Paolo Hamidouche [X : @Paolino_84]
Après avoir révolutionné l’industrie automobile en démocratisant les voitures électriques, et en attendant la prochaine étape, qui coïncide avec l’avènement de la conduite autonome, la Chine s’est engagée à perfectionner l’ère des taxis volants.
En mars dernier, l’Administration de l’aviation civile de Chine (CAAC) a délivré les toutes premières autorisations d’exploitation commerciale de drones de transport de passagers autonomes à deux entreprises locales : EHang Holdings et Hefei Hey Airlines.
Les deux entreprises ont ainsi perfectionné leurs vols payants avec des aéronefs eVTOL (à décollage et atterrissage verticaux sans pilote), proposant notamment des visites urbaines et de la logistique à basse altitude.
Leur objectif ?
Créer un réseau de transport aérien et dynamiser l’économie du transport aérien à basse altitude, c’est-à-dire dans l’espace aérien situé à moins de 1 000 mètres du sol. Comment ? En transportant aussi bien des personnes que des marchandises.
Le leader de ce marché futuriste est l’EHang EH216-S, un drone électrique biplace à 16 hélices capable de voler, de décoller et d’atterrir de manière totalement autonome.
« La plupart des personnes qui ont volé à bord de cet appareil ont l’impression d’être dans un ascenseur. Le décollage est très doux, le vol et l’atterrissage tout aussi doux, sans trop de vibrations ni de turbulences », a fièrement expliqué He Tian Xing, vice-président d’EHang.
La Chine est entrée dans l’ère des taxis volants.
EHang a déjà effectué plus de 60 vols en toute sécurité et prévoit de commercialiser des billets touristiques à Guangzhou et Hefei. La Chine développe ainsi une économie du transport aérien à basse altitude, qui comprend des drones, des dirigeables et des aéroglisseurs. Selon le cabinet d’études Hurun, ce secteur devrait atteindre 1 500 milliards de yuans (environ 207 milliards de dollars) d’ici fin 2025 et 2 500 milliards d’ici 2035.
Parallèlement, Pékin a déjà devancé les États-Unis et l’Europe, où des projets similaires sont encore en phase de test. Outre EHang et Hefei Hey Airlines, d’autres acteurs comme XPeng AeroHT et AutoFlight sont également sur le point de se lancer et font la promotion de leurs modèles. EHang a été la première entreprise à surmonter les obstacles réglementaires et à poser les bases d’une nouvelle ère pour la mobilité urbaine, en réduisant les embouteillages et les temps de trajet pour le transport de personnes et de marchandises.
Il est regrettable de ne pas prendre ce dossier dans son ensemble au sérieux, étant donné que les dirigeants chinois ont identifié l’économie de basse altitude comme un secteur émergent crucial et un moteur de croissance. Le Premier ministre Li Qiang l’a même mentionnée explicitement, aux côtés de la bioproduction, de l’informatique quantique, de l’intelligence artificielle incarnée et des réseaux mobiles 6G, lors d’un récent discours devant l’Assemblée nationale populaire. « L’économie de basse altitude est un nouveau moteur de croissance qui dynamisera le développement rapide de l’économie chinoise », a ajouté Cheng Bolin, vice-président de la section « Basse altitude » de l’Association chinoise de l’information.

Renforcer l’économie des vols à basse altitude
Comme l’expliquait l’Irish Times, l’EH216-S est actuellement utilisé uniquement pour des vols touristiques courts. Son autonomie d’environ 30 km le rend adapté aux courts trajets intra-urbains. Cependant, EHang a récemment lancé un nouvel appareil, le VT-30, doté d’une autonomie de 200 km et susceptible d’être utilisé pour des vols interurbains.
Et ce ne sera là qu’une des nombreuses activités qui composeront l’économie de basse altitude, aux côtés des drones utilisés pour l’irrigation des champs et ceux assurant la livraison de colis, de nourriture et de médicaments.
Les constructeurs chinois de voitures électriques doivent une grande partie de leur succès à la décision de Pékin de déployer de vastes réseaux de bornes de recharge dans les grandes villes avant même que le nombre de véhicules électriques en circulation ne soit suffisant pour les alimenter. Les taxis volants nécessiteront de nouvelles infrastructures, notamment un système de contrôle du trafic aérien à basse altitude et un réseau de vertiports. Le gouvernement chinois n’a aucune intention de reculer.

