Paolo Hamidouche [ X | VK | Odysee | Substack]

Lorsque Donald Trump affirme que les fabricants d’armes ont accepté de quadrupler la production de munitions de précision de pointe après la réunion à la Maison-Blanche, il faut comprendre la véritable nature de cette déclaration : non pas une simple annonce industrielle, mais le reflet d’un système où la guerre est redevenue une gigantesque machine à redistribuer les richesses au profit d’une poignée d’acteurs privilégiés. Reuters a rapporté que le 6 mars 2026, Trump a rencontré les dirigeants de sept grandes entreprises de défense – dont Lockheed Martin, RTX, Boeing, Northrop Grumman, L3Harris, Honeywell Aerospace et BAE Systems – et a déclaré que l’industrie allait quadrupler la production de munitions de précision, tandis que le Pentagone cherche à reconstituer des arsenaux décimés par les récentes opérations.

Qui s’enrichit vraiment ?

La réponse la plus immédiate est évidente : les grands maîtres d’œuvre, les géants qui décrochent les contrats principaux, s’enrichissent. Mais ce serait une réponse incomplète. Dans une guerre moderne, ce ne sont pas seulement ceux qui assemblent les missiles ou les bombes qui profitent de la situation. Toute la chaîne d’approvisionnement en profite : fabricants de composants électroniques, de propergols, de systèmes de guidage, d’aciers spéciaux, de logiciels, de semi-conducteurs, d’explosifs et de services logistiques. Les entreprises qui décrochent des contrats pluriannuels, celles qui proposent des services de maintenance, celles qui gèrent les mises à niveau technologiques et celles qui fournissent des pièces de rechange en bénéficient également. Le secteur financier, qui prospère grâce à ces contrats, en profite lui aussi, car chaque guerre prolongée offre ce que les marchés recherchent le plus : la visibilité sur les flux futurs de fonds publics.

Ce n’est pas du capitalisme de marché, c’est du capitalisme de guerre.

C’est là que réside le nœud du problème politique. Nous ne sommes pas face à une rencontre classique entre le gouvernement et l’industrie. Nous sommes face à un mécanisme où l’État, invoquant l’urgence stratégique, garantit la demande, raccourcit les délais, réduit les obstacles bureaucratiques et pousse les entreprises à produire davantage. Reuters rapporte que l’administration fait également pression sur les entreprises pour qu’elles privilégient la production aux rachats d’actions et aux dividendes, tandis qu’une demande de budget supplémentaire d’environ 50 milliards de dollars se profile à l’horizon pour remplacer les armements dépensés lors des récentes opérations, en plus des quelque 150 milliards de dollars déjà inclus dans une proposition de défense plus large. Cela signifie que la guerre ne se contente pas de détruire le terrain : elle génère aussi une demande énorme, garantie par le contribuable américain.

Le gain n’est pas seulement industriel.

Il existe un second niveau, encore plus intéressant : le gain de puissance. Pour Washington, accroître la production de munitions de précision signifie renforcer sa capacité à soutenir ses alliés, à influencer les coalitions et à choisir qui armer et pour combien de temps. Qui contrôle l’arsenal contrôle aussi la diplomatie. Chaque missile livré n’est pas qu’une simple vente : c’est un levier politique. Chaque chaîne de production étendue devient un instrument d’influence internationale. Autrement dit, les États-Unis ne monétisent pas seulement en dollars : ils monétisent en dépendance stratégique.

Israël, Ukraine, Golfe : La guerre comme multiplicateur

Pour mieux comprendre la situation, il faut examiner les théâtres d’opérations. Israël consomme des munitions et exige une continuité logistique. L’Ukraine continue d’épuiser ses systèmes, missiles et projectiles. Le Golfe et le Moyen-Orient dans son ensemble augmentent leur demande en intercepteurs, bombes guidées, systèmes de défense aérienne et capacités de précision. Pour l’industrie américaine, c’est la situation idéale : davantage de fronts ouverts, plus d’urgence, plus de commandes, plus de contrats-cadres, plus d’investissements publics dans les chaînes de production. La guerre devient ainsi un multiplicateur industriel. Non pas pour la société dans son ensemble, qui souffre d’inflation, de dettes et d’instabilité, mais pour le complexe militaro-industriel qui transforme le risque géopolitique en revenus prévisibles.

Qui perd pendant que d’autres gagnent ?

Et c’est là que le débat devient délicat. Car si quelques-uns s’enrichissent, beaucoup paient. Les contribuables paient, finançant le réarmement. Les alliés paient, pris au piège d’une dépendance stratégique. Les civils dans les zones de guerre en paient le prix, subissant les effets concrets de cette « production quadruplée ». Les responsables politiques en paient également le prix, car plus l’économie de guerre prend une place centrale, plus il devient difficile d’imaginer une véritable désescalade. Un système industriel qui se développe sur la base d’un état d’urgence permanent a besoin d’un état d’urgence permanent.

Le véritable profit de la guerre

Au final, qui profite de ces guerres ? Les grandes entreprises d’armement, bien sûr. Leurs actionnaires, les fonds qui les financent et les fournisseurs qui gravitent autour des marchés publics en profitent également. Mais surtout, ils profitent d’un modèle de puissance où la guerre n’est plus simplement un échec politique : elle est devenue une structure économique. En annonçant une multiplication par quatre de la production, Trump n’a pas seulement annoncé une croissance industrielle. Il a décrit, peut-être involontairement, le fonctionnement réel d’une Amérique armée : chaque crise est une menace pour le monde, mais aussi une opportunité pour ceux qui transforment la sécurité en marché et la guerre en profit.

par Divergence Politique

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