Venezuela, pétroliers russes, Iran, Groenland : un début d’année mouvementé !

Paolo Hamidouche [ X | VK ]

L’information du jour est la capture du pétrolier Bella 1, simultanée à celle du Marinera, un autre pétrolier de la flotte clandestine russe. Ce dernier, comme le Bella 1, arborait le pavillon russe et faisait également route vers le Venezuela, où les États-Unis maintiennent la pression.

Cette initiative malavisée a été préconisée à la mi-décembre par les sénateurs Lindsey Graham (républicain) et Richard Blumenthal (démocrate), qui ont présenté une résolution spécifique au Congrès américain.

Il y a deux jours, Graham a publié une photo de lui et de Trump tenant une casquette où l’on pouvait lire « Make Iran Great Again », soulignant ainsi que même les récents messages incendiaires du président américain contre l’Iran – qui a menacé d’utiliser la force si Téhéran réprime les manifestations en cours dans le pays – sont l’œuvre des néoconservateurs, pour qui Graham n’est qu’un porte-parole naïf.

Il semble donc que Trump traverse une période néoconservatrice, malgré les ambiguïtés qui caractérisent sa présidence, comme en témoigne son rejet de l’investiture de Corina Machado au Venezuela, contrairement aux attentes de ces milieux (et de l’Union européenne, désormais soumise à eux, qui n’a pas reconnu la nouvelle présidente, Delcy Rodríguez).

Au Venezuela, les Américains adoptent actuellement une position moins belliqueuse qu’ils n’auraient pu l’être par le passé, même s’ils continuent de brandir la menace du chaos. De fait, le gouvernement chaviste reste au pouvoir, mais il est contraint de se soumettre aux diktats de Washington, notamment en matière de pétrole. L’avenir nous dira si cette situation perdurera, car les milieux néoconservateurs ont commencé à faire pression pour un changement de régime.

Par ailleurs, les menaces persistent contre l’Iran, où des manifestations de masse ont lieu depuis plusieurs jours suite à l’effondrement de la monnaie, le rial. Ces protestations ont été accompagnées d’une déclaration du Mossad affirmant publiquement son soutien aux manifestants, y compris sur le terrain.

Ce soutien est évident, mais il est apporté sans publicité, ce qui alimente la suspicion, fondée, que cette déclaration, qui met en lumière une menace existentielle contre Téhéran, vise à déclencher une répression afin d’entraîner les États-Unis dans une nouvelle guerre.

Dans cette perspective, le fait que Trump, après ses menaces contre l’Iran, ait réorienté la politique étrangère américaine vers l’acquisition du Groenland, suscitant l’indignation légitime des Danois et des Européens, semble relever d’un besoin de diversion.

Non pas qu’il ne soit pas intéressé par le pillage des ressources de l’île, et notamment par celles du pôle Nord, qu’il revendique avec insistance, mais son assurance sur ce sujet, même si elle rappelle celle affichée au début de sa présidence, est abrupte, après un long silence. Il semble, en d’autres termes, qu’il s’agisse d’une tentative d’échapper à l’emprise des néoconservateurs, qui exigent une intervention immédiate contre l’Iran à tout prix, une démarche également préconisée par Netanyahu lors de sa visite aux États-Unis en fin d’année.

Il semble toutefois qu’une autre raison explique les pressions exercées sur le Groenland. Et c’est là que nous en revenons aux pétroliers russes arraisonnés. Cette initiative malavisée découle manifestement de la nécessité de relancer la possibilité d’un accord sur la guerre en Ukraine, ouverte par la nomination de Kyrylo Budanov comme chef de cabinet du président Zelensky le 2 janvier (suivie du raid nocturne au Venezuela).

Cette lueur d’espoir a eu pour effet de calmer Moscou qui, suite à l’annonce de l’attaque contre la résidence de Poutine – et contre le centre de commandement de la guerre thermonucléaire situé dans le même secteur – avait promis une riposte sévère. À tel point que cette riposte, pourtant nécessaire malgré le démenti de l’attaque par les États-Unis (que les Russes considèrent comme un allié dans la crise ukrainienne), ne s’est pas concrétisée.

Cela aurait pu combler la brèche ouverte par la nomination de Budanov, également chargé par Zelensky de superviser les négociations. Le camp belliciste mondial se devait donc de soulever un nouveau point de friction dans les relations russo-américaines pour tenter de faire dérailler les négociations en cours, ce qui a abouti à la saisie des pétroliers. Si Moscou réagit, tout sera vain.

Cela dit, il reste à voir si le plan sera mis à exécution (pour rester sur le thème maritime). Hier, la coalition des Européens volontaires a rencontré l’envoyé américain Steve Witkoff à Paris. La réunion a abouti à une déclaration d’intention visant à offrir des garanties de sécurité à Kiev, qui pourraient inclure le déploiement de forces européennes après la guerre.

Le fait qu’une « déclaration d’intention » ait été produite et que les États-Unis ne l’aient pas encore signée semble indiquer qu’il existe une marge de progression, notamment pour éviter le déploiement de troupes, que Moscou n’acceptera jamais, même si Witkoff a évoqué une réunion décisive sur la question. Cette apparente contradiction a peut-être été résolue par un accord conclu à huis clos, sous le couvert de la confidentialité requise.

Le sommet a certainement été marqué par les pressions américaines sur le Groenland, qui ont pesé lourdement sur les participants. En effet, le conflit concernant le sort de l’île est aussi un conflit avec l’UE, contrainte de défendre la souveraineté danoise, mais également un conflit qui concerne l’avenir de l’OTAN, que ce désaccord met en péril.

Il est probable que la déclaration de guerre de Trump, car c’en est bien une, ait également contribué à assouplir les positions des dirigeants européens sur l’Ukraine. Et c’est bien ce qui semble s’être produit, comme en témoignent les déclarations de Macron, qui a affirmé son intention d’appeler Poutine « prochainement ».

Le climat d’inquiétude est tendu à l’échelle mondiale. Bien que la vague néoconservatrice de Trump soit atténuée par son ambiguïté habituelle, qu’il a déjà utilisée par le passé pour échapper à l’emprise de ces milieux, les incertitudes et les dangers demeurent considérables. Cela tient aussi au fait que, trop souvent, cette tactique n’a pas empêché les néoconservateurs d’atteindre leurs objectifs et de mettre en œuvre leurs projets sanglants (voir Gaza).

par Divergence Politique

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