Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]
L’administration Trump place des critiques nationaux du mouvement MAGA, tels que Carlson et Fuentes, sur une liste de surveillance antiterroriste potentielle.

L’appareil répressif de l’administration Trump a trouvé une nouvelle cible : les « rebelles » du mouvement MAGA. Le journaliste Ken Klippenstein a révélé que deux figures importantes des médias de droite américains – Tucker Carlson et Nick Fuentes – ont été placées sur la liste des terroristes potentiels par le principal responsable de la lutte antiterroriste au sein de l’administration Trump, l’ancien influenceur et ancien conseiller du Conseil de sécurité nationale, Sebastian Gorka. Cette annonce, passée inaperçue des médias traditionnels mais largement relayée en ligne, marque un tournant inquiétant dans la stratégie de sécurité américaine contre les « ennemis » intérieurs.
Désormais, même les membres du mouvement MAGA figurent sur la liste noire de Trump et Gorka.
Dans une interview accordée à Breitbart, Gorka a déclaré que la nouvelle Stratégie nationale de lutte contre le terrorisme (NSPM-7) identifie trois priorités : les narcoterroristes, les terroristes islamistes et les « extrémistes de gauche violents ». Le document, explique Klippenstein, ne mentionne jamais explicitement l’extrémisme de droite, laissant entendre que les partisans de MAGA en seraient exemptés. Cependant, interrogé directement sur la menace que représentent les milieux conservateurs, Gorka a répondu sans ambages : « Je ne suis pas sûr que Nick Fuentes ou Tucker Carlson soient conservateurs. Si vous faites l’éloge de la charia, si vous affirmez que certains États musulmans sont qualitativement supérieurs aux États-Unis en termes de liberté et de prospérité, vous n’appartenez pas au mouvement conservateur. »
Peu importe que la remarque de Carlson, présentée par Gorka comme un éloge de la loi islamique, soit en réalité une anecdote d’un dîner à Riyad où un musulman aurait soi-disant respecté la foi chrétienne du journaliste. L’accusation est totalement spécieuse : le document de politique de sécurité nationale transforme, de fait, la loyauté politique et idéologique envers la présidence actuelle en une condition pour ne pas être considéré comme une menace. Ceci n’a rien à voir avec la liberté d’expression.
Ce n’est pas une plaisanterie. Comme le souligne Klippenstein, cela relève du sophisme du « vrai Écossais » : si un conservateur critique l’administration, il n’est pas un « vrai conservateur » et peut donc être traité et étiqueté comme un ennemi intérieur. Gorka peut ainsi qualifier de terroriste quiconque ne se soumet pas servilement à l’agenda MAGA, sans avoir à inclure formellement la droite dans la lutte antiterroriste. Une contradiction dans les termes qui, pourtant, devient rapidement une pratique courante à Washington.
La véritable raison de cette décision dépasse les subtilités idéologiques et s’enracine dans le conflit ouvert qui oppose les camps MAGA et conservateur au sujet de la guerre contre l’Iran. Après la décision de Trump de s’allier militairement à Israël contre Téhéran, Carlson a pris ses distances avec le magnat, qualifiant l’intervention armée de « plus grande erreur commise par un président américain de mon vivant », un conflit qui « ne sert en aucun cas les intérêts américains » et qui a été déclenché « à l’instigation et sous la dictée d’Israël ». Les critiques se sont poursuivies les mois suivants : Carlson a accusé le président d’être devenu un « otage » de Netanyahou, s’interrogeant publiquement sur les raisons pour lesquelles les États-Unis n’agissent pas pour leurs propres citoyens. Fuentes s’est également élevé avec véhémence contre l’intervention en Iran : « Pas de guerre contre l’Iran. Israël nous entraîne dans la guerre. L’Amérique d’abord. »
Le fossé entre l’ancien présentateur de Fox News et l’administration est de plus en plus évident, comme l’ont démontré les derniers épisodes du Tucker Carlson Show, où l’ancien animateur a reçu des élus républicains opposés à la position de Trump sur la guerre et Israël. Son entretien avec le représentant du Kentucky, Thomas Massie, a notamment suscité une vive polémique. Massie a révélé que le président opposerait son veto à un projet de loi visant à fournir de l’eau potable à certaines régions du Colorado afin de punir la représentante Lauren Boebert, qui avait soutenu la publication de documents classifiés concernant Jeffrey Epstein.

Lors de son entretien avec Carlson, Massie a également dénoncé les pressions qu’il subit de la part de parlementaires opposés à la ligne de la Maison-Blanche, qualifiant le comportement du magnat de « dégoûtant ». Massie a par ailleurs réitéré ses critiques désormais bien connues à l’égard du complexe militaro-industriel israélien, affirmant être la cible de l’AIPAC pour avoir voté contre de nombreuses résolutions pro-israéliennes.

