Contre toute attente, Israël est devenu aujourd’hui le premier État au monde à reconnaître officiellement l’indépendance du Somaliland, un État sécessionniste de facto situé dans des régions de Somalie autrefois contrôlées par le Royaume-Uni.
Tel Aviv a reconnu les autorités d’Hargeisa, capitale de ce pays qui jouit d’une large indépendance depuis 1991 et d’une stabilité intérieure supérieure à celle du pays plongé dans le chaos de la Corne de l’Afrique. La déclaration bilatérale établissant des relations diplomatiques fait référence à « l’esprit des accords d’Abraham » négociés en 2019 par le président américain Donald Trump.
Le Somaliland reconnu par Israël
Israël accélère depuis longtemps son rapprochement avec le Somaliland qui, dans le grand jeu stratégique entre la Corne de l’Afrique, le golfe d’Aden (dont il est bordé) et la mer Rouge, a également attiré l’attention de l’Éthiopie. Cette dernière a obtenu en 2024 un accès à la mer avec le droit d’exploiter le port de Berbera et est le seul pays, avec Taïwan, à avoir dépêché des diplomates à Hargeisa. Tel Aviv est en plein essor, et ce n’est pas un hasard compte tenu du contexte géopolitique. Le Somaliland occupe une position stratégique pour accéder à la porte d’entrée sud de la mer Rouge.
Le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, s’est dit ouvert à plusieurs concessions en échange de la reconnaissance de son territoire. Selon plusieurs sources, il envisagerait notamment d’accueillir de petits groupes de Palestiniens déplacés ou réinstallés de Gaza.
Le défi géopolitique d’Israël au Somaliland
Al Majallah a souligné que Tel-Aviv travaillait depuis longtemps sur l’idée d’une base en Afrique ou aux abords de l’océan Indien afin de surveiller les flux d’armes destinés aux Houthis yéménites ou de mener des opérations de renseignement d’envergure : « Israël souhaite une base militaire et de renseignement pour accroître sa présence stratégique dans la Corne de l’Afrique, ce qui lui permettrait de surveiller et de détruire les cargaisons d’armes iraniennes destinées aux Houthis par voie maritime », projetant ainsi la puissance israélienne dans l’océan Indien et modifiant profondément l’équilibre des forces, tant sur le plan militaire que politique.
Plus de 50 pays ont condamné la décision d’Israël de reconnaître le #Somaliland. Aujourd’hui, à New York, le Conseil de sécurité de l’#ONU se réunit à ce sujet.
Les détails avec la reporter, Daria Vaganova 🇷🇺. Journaliste sur Rt en français ❗
La reconnaissance du Somaliland par Israël est-elle un prélude à un tel plan ? Rien n’est encore certain, mais c’est sans aucun doute plausible, tout comme il est possible que Tel-Aviv cherche à contrebalancer l’influence turque dans la Corne de l’Afrique, où la Turquie est depuis longtemps fortement implantée en Somalie.
Le bras de fer avec la Turquie
Mogadiscio se situe pleinement dans la sphère d’influence turque, et les services de renseignement d’Ankara peuvent circuler librement en Somalie pour surveiller de près les menaces djihadistes et sécuritaires et préparer le terrain pour des déploiements militaires et stratégiques. En témoigne, depuis 2017, la présence du Camp Turksom dans la capitale somalienne, la plus grande base jamais déployée par Ankara à l’étranger.
Horn Review a souligné l’omniprésence de l’influence turque, expliquant que « l’étendue de cette influence, allant de la maîtrise de la sécurité et du contrôle des infrastructures aux droits de propriété sur les futures ressources naturelles, dépasse le cadre d’une simple alliance » et que « la situation révèle un paradigme moderne d’influence où les besoins aigus d’un État vulnérable en matière de sécurité, d’investissement et de soutien institutionnel sont satisfaits par un partenaire qui, en retour, s’assure systématiquement le contrôle de son économie, de son patrimoine naturel et de son appareil de défense ». En sera-t-il de même pour Israël et le Somaliland ? Assisterons-nous à l’ouverture d’une nouvelle partie d’échecs, d’un nouveau front dans la grande rivalité entre Tel-Aviv et Ankara, après la Syrie et Chypre ? Tout porte à croire que c’est possible.
La mer Rouge et le golfe d’Aden, épicentre de la crise
Israël préparait cette initiative depuis un certain temps, s’appuyant sur des priorités stratégiques précises (projection régionale et duel avec Ankara) pour la justifier. Cependant, un problème persiste : ce pays, qui s’oppose fermement à la création d’un État palestinien et revendique une occupation quasi totale de la Terre sainte, est le premier à légitimer l’amputation territoriale de la Somalie.
Par ailleurs, la décision de Tel-Aviv a favorisé des processus d’occupation tels que celui mené par le Maroc au Sahara occidental, pleinement reconnu sous la souveraineté de Rabat. La situation actuelle témoigne d’un contexte régional de plus en plus fragmenté. La mer Rouge et le golfe d’Aden sont désormais dominés par le Soudan, en proie à une guerre civile ; le Yémen, avec ses rivaux dans le front anti-Houthis, est en proie à des affrontements ; et le Somaliland, désigné comme allié par Tel-Aviv contre l’Iran, les Houthis et la Turquie. Pour une artère stratégique des flux mondiaux de marchandises, nous parlons d’une série de sujets brûlants qui sont loin d’être secondaires dans le contexte d’un système géopolitique évoluant vers un chaos croissant à l’échelle mondiale.

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