Paolo Hamidouche [X | VK | Odysee | Substack]
Alors que nous discutons de ce qui se passera après le 19 juin, jour de la signature de l’accord de paix entre les États-Unis et la République islamique, il est possible d’esquisser un premier aperçu et de faire le point sur ce qui s’est passé dans un conflit qui dure depuis…

Alors que nous débattons des conséquences du 19 juin, date de la signature de l’accord de paix entre les États-Unis et la République islamique, il est possible d’esquisser un premier tableau et de dresser le bilan d’un conflit qui a duré plus de cent jours, malgré un long cessez-le-feu, et qui a profondément transformé le visage du Moyen-Orient et la sécurité régionale. En résumé, on peut affirmer que l’Iran ne perd pas, que les États-Unis sont en pleine déroute et qu’Israël subit une véritable catastrophe. Malgré une attaque violente contre ses dirigeants militaires et politiques, des rafles ayant entraîné la décapitation du Guide suprême Ali Khamenei et de nombreux hauts responsables du régime, un coup dur porté aux infrastructures, une crise économique de plus en plus grave et la perspective d’un rééquilibrage des pouvoirs post-conflit en faveur des Pasdaran, l’Iran s’est trouvé confronté à la nécessité de consolider les structures de son État et de bâtir un nouveau système sur le terrain après la fin de l’ère des ayatollahs.
Pour l’Iran, ne pas couler équivaut à revendiquer une victoire face à des objectifs pour le moins maximalistes de ses ennemis. Pour les États-Unis, l’objectif était de saper les capacités militaires de Téhéran et, surtout, de frapper la République islamique pour perturber l’approvisionnement énergétique de la Chine et d’autres grandes économies concurrentes. Pour Israël, l’objectif était ni plus ni moins que la disparition pure et simple de la République islamique, obtenue par l’effondrement du régime, l’incitation à la guerre civile et la fragmentation territoriale du pays. En fin de compte, Washington a essuyé un échec, d’autant plus qu’il devra négocier la réouverture du détroit d’Ormuz, tandis que Tel-Aviv a subi une perte encore plus importante.
Netanyahou et Trump : signes de crise
Israël a infligé de lourdes pertes à l’Iran, mais deux guerres menées en l’espace d’un an, en juin 2025 et de février à avril 2026, n’ont permis d’atteindre aucun des objectifs escomptés par le Premier ministre Benjamin Netanyahou. Le soutien apporté par des frappes aériennes et de missiles aux forces souhaitant un changement de régime en Iran s’est avéré inefficace ; les dirigeants de la République islamique ont opté pour une riposte tous azimuts, ce qui a également engendré des tensions entre Tel-Aviv et de nombreux partenaires régionaux, notamment dans le monde arabe, repoussant ainsi la possibilité d’une prolongation des accords d’Abraham. Le Liban, théâtre d’opérations de facto sous le contrôle de Tel-Aviv, a été intégré au cadre de paix par l’Iran, avec le soutien implicite de Donald Trump. À ce sujet, Trita Parsi, du Quincy Institute, a déclaré hier que « Netanyahou tente également de devancer la tentative de l’Iran d’établir une nouvelle équation de dissuasion régionale, dans laquelle des attaques contre Beyrouth, et potentiellement le Liban, déclencheraient une riposte iranienne directe contre Israël. »
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Finalement, Téhéran ne s’est pas senti totalement isolé : les efforts déployés par des pays comme le Pakistan, le Qatar et, en coulisses, la Turquie, pour accélérer la fin de la guerre ont révélé l’émergence d’un groupe d’États préoccupés par les conséquences des guerres interminables d’Israël. Il sera désormais difficile pour Netanyahou de présenter des succès concrets à l’approche des élections, qui seront cruciales pour son maintien au pouvoir. L’ancien Premier ministre Yaïr Lapid a qualifié l’accord proposé de « l’un des plus retentissants échecs de la politique étrangère et de sécurité d’Israël ».
Le New York Times souligne que l’absence de Tel-Aviv des négociations a empêché Israël d’obtenir des concessions, tandis que Danny Citrinowicz, de l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) de l’Université de Tel-Aviv, met en garde le gouvernement contre toute action susceptible de saboter un éventuel accord : « Plus Washington se convaincra qu’Israël agit pour saboter l’accord ou en retarder la mise en œuvre, plus les tensions avec l’administration s’accentueront », écrit-il, ajoutant que « les tentatives israéliennes de saper le processus diplomatique ne sont pas seulement une manœuvre contre l’Iran ; elles pourraient rapidement dégénérer en confrontation directe avec la Maison Blanche elle-même.» Pour les États-Unis, sortir de l’impasse est devenu un objectif en soi afin de réparer les dégâts du conflit, tandis que pour Tel-Aviv, le risque d’une catastrophe sécuritaire est évident. Et pour Netanyahou, il s’agit peut-être de l’heure la plus critique depuis son arrivée au pouvoir en Israël il y a trente ans. Sans surprise, selon Ynet, il a déclaré à Trump que, quoi qu’il arrive, Tel-Aviv ne se retirerait pas du Liban. Cela confirme potentiellement les doutes que Citrinowicz sème quant à la clarté stratégique d’un dirigeant en difficulté.


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