Le Groenland et l’anxiété sécuritaire américaine qui raconte l’histoire de la crise d’un empire !

Paolo Hamidouche [ X | VK ]

La crise interne de l’OTAN, déclenchée par les demandes américaines d’annexion du Groenland, est un cas d’école des enjeux stratégiques contemporains. Elle illustre parfaitement l’anxiété de sécurité nationale qui transparaît dans les décisions des États-Unis. Ces acteurs, qui conservent leur prééminence dans la hiérarchie des puissances mais craignent de perdre leur influence, et dans le contexte d’une confrontation intense avec des rivaux comme la Chine et la Russie, cherchent désormais à se rassurer à travers le concept de « sécurité hémisphérique ».

Anxiété de sécurité nationale

Les pourparlers de mercredi entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland se sont révélés être un dialogue de sourds, tant le décalage est grand entre l’interprétation rationnelle des accords de Copenhague et de Nuuk et la préoccupation américaine quant à la maîtrise des menaces pesant sur les périphéries.

Les ambitions de Donald Trump pour la plus grande île du monde, associée à la couronne de son fidèle allié danois, ne sont pas extravagantes, mais reflètent la dynamique culturelle incarnée, comme nous l’avons déjà souligné, par la stratégie de sécurité nationale de Pete Hegseth et la stratégie du Pentagone, qui identifient l’hémisphère occidental, de l’Arctique au détroit de Magellan, comme une zone d’importance géopolitique américaine. Nous avons également rappelé comment l’offensive du 3 janvier contre le Venezuela et les ambitions pour le Groenland sont liées par le fil conducteur de la sécurité et de la course aux ressources. Pourtant, il faut ajouter que cette anxiété et cette affirmation témoignent en réalité d’une fragilité intrinsèque de l’Amérique, qui ressent l’étau de Pékin et de Moscou et estime que même son partenaire atlantique, le Danemark, ne suffit pas à la protéger.

Friedman : Trump bouleverse les règles de l’OTAN

« Bien que je comprenne l’importance du Groenland, il est difficile de comprendre pourquoi il ne peut pas rester sous contrôle danois, étant donné que le Danemark est membre de l’OTAN, même s’il sert de base américaine, surtout lorsqu’une base américaine y est déjà implantée », a écrit l’analyste George Friedman sur son portail Geopolitical Futures, ajoutant que cette décision pourrait entraîner un revirement historique au sein même de l’OTAN.

« Trump pourrait chercher à remodeler l’alliance afin qu’elle soit responsable d’intervenir pour aider les États-Unis en cas de guerre », explique Friedman, ajoutant que « ce serait une idée surprenante et déplaisante pour l’Europe, qui a toujours tenu les États-Unis responsables de sa propre sécurité ». Par conséquent, la perspective d’un conflit dans l’Arctique suppose que les États-Unis pourraient déployer un territoire sous leur souveraineté comme rempart pour potentiellement rallier leurs alliés.

Une crainte stratégique majeure

« Les alliés de l’OTAN contrôlent déjà un peu plus de la moitié du territoire autour du pôle Nord et à l’intérieur du cercle polaire arctique », souligne The Hill, ajoutant que « les États-Unis possèdent l’Alaska, le Canada les Territoires du Nord-Ouest, le Yukon et le Nunavut, le Danemark le Groenland et la Norvège une grande partie de leur nord, y compris le Svalbard. Ensemble, ces territoires représentent environ la moitié du territoire au nord du cercle polaire arctique et de nombreuses îles de l’océan Arctique. »

La motivation des ambitions américaines semble donc fondamentalement apolitique et astratégique. Elle reflète la psychologie d’un empire qui se sent assiégé et cherche à assurer sa sécurité dans sa propre zone d’influence, en bloquant le soleil et la lune au-dessus de Gabaon et en étendant matériellement le périmètre physique de l’État et sa projection afin d’accroître sa capacité à se défendre contre toute menace imprévisible. Paradoxalement, cela contredit à la fois le fondement historique de la projection américaine, qui s’appuie sur l’hégémonie et le soft power, et la vision américaine traditionnelle de la frontière comme espace d’action privilégié. Les frontières géopolitiques de demain, comme l’Arctique, ne sont pas perçues comme de nouveaux territoires à comprendre, à explorer et, à leur manière, à américaniser, mais comme des sources potentielles de menaces contre lesquelles il convient d’ériger des barrières physiques. Ce constat renforce le sentiment de faiblesse, plutôt que de force, d’un empire sur la défensive.

par Divergence Politique

L’actualité en France est dominée par les grands médias mainstream. En soutenant Divergence Politique, vous contribuez à faire vivre un projet 100 % indépendant, garantissant une totale liberté dans sa ligne éditoriale, son ton et la liberté de pensée de ses animateurs ! Divergence Politique, lancé le 1er septembre 2024, dévoilera sa “v.2” sur une nouvelle plateforme le 1er janvier 2025 !

Laisser un commentaire

En savoir plus sur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture