Paolo Hamidouche [ X | VK | Odysee | Substack]
La troisième guerre du Golfe provoquée par la » Coalition Epstein » a entraîné la fermeture du détroit d’Ormuz à la navigation, déclenchant une crise du secteur des hydrocarbures due à l’arrêt des livraisons de pétrole et de gaz naturel. Comme nous l’avons déjà montré, la majeure partie des hydrocarbures transitant par Ormuz est destinée aux marchés asiatiques, dont dépendent fortement des pays comme la République populaire de Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud. À l’échelle mondiale, les répercussions sur les marchés se font encore sentir et, bien que moins graves que lors des crises précédentes, comme lorsque le prix du pétrole a atteint un pic de 145 dollars le baril en 2008, la situation actuelle met à rude épreuve les économies les plus exposées – celles qui dépendent le plus des importations – engendrant des inquiétudes et une instabilité persistantes malgré la levée temporaire des restrictions pétrolières russes (un embargo de 30 jours).
Le marché du gaz naturel liquéfié (GNL) est celui qui affiche la plus grande volatilité, compte tenu de la forte dépendance de l’Europe vis-à-vis du Moyen-Orient. En 2025, les États-Unis étaient le principal partenaire de l’UE pour le GNL, représentant un peu plus de la moitié des importations totales en valeur (50,7 %), suivis par la Russie (17 %) et le Qatar (10,8 %). Les importations de GNL de l’UE ont progressé de 21 % sur un an au premier semestre 2025, les principaux importateurs étant la France, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Italie, la Turquie, le Royaume-Uni et la Belgique. Au cours de cette même période, les importations européennes de GNL en provenance des États-Unis, de la Russie, du Nigeria et de l’Angola ont augmenté sur un an, tandis que celles en provenance du Qatar, de l’Algérie, de Trinité-et-Tobago, de Norvège et du Pérou ont diminué. Concernant les importations combinées de gaz et de GNL par gazoduc au premier semestre 2025, les pays de l’UE se sont approvisionnés à hauteur de 29 % auprès de la Norvège, 27 % auprès des États-Unis, 13 % auprès de la Russie et 12 % auprès de l’Algérie.
Avec le déclenchement du conflit en Ukraine, l’Italie a modifié ses sources d’approvisionnement en gaz, contrairement aux autres pays d’Europe centrale. Elle a considérablement réduit sa dépendance à l’égard de la Russie et a surtout augmenté ses importations en provenance d’Algérie, devenue son principal partenaire énergétique. En 2024, l’Algérie était le premier exportateur de gaz vers l’Italie, suivie de l’Azerbaïdjan, du Qatar, de la Russie et des États-Unis. Venaient ensuite la Norvège, les Pays-Bas et la Libye. Cette diversification permet à l’Italie de mieux résister à la crise actuelle du gaz naturel que les autres pays européens.

Moins de quatre semaines après la fermeture effective du détroit d’Ormuz, les capacités de stockage européennes n’atteignent que 28,5 %, contre 60 % à la même date il y a deux ans.
Pour atteindre 80 % de leur capacité d’ici novembre, l’Europe doit injecter 56,5 milliards de mètres cubes durant le semestre d’été. Avec le Qatar partiellement absent du marché, ce chiffre grimpe à 65,5 milliards de mètres cubes.
Les cas les plus critiques :
🔴 Pays-Bas : 6,8 % – plaque tournante du TTF (Transit-Fast Trades) avec des capacités de stockage quasi vides
🔴 Allemagne : 21,9 % – premier consommateur européen avec le déficit le plus important en valeur absolue
🔴 France : 21,9 % – pays vulnérable malgré une moindre dépendance au gaz
Qui s’en sort le mieux ? Italie : 44,1 % – parmi les rares grandes économies relativement à l’abri.
Espagne : 55,5 % – meilleure performance du continent.
Le déficit imputable à la crise d’Ormuz équivaut à environ 70 méthaniers. Ce sont des cargaisons pour lesquelles l’Asie se disputera ces marchés, quel que soit le prix.
Le coût total du transport d’électricité (TTF) atteint déjà 60 €/MWh. Il pourrait ne pas s’agir du pic.
D’après les données de l’AGSI traitées par T-Commodity, les Pays-Bas, l’Allemagne, la France et l’Autriche connaissent une grave pénurie de gaz naturel, leurs réserves étant dangereusement faibles. Plus précisément, les Pays-Bas affichent un taux de remplissage de seulement 6,81 %, l’Allemagne de 21,89 %, la France de 21,85 % et l’Autriche de 35,4 %. L’Italie, en revanche, figure parmi les pays disposant des réserves les plus importantes, avec un taux de remplissage de 44,11 %, suivie de la Pologne (46,66 %), de l’Espagne (55,49 %) et du Portugal (81,62 %). Cependant, la capacité de stockage totale de tous ces pays est bien inférieure à celle de l’Italie (environ 1/7 pour l’Espagne et la Pologne, et un impressionnant 1/52 pour le Portugal). Globalement, l’Union européenne est confrontée à un grave problème de réserves de gaz : la moyenne européenne s’établit à 28,51 %. On estime que 9 milliards de mètres cubes (Gmc) de ce gaz manquant transitent par le détroit d’Ormuz (en provenance du Qatar), tandis qu’il en manquerait encore 65,5 milliards sans cette dernière fraction.
Que se passe-t-il ? En supposant que les flux en provenance des États-Unis, de la Norvège, de l’Algérie et de la Russie restent constants, le trafic des méthaniers a subi une modification radicale de ses itinéraires ces dernières semaines. Une application pour smartphone, très populaire et affichant le trafic maritime grâce à la réception des signaux AIS (transpondeur naval), met en évidence la modification spectaculaire de la route initiale des méthaniers ces trois dernières semaines, qui se dirigent désormais vers l’Asie.
Depuis le 3 mars, environ 11 méthaniers initialement destinés à l’Europe ont été déroutés vers l’Asie, selon les données de marché. Cette situation s’explique par la réaction des acheteurs face à la raréfaction de l’offre et à la hausse des prix spot, consécutives à la fermeture du détroit d’Ormuz et aux arrêts de production du complexe GNL de Ras Laffan au Qatar.
Le dernier méthanier en date est La Seine, qui a quitté Montoir pour l’Asie le 19 mars après avoir chargé du GNL aux États-Unis. D’autres navires, comme le BW Brussels et le LNG Cross River, font désormais route vers Dahej, en Inde, tandis que d’autres cargaisons sont destinées à Taïwan et à l’Asie de l’Est.
▶️ Regardez la rediffusion #MarineTraffic des mouvements des méthaniers.
La raison de ce comportement s’explique sans doute aisément : la guerre a perturbé les livraisons d’hydrocarbures, principalement destinées à l’Asie. Face à une pénurie, le marché asiatique a augmenté les prix du GNL plus fortement que les autres marchés mondiaux. Par conséquent, les entreprises ont réorienté leurs méthaniers vers l’Asie, notamment en raison de la possibilité de négocier les contrats à terme sur cette matière première beaucoup plus rapidement que ceux du pétrole brut, compte tenu de la volatilité du marché évoquée en début d’article.
Cette situation assombrit également l’avenir : la forte dépendance du marché asiatique au gaz et au pétrole brut du Golfe incitera d’autres producteurs à se tourner vers cette région, et l’Europe risque de se retrouver à court d’approvisionnements, ce qui nous obligerait à accroître nos importations de gaz russe, avec des répercussions importantes sur le conflit en Ukraine. C’est pourquoi la guerre actuelle dans le Golfe doit être résolue au plus vite, et c’est également pourquoi les principaux pays de l’UE ont sagement décidé, pour le moment, de ne pas participer activement aux opérations militaires, rejetant l’appel des États-Unis à une large coopération pour sécuriser le détroit d’Ormuz.

