La FIFA punit la Russie mais ferme toujours les yeux sur Israël !

Paolo Hamidouche (X : @Paolino_84 )


Alors que les qualifications européennes pour la Coupe du monde 2026 ont déjà
débuté pour la zone Europe, nous avons donc eu la confirmation que la Russie ne
pourra toujours pas – à moins d’un retournement de situation peu probable – y
prendre part. La Сборная, (Sbornaja en russe qui est le surnom de la sélection) suspendue de
toutes compétitions internationales tout comme ses clubs depuis février 2022 et le
déclenchement de l’opération militaire spéciale devra vraisemblablement patienter encore un
moment avant de retrouver un jour les joutes d’un tournoi international.
Cette « punition » de l’équipe nationale russe de football contrairement à d’autres disciplines où
les athlètes du pays comme en Tennis ou en escrime pour ne citer que ces deux sports peuvent
concourir sous bannière neutre comme ce fut le cas lors des jeux olympiques de « la
dégénérescence » de Paris à l’été 2024 pose néanmoins question. D’autant, qu’un autre pays,
Israël qui est en guerre ouverte sur plusieurs fronts et auteur selon beaucoup de pays même de
ses habituels « alliés » d’un véritable génocide dans la bande de Gaza, non seulement prend part
aux compétitions internationales sans le moindre problème, même si parfois comme ce fut le
cas lors du dernier déplacement de l’équipe israélienne en Italie pour un match de qualification au
championnat d’Europe 2024 des nations, ça a fait polémique puisque la délégation israélienne fut
reçue avec hostilité par le public italien lors d’un Italie-Israël (Match de qualification au dernier
championnat d’Europe des nations). Une partie durant laquelle le bus des visiteurs a éprouvé
toutes les peines du monde à retrouver son chemin, bloqué par des tifosi hostiles avant de
rejoindre le stade. Par la suite, les supporters de la Squadra Azzurra ont même tourné le dos lors
de l’interprétation de l’hymne israélien comme signe de protestation. Mais ce n’est qu’un feu de
paille tant l’UEFA tout comme son homologue internationale fait semblant de ne rien voir.
La FIFA et la politique !
Pour comprendre ce deux poids deux mesures ou essayer de le faire, il faut savoir que le football
et la politique n’ont pas toujours fait bon ménage, même si l’instance internationale du ballon
rond est censé être apolitique.
Remontons dans le temps, l’Argentine est « plus prête que jamais » à accueillir la Coupe du
monde, déclarait le président de la FIFA en mars 1976, deux jours seulement après le
renversement du gouvernement d’Isabel Perón par l’armée lors d’un coup d’État soutenu par les
États-Unis (encore eux), inaugurant près d’une décennie de dictature sanglante.
Au moins 30 000 personnes auraient disparu sous le joug de la junte de Jorge Rafael Videla, mais
cela ne semblait guère préoccuper l’instance dirigeante du football international. Après la Coupe
du monde de 1978 en Argentine, elle a élevé le principal organisateur du tournoi, le vice-amiral
Carlos Lacoste, à la vice-présidence de la FIFA.
Plus tard cet automne, l’équipe israélienne a débuté sa campagne de qualification pour la Coupe
du monde 2026 en Amérique du Nord.
Alors que la FIFA continue de résister aux appels croissants à suspendre l’équipe nationale de la
compétition, l’examen de la sombre histoire de la fédération mondiale permet de mettre en
lumière son rôle dans la légitimation de l’oppresseur en tant qu’instrument de l’ordre international
impérial.
La FIFA de Gianni Infantino a fermé les yeux sur l’occupation illégale de l’état hébreu depuis
l’admission de la Fédération palestinienne de football (PFA) comme membre en 1998. En

violation flagrante de son prétendu engagement envers le droit international humanitaire, la
Fédération israélienne de football (IFA) a intégré pendant des décennies des équipes de football
situées dans des colonies illégales. Il s’agit d’une violation flagrante des statuts de la FIFA, qui
stipulent pourtant que « les associations membres et leurs clubs ne peuvent jouer sur le territoire
d’une autre association membre sans l’approbation de cette dernière ».
Pendant ce temps, en violation flagrantes des règles de la FIFA, les critiques virulentes des
supporters israéliens ont longtemps été ignorées. Il y a cinq ans, The Economist qualifiait le
Beitar Jérusalem de « club de football le plus raciste d’Israël », rapportant que les supporters «
insultaient les Arabes jouant pour des équipes adverses, comme « terroristes ». »
Pour justifier son inaction contre l’IFA en 2017, la FIFA a affirmé qu’elle « restait
neutre en matière politique et religieuse ». La Russie, cependant, a été rapidement
exclue de la phase qualificative à la Coupe du monde 2022 après son « invasion »
de l’Ukraine. La devise de la FIFA – « Pour le jeu. Pour le monde » – ne s’applique
clairement qu’à certaines parties de celle-ci.
La FIFA donc se ment à elle-même et n’applique même pas ses propres lois ou
règles. Mais le pire reste encore à venir…
Destruction à Gaza
Depuis octobre 2023, les infrastructures footballistiques de Gaza ont été détruites
littéralement par les forces de Tsahal qui ont tué plusieurs centaines de footballeurs
palestiniens. Hani al-Masdar, cinéaste de 42 ans devenu entraîneur de l’équipe
olympique palestinienne de football, a été l’une de ses victimes lors d’une frappe
aérienne israélienne en janvier 2024.
Deux mois plus tard, Mohammed Barakat, « la légende de Khan Younis », avec plus
de 100 buts à son actif, a perdu lui aussi la vie lorsque sa maison familiale a été
bombardée le premier jour du Ramadan.
Pendant un temps, les forces israéliennes ont utilisé le stade comme camp de
détention improvisé. Alors que les chars encerclaient les enceintes sportives, des
dizaines de Palestiniens ont été photographiés, nus jusqu’à leurs sous-vêtements,
agenouillés, les mains liées dans le dos. D’autres ont été torturés pendant des
heures.
En mai 2024, le seul stade de football intact de l’enclave était devenu un refuge pour
des milliers de personnes fuyant le nord de Gaza. Le même mois, le président de la
FIFA, le très controversé Gianni Infantino, a annoncé qu’il solliciterait un avis
juridique indépendant pour évaluer la demande de la PFA (Association Palestinienne
de Football) de sanctionner son homologue israélien. Près d’un an plus tard,
l’instance mondiale du jeu n’a toujours pas statué. Pour la Russie, c’était
instantanément rapide et immédiatement appliqué…
Les atrocités subies par les détenus du stade Yarmouk rappellent pour les
connaisseurs les horreurs commises au stade national du Chili, où des dizaines de

personnes avaient été tuées après le coup d’État du général Augusto Pinochet,
soutenu par les États-Unis, en septembre 1973.
Deux mois plus tard, l’équipe nationale chilienne s’alignait sur ce même terrain. Ils
devaient affronter l’Union soviétique lors d’un match crucial de qualification pour la
Coupe du monde de 1974. Cependant, les Soviétiques refusèrent de jouer sur un
terrain « tâché de sang ». La FIFA, rejetant leur plainte, ordonna avec cynisme le
maintien du match et, après avoir marqué dans un but vide, les Chiliens assurèrent
leur qualification pour la Coupe du monde.
Lorsque les responsables de la FIFA se sont rendus au stade pour approuver son
utilisation avant la partie, l’armée a dissimulé les prisonniers de la dictature. Les
inspecteurs ne s’intéressaient qu’à la qualité du gazon et observaient les prisonniers
restés dans les tribunes sans sourciller.
Outil colonial
Depuis sa création par les puissances européennes en 1904, la FIFA a servi à
légitimer un système colonial qui maintenait le Sud sous la domination de l’Occident.
Loin d’être le grand égalisateur, le football international a longtemps mis en lumière
les contradictions d’un « ordre international fondé sur des règles », conçu pour
drainer les richesses et les ressources d’une partie du monde vers une autre.
Cet eurocentrisme a catalysé le seul boycott organisé d’une Coupe du monde par un
continent entier dans l’histoire de la FIFA. L’Afrique s’est retirée de la compétition de
1966 pour protester contre la répartition inéquitable des places pour le championnat :
alors que l’Europe se voyait offrir dix places, les nations d’Afrique, d’Asie et
d’Océanie étaient contraintes de se battre pour une seule.
Sous l’impulsion du dirigeant ghanéen Kwame Nkrumah et inspiré par la vague de
décolonisation qui balayait le continent, chaque membre de la Confédération
africaine de football (CAF) s’est retiré des qualifications, décision qui leur a valu une
amende de la FIFA. Le boycott africain s’est avéré fructueux puisque, quatre ans plus
tard, le continent s’est vu attribuer une place supplémentaire dédiée à la Coupe du
monde de 1970.
Les efforts d’Israël pour détruire les institutions footballistiques de Gaza doivent être
interprétés comme symptomatiques de Tsahal contre tous les aspects de l’existence
palestinienne.
Cette violence n’a d’égale que la résilience déterminée du peuple palestinien. En
janvier 2024, quelques jours seulement après la tuerie de Masdar, l’équipe nationale
de Palestine est entrée dans l’histoire en se qualifiant pour la première fois pour les
huitièmes de finale de la Coupe d’Asie des nations. Cette résistance à l’effacement
du nettoyage ethnique exige pourtant la solidarité du monde du football.
Lors d’une rencontre de la dernière édition de la Ligue des Champions, les
supporters du Celtic FC à Glasgow ont lancé une campagne pour faire pression sur

la FIFA afin qu’elle « donne un carton rouge à Israël ». L’appel de la Brigade verte a
depuis été relayé dans le monde entier, de l’Espagne au Maroc en passant par
l’Irlande.
Alors que l’instance dirigeante du football poursuit ses efforts, depuis des décennies,
pour fermer les yeux sur les crimes de l’impérialisme, les stades du monde entier
arborent eux le drapeau palestinien comme signe de soutien.
Autre remarque, Israël qui d’un point de vue géographique se situe au Moyen-Orient
et possède une frontière terrestre avec l’Égypte, celle-ci évolue bizarrement au sein
de l’union Européenne (UEFA) ainsi que ses différents clubs qui prennent part aux
différentes compétitions continentales comme la Champions League, la Ligue
Europa ou la Ligue Conférence que l’UEFA organise.
Et la Russie dans tout ça ?
Concernant la sélection dirigée par Valeri Karpine, celle-là même qui avait ébloui le
monde lors de « sa coupe du monde » en 2018 où elle avait notamment brillé en
atteignant les quarts de finale éliminée seulement aux tirs au but par la Croatie future
finaliste malheureuse puisque battue en finale par les bleus de Didier Deschamps.
Cette même sélection croate, aura été l’ultime adversaire, – qui hasard du calendrier-
à avoir affronté et battu la Russie en match officiel (1-0), c’était le 14 novembre 2021
pour une rencontre de qualification à la Coupe du monde 2022 au Qatar.
Depuis la sélection russe se contente contrairement à Israël de matches amicaux
face à des pays souvent exotiques ou « amis », le dernier en date s’étant joué en juin
dernier face au voisin, la Biélorussie et qui a vu les rouges l’emporter (1-4) sur un
quadruplé de Yaroslav Gladyshev, l’attaquant du Dynamo Moscou.
Bien que suspendue de toutes compétitions internationales, les matches amicaux
disputés par la sélection russe comptent pourtant et elle figure toujours au
classement FIFA (Dernière publication datant du 10 juillet 2025) Classée 35 ème juste
derrière l’Égypte et devant l’Algérie, la Russie risque néanmoins de se contenter
uniquement de rencontres sans grand intérêt sportif pour un bon moment. À moins
que l’instance internationale arrête de se politiser, de faire du deux poids deux
mesures et revienne à de vraies prérogatives, celles du sport et laisse la
Géopolitique de côté. On peut toujours rêver…

par Divergence Politique

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