-Unis concerne la Cisjordanie, où colons et Tsahal poursuivent leurs exactions : rien qu’en octobre, 2 350 attaques contre des Palestiniens ont été recensées. Une violence systématique qui découle de la volonté de conquérir le dernier bastion palestinien.
De plus, il est impossible de dissocier les enjeux cruciaux de Gaza de ceux de la Cisjordanie, car les deux territoires partagent la tragédie indivisible des Palestiniens et sont tous deux tourmentés par les pulsions génocidaires qui s’emparent de Tel-Aviv. Cette dissociation n’est pas une erreur de jugement, mais un crime délibéré.

